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François Fillon participe à la messe dans une église d'Erbil en Irak

Le sacré en politique

5 min
À retrouver dans l'émission

Les liens entre religion et politique sont loin d’avoir disparu nous dit Vincent Delecroix dans les pages débats de l'Obs.

François Fillon participe à la messe dans une église d'Erbil en Irak
François Fillon participe à la messe dans une église d'Erbil en Irak Crédits : SAFIN HAMED - AFP

Un mois après l'élection de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, le philosophe spécialiste des religions analyse ce retour ou tout du moins la persistance du théologico-politique au sein de nos structures sociales et politiques. François Fillon, avait comme d'autres candidats à l'élection, clairement affiché son appartenance à la foi catholique durant sa campagne. Pari gagnant, puisqu'il a été soutenu par une grande partie des fidèles, et en particulier par l'organisation Sens Commun, issue de la Manif pour tous. Un événement qui fait écho, depuis l'apparition de la menace terroriste, à l'affirmation croissante d’une identité fondée sur des racines chrétiennes européennes. Si cet héritage catholique existe, il est aussi un « mythe instrumentalisé par le politique de façon malintentionnée» estime l'écrivain et philosophe. « Ce n'est pas la religion qu'on cherche, écrit Vincent Delecroix, ce n'est même pas le religieux. C'est l'identité religieuse, d'une part, et c'est d'autre part le sacré. » Or réinvestir le sacré en politique, suppose selon lui la mort de la démocratie. Le sacré est ce qui est adoré et par définition échappe à la discussion : une notion incompatible avec la démocratie « seul régime qui se conçoit sans cesse comme imparfait, et ne peut fonctionner que s'il est toujours mis en accusation. » Pour Vincent Delecroix, une des fonctions essentielles du théologico-politique, est sa capacité à assurer l'unité sociale. Or l'obsession de l'unité organique est une caractéristique des sociétés totalitaires, rappelle le philosophe. Vincent Delecroix, revient également sur la question de l'islam politique. L'idée selon laquelle l'islam est une religion purement politique est erronée, déclare-t-il. Cette religion procède pour le philosophe de la même logique de séparation du religieux et du politique que le judaïsme et le christianisme. Dans l'islam, comme chez les autres monothéismes, "le rapport du religieux et du politique est ainsi vécu comme une compromission."

Une conclusion à nuancer selon le philosophe Anoush Ganjipour.

Pour le directeur de recherche au Collège international de philosophie, l'islam a dès son origine été pensé dans un développement politique, preuve en est de la gouvernance de la ville prophétique de Médine par Mahomet lui-même. Comme le rappelle Anoush Ganjipour dans un entretien à Médiapart, « le Coran a un aspect juridique indéniable dans le sens où la révélation islamique est principalement basée sur la loi : la charia. C’est une religion qui prescrit un ordre social ». Toutefois, à partir de ce constat se pose la question de savoir qui va interpréter et exécuter la loi ? Or la charia est muette sur la légitimité et l'exercice du pouvoir. Cette impasse dans laquelle se trouvaient les musulmans il y a déjà plusieurs siècles, refait surface au cours des tentatives actuelles pour constituer un gouvernement ou état islamique, précise le philosophe. Il prend l'exemple des Frères musulmans qui ont préféré appliquer une realpolitik plutôt que la charia afin de conserver le pouvoir. Quant à ce qu'Anoush Ganjiour nomme "l'épiphénomène Daech", son but n’est aucunement de construire un état islamique, l’organisation est tout simplement « l'attentat suicide de l'idée même de l'islam politique. »

Retour donc du conservatisme religieux en politique mais aussi au sein de la population.

Le Monde a enquêté sur des stages qui proposent aux hommes catholiques de se réconcilier avec leur masculinité. « Au cœur des hommes », « Optimum », association Pater … On trouve à l'origine de ces organisations des prêtres et des catholiques pratiquants mais aussi quelques laïcs, en plein questionnement sur leur masculinité qu’ils jugent aujourd’hui « blessée ». Ces initiatives dont nous parlent Nathalie Brafman et Cécile Chambraud ont fleuri en France depuis le mouvement de réaffirmation catholique de la Manif pour tous en 2013. Inspirés de courants et de techniques venus des milieux évangéliques américains, ces stages, camps ou retraites répondraient au malaise de certains fidèles qui n'arrivent pas à trouver leur place dans une Eglise catholique dominée selon eux par des valeurs féminines. Discours "gnangnan", cantiques trop "sucrés", église couveuse plus maternelle que paternelle … "A leurs yeux, l’Eglise comme la société, baignées par la mixité, entravent l’expression de leurs « désirs » profonds »" et ont discrédité la virilité et l'usage de la force. Si selon les deux journalistes, ces mouvements virilistes trouvent même des vertus aux études de genre, les déclarations de certains organisateurs nous font douter de leur totale compréhension des principes de ce champ d’étude. Comme Arnaud Bouthéon, co-fondateur de Sens commun qui déclare « Il y a une force, une animalité en l’homme qui le pousse à aller vers l’extérieur. [...] Les garçons ont besoin de grandeur »

Le journal des idées est présenté cette semaine par Maïwenn Guiziou.

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