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Manif contre la loi travail, Paris, 12-09-17

Le sens et la valeur du travail

5 min
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La presse étrangère observe de près les manifestations contre la loi travail.

Manif contre la loi travail, Paris, 12-09-17
Manif contre la loi travail, Paris, 12-09-17 Crédits : Greg Looping - AFP

Le site de Courrier international en propose une sélection. Selon le journal espagnol ABC, « cette journée de protestation va permettre de calibrer l’importance des résistances traditionnelles contre les réformes ». En Allemagne « la Frankfurter Allgemeine Zeitung rapporte que, avec sa phrase choc visant les “fainéants”, Emmanuel Macron “a provoqué une tempête d’indignation” et que, désormais, “une opposition solide s’est formée sur son côté gauche”. Et pour le journal suisse Le Temps, « le président français s’est montré inutilement provocateur et désobligeant. Comme s’il voulait, au seuil de l’épreuve sociale attendue, discréditer ceux qui, dans la rue, s’apprêtent à contester sa politique. » Une attitude jugée contre-productive, car tenir de tels propos « nuit à l’efficacité de son message et à l’indispensable pédagogie sur le besoin d’une transformation ». Mais dans Les Echos, Gaspard Koenig estime que « la seule polémique qui devrait nous occuper aujourd’hui, c’est le discours prononcé à Athènes par le président de la République, qui représente une rupture majeure dans la conception française de la construction européenne ». Plaidant pour une souveraineté post-nationale à la manière d’Habermas, le philosophe rappelle « son constat : la défiance des citoyens vis-à-vis de l’Union européenne reflète une crise de souveraineté. Nous vivons en effet sur le mythe de l’intergouvernementalité : les décisions prises à Bruxelles seraient le fruit des compromis passés au Conseil européen, où chaque Etat continuerait à exercer ses prérogatives de manière libre et réversible ». Et l’Europe ne serait au fond « qu’une forme sophistiquée d’accord multilatéral ». Pour lui redonner du sens et « accélérer la formation d’un demos européen » en lui reconnaissant « un véritable pouvoir politique, seul à même de traiter des sujets tels que l’immigration, le développement durable ou la régulation financière », le président français propose de renverser l’argument de la souveraineté nationale en fixant le cap d’une souveraineté européenne. Et pour cela, par exemple, « de former des listes transnationales aux élections européennes, censées nourrir un débat politique paneuropéen ». Reste que « l’implosion populiste » qui menace le projet européen se nourrit aussi de la dégradation des conditions de vie et de travail, et là on revient à l’actualité de la rentrée sociale.

Comment vivre avec le SMIC ? C’est la question posée par l’hebdomadaire Le un

Daniel Cohen revient sur l’histoire du salaire minimum indexé sur la croissance et il estime qu’aujourd’hui il ne correspond plus à son objectif de couvrir les besoins basiques – se nourrir ou se loger – parce que la pauvreté est une notion relative. Quand tout le monde possède une télé ou une connexion à internet, en être privé peut être ressenti comme une véritable exclusion. C’est pourquoi l’économiste propose d’articuler au SMIC un complément sous la forme d’un « revenu d’existence », pour distinguer la rémunération du travail et les effets de la solidarité collective, tout en les conjuguant. Car s’il est vrai que le SMIC permet « une politique de redistribution efficace, et à moindre coût pour l’État », le système a ses limites : « bien des gens ne touchent pas le SMIC, car ce sont des smicards horaires qui ne font pas un temps plein. C’est le cas des caissières de la grande distribution, de beaucoup d’employés de restauration et de service à la personne ». Par ailleurs « le SMIC fait tomber les gens dans une trappe de pauvreté. Si vous êtes embauché au SMIC, vous passerez toute votre vie au SMIC ». 45% des smicards ont plus de 40 ans, les autres sont des jeunes et des femmes : l’équation est claire. Le salaire minimum est un tunnel pour une bonne part des 1,6 millions de travailleurs du privé qui s’y trouvent réduits. Soit un salarié sur dix… Une situation due à l’exonération de charges de l’employeur qui recrute à ce niveau. À la première augmentation elles reviennent en force.

L’Humanité poursuit son enquête sur le sens et la valeur du travail

« Le travail se diversifie et s’externalise plus qu’il ne se raréfie » estime Michel Sailly. L’ergonome et ancien membre du conseil d’administration de Renault ajoute que « l’une des caractéristiques du travail en France, par comparaisons à d’autres pays européens, c’est le défaut de participation des salariés sur l’évolution du travail, y compris sur le contenu et l’organisation de leur propre travail ». Processus de décision centralisés, « fondés sur des indicateurs de gestion éloignés des réalités et sur des procédures de travail rigides », affaiblissement des instances représentatives du personnel, le management à la française fait des entreprises ce que Dominique Méda désignait hier dans les pages idées de Libération comme des monarchies de droit social. Elle pointait notamment le recul des contre-pouvoirs et l’absence des représentants de salariés aux conseils d’administration, alors qu’ils ont, selon le politologue américain Robert Dahl « un droit moral à participer à la gestion de l’entreprise ».

Par Jacques Munier

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