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La Fête de la musique

Le sens de la fête

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Les fêtes sauvages ce week-end à Paris, Biarritz ou Bordeaux ont mis la question du couvre-feu à 23H au cœur du débat.

La Fête de la musique
La Fête de la musique Crédits : L. Marin - AFP

"Il faut supprimer le couvre-feu si les conditions sanitaires sont réunies", affirmait dimanche Valérie Pécresse, "et je pense qu'elles le sont". L’Express a rassemblé les déclarations d’élus qui souhaitent mettre fin à cette mesure. "Pourquoi 23h plutôt que minuit ? Pourquoi ouvrir un stade et pas d'autres ? Il faut se poser maintenant la question de la levée du couvre-feu" renchérit Mélenchon. Et l'épidémiologiste Martin Blachier estime que ce couvre-feu à 23 H, "sur le plan sanitaire, ça n'a pas énormément de sens. L'été appuie très fort sur l'épidémie, il n'y a plus trop lieu d'avoir ces étapes les unes après les autres." Comme pour ajouter à la confusion Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, a expliqué que d'autres contraintes devraient être levées à compter du 30 juin, "si les conditions le permettent", rapporte Le Point. Et notamment l'obligation de porter le masque en extérieur dont la fin pourrait être annoncée à cette date. "Aucune décision n’a encore été prise" a fait savoir le ministère de la Santé. En Allemagne le port du masque est imposé dans les lieux publics clos, les transports publics, les commerces et certaines rues très fréquentées. Au Royaume-Uni, par contre, sur les conseils de scientifiques inquiets de la poussée du variant Delta, le Premier ministre a reporté la levée des dernières restrictions liées à la pandémie, comme la réouverture des discothèques ou l'autorisation pour les salles de spectacle de retrouver leur pleine capacité.

Comme un air de fête

Mais il règne comme un air de fête avant l’heure. Simone de Beauvoir a des mots très justes pour décrire les fêtes entre amis sous l’occupation.

Pour moi, la fête est avant tout une ardente apothéose du présent, en face de l’inquiétude de l’avenir; un calme écoulement de jours heureux ne suscite pas de fête : mais si, au sein du malheur, l’espoir renaît, si l’on retrouve une prise sur le monde et sur le temps, alors l’instant se met à flamber, on peut s’y enfermer et se consumer en lui : c’est fête.

Des propos tenus dans La Force de l’âge, qui fait suite aux Mémoires d’une jeune fille rangée. Michel Leiris avec Dora Marr, Limbour découpant un jambon avec des airs de cannibale, Queneau et Bataille qui se battent en duel avec des bouteilles, Camus et Lemarchand jouant des marches militaires sur des casseroles ; "Sartre au fond d’un placard dirigeait un orchestre"... Des fêtes pour transgresser "une infranchissable zone de silence et de nuit » qui les « isolait de tous ; impossible d’entrer, de sortir". L’amitié y avait autant de part que l’annonce des succès alliés.

Le débarquement n’avait pas encore eu lieu, Paris n’était pas libéré ni Hitler abattu ; comment célébrer des événements qui ne sont pas accomplis ?

Simone de Beauvoir évoque "une sorte de fraternité, déchaînant à l’abri du monde ses rites secrets », une « vaste émotion collective" réalisant sans délai tous leurs vœux : "la victoire devenait tangible dans la fièvre qu’elle allumait". 

Elle persistait dans le calme de l’aube. Puis elle pâlissait sans mourir tout à fait : l’attente recommençait.

Anthropologie de la fête

C’est l’hebdomadaire Le 1 qui publie cet extrait dans un hors-série consacré au sens de la fête. L’anthropologue Emmanuelle Lallemand y rappelle l’importance de la nuit, un marqueur fort de l’opposition au jour, qui finit toujours par advenir. Sous cet angle, la fête est un "invariant" de l’humanité, et elle ne va pas sans une forte ritualisation, même dans le carnaval avec son inversion des valeurs et des genres. Une ritualisation qui souligne aussi les positions sociales. "Dans une ville comme Paris, la fête est souvent le lieu de la distinction sociale, voire de la ségrégation. L’idée même de dress code rappelle que la fête, avant d’être un espace de liberté, reste celui de la conformité, du respect de certaines règles."

De cette manière, le rituel ordonne du réel. Et la fête participe de cette structuration, avec ses codes, ses horaires, ses moments attendus. Ça ne se passe pas n’importe comment, une fête. Le vrai chaos, c’est le réel.

David Le Breton souligne quant à lui, dans les fêtes sous couvre-feu, le caractère de "refoulement collectif de la mort" en période de pandémie, qui confère "une valeur redoublée au risque dès lors qu’il est choisi en toute connaissance de cause comme un espace de souveraineté". 

Telle est la formule de l’ordalie quand elle se transforme en une figure de l’inconscient individuel : un pacte avec la menace pour se sentir exister dans la plénitude.

Par Jacques Munier

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