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Le sens de l'abstention

5 min
À retrouver dans l'émission

L’abstention a atteint un niveau record de 51,29% au premier tour des élections législatives.

Laurent Le Gall a publié chez Anamosa une histoire de l’élection sous le titre A voté. Dans Marianne, il relativise l’idée selon laquelle l’abstention menacerait la démocratie. D’abord parce qu’en valeur absolue, compte tenu de la croissance du corps électoral, « les Français n’ont jamais autant voté ». Ensuite parce qu’elle n’est pas un fait récent dans l’histoire : « les élections de la Commune de Paris, symbole démocratique par excellence pour une certaine gauche, ont été marqués par des taux d’abstention oscillant entre 50 et 70% ». Si l’on resserre la focale sur la population des abstentionnistes et ses comportements, on ne trouve pas forcément les éléments d’une crise de la démocratie représentative. « Les non-inscrits, qui représentent environ 7% du vivier électoral potentiel, rejettent-ils tous le système ? » Il y a aussi les abstentionnistes intermittents, dont le comportement reflète davantage un choix circonstanciel, en fonction d’enjeux variés, ou de considérations locales, ou encore du rejet d’un candidat : « Lorsqu’on superpose la carte des élections locales à celle des présidentielles ou des législatives – relève l’historien – les résultats peuvent changer du tout au tout, ainsi que le sens à leur donner… » Ceux qui s’abstiennent aux deux tours des présidentielles sont bien en deçà des 20%. Et s’il est vrai qu’on trouve derrière l’abstention « des gens dans des situations de précarité qui ne voient pas l’intérêt d’aller voter », de nouvelles formes plus étonnantes de dépolitisation apparaissent, exprimant une crise au sein de groupes sociaux s’estimant aujourd’hui « mis de côté ». « Depuis une trentaine d’années – observe Laurent Le Gall – la démocratie représentative vit un temps de désaffiliation partisane, caractérisé par une érosion de la croyance démocratique jusque dans des catégories longtemps enclines à voter : celle des diplômés du supérieur et des CSP . » Les profs, en particulier, malgré leur attachement traditionnel pour la gauche, semblent douter aujourd’hui aussi bien de l’offre politique que de l’idée d’une démocratie représentative. Enfin, le sens du vote lui-même a changé : s’il apparaissait d’abord comme un devoir, il s’apparente aujourd’hui davantage à un choix, dans lequel le citoyen « peine à accepter le fait qu’un bulletin ne permet pas de retour sur investissement, d’où l’impression de trahison ».

A l'appel de la Fondation Copernic, plusieurs chercheurs ont tenté d’identifier l’électorat du Front national

Et leur conclusion est qu’il n’existe pas… « Il y a un " conglomérat " d'électeurs qui votent FN » résume Frédéric Lemaître dans Le Monde. « Une diversité qui n'est pas propre à l'extrême droite » mais que le FN a su « coaguler, même provisoirement », chez « des électeurs aux convictions souvent très inégalement ancrées et aux orientations très hétérogènes », souligne Patrick Lehingue dans l’ouvrage collectif publié sous la direction de Gérard Mauger et Willy Pelletier aux Editions du Croquant, et qui rassemble ces travaux sous le titre Les classes populaires et le FN. Car il n’y a pas que l’opposition entre un FN identitaire au sud et un autre plus social au nord pour regrouper un électorat très composite, mais un discours amphibie où les ouvriers comme les petits patrons, les catholiques traditionalistes ou les homosexuels peuvent se reconnaître. Une « stratégie attrape-tout » qui a ses limites. « Daniel Gaxie estime qu'au lieu de dénoncer les propos du FN sur l'immigration, il serait sans doute plus efficace de placer le parti devant ses contradictions en insistant sur des points " dont on sait qu'ils divisent ceux qui le soutiennent : l'assurance-maladie, les indemnités chômage, les aides sociales, les salaires, le droit du travail… " Les récents mouvements d’appareil au sein du FN, sa désintégration prévisible devraient confirmer ces analyses. « Autre idée battue en brèche : le Parti communiste aurait préparé le terrain du FN. " Au contraire, son influence dans certains secteurs de la société française joue encore aujourd'hui pleinement contre le développement de l'extrême droite. Là où ses militants et ses réseaux restent actifs, le FN rencontre des résistances ", observe le sociologue Julian Mischi. »

On verra ce que nous réserve la large victoire d’En Marche dès ce premier tour des législatives, mais une chose est sûre : ces derniers temps, les élections ont un véritable pouvoir de retourner l’histoire

Dans Les Echos, Dominique Moïsi revient sur l’amère défaite de Theresa May. « On ne joue pas avec les consultations électorales – écrit-il. Pour la deuxième fois en moins d’un an, un Premier ministre britannique a pris un risque inconsidéré qui s’est retourné contre lui. David Cameron voulait renforcer l’unité du Parti conservateur en provoquant, de manière très artificielle, un référendum sur l’Europe. Theresa May voulait renforcer sa majorité au Parlement pour négocier, en position de force, les conditions du Brexit. Ils ont tous deux perdu leur pari ». Résultat : « L’espoir a changé de camp : il y a plus de France et moins de Grande-Bretagne ». La confiance semble avoir traversé la Manche et c’est « comme si la morosité avait effectué le chemin inverse, quittant la France pour gagner la Grande-Bretagne ».

Par Jacques Munier

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