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Moscou, 4 novembre 2013

Le suprémacisme blanc

5 min
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Le 11 septembre dernier, le Sénat américain a voté à l’unanimité une résolution condamnant le suprémacisme blanc.

Moscou, 4 novembre 2013
Moscou, 4 novembre 2013 Crédits : Maxim Shemetov - Reuters

C’est cette idéologie raciste qui a encore tué le 12 août à Charlottesville et qui, depuis 2001 a causé plus d’une centaine de morts aux États-Unis, principalement au sein de la population noire – un chiffre comparable à celui du terrorisme islamiste. L’hebdomadaire Le un se penche sur cette nébuleuse polymorphe qui sévit aussi ailleurs qu’aux Etats Unis. Jean-Yves Camus revient sur les conditions historiques de son développement depuis la défaite des États du sud à l’issue de la guerre de Sécession et de la mémoire victimaire qui s’est formée alors. Avec le déclin de l’industrie du tabac et du textile, « on a vu grossir une classe de Blancs pauvres dont la marginalisation économique et la désespérance sociale ont renforcé la conscience ethnique : perdants parce que Blancs ! ». Mais le politologue signale un autre facteur, plus institutionnel : en 1896, la Cour suprême autorisait la ségrégation « dès lors que Blancs et Noirs se voyaient offrir un accès séparé mais égal dans l’espace public. » Même si cette jurisprudence a depuis lors été invalidée, notamment par le Civil Rights Act qui a mis fin en droit à toute discrimination, et « malgré la reconnaissance des droits civiques et la mise en œuvre de mesures de déségrégation et d’Affirmative Action, une conscience blanche perdure aux Etats-Unis ». Contenue par le « politiquement correct », elle n’avait pas jusqu’ici d’expression politique et s’est donc développée aux marges. Mais la victoire de Donald Trump semble l’avoir libérée… Jean-Yves Camus évoque aussi le cas de l’Afrique du Sud, où le suprémacisme blanc « était consubstantiel au calvinisme afrikaner », soit le « cas le plus abouti d’une doctrine d’État sous-tendue par une lecture littérale de la Bible », l’épisode de la « malédiction de Cham » où Noé voue l’un de ses fils à l’esclavage. Courrier international publie sur son site un article du journal sud-africain Mail&Guardian, qui témoigne des efforts pédagogiques entrepris pour que les enfants ne reproduisent pas les stéréotypes raciaux. Colin Northmore, le directeur de l’école du Sacré-Cœur de Johannesburg, estime que « les parents qui jugent déplacé d’aborder la question raciale avec leurs enfants leur transmettent tout de même, par leurs actes, des choses sur toutes sortes de sujets, que ce soit la couleur de peau ou l’égalité des sexes ». Il recommande donc d’en parler dès leur plus jeune âge. Car « la couleur de peau, l’égalité des sexes, les rapports de force, la classe sociale font partie de ces choses qui sautent tellement aux yeux qu’on ne peut pas faire l’économie d’une discussion à leur sujet ». Comment « les gens clairs de peau et les gens foncés de peau s’adressent les uns aux autres, qui vit où dans ce pays, qui dispose de quelles ressources… » : les enfants, « observateurs et intuitifs » méritent qu’on les éclaire. Et s’ils constatent que le jardinier ou la femme de ménage sont noirs alors que tous leurs enseignants sont blancs, « il faut être précis et mettre l’accent sur la question de l’égalité des chances, et non sur celle de l’origine ethnique ».

Le conseil vaut aussi pour nous, en France

La masculinité noire, par exemple, reste un objet peu étudié par les sciences sociales, contrairement aux Etats-Unis, et « nous manquons de travaux qui entrecroisent les facteurs de genre et de “race” (au sens social du terme) car ils apparaissent souvent comme illégitimes et suspects », estime Pap Ndiaye, auteur de La condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy, 2008). Paradoxalement les femmes, voire les féministes noires bénéficient d’une meilleure visibilité. Certaines accèdent même aux fonctions politiques, sont ministres. Alors que les hommes restent cantonnés dans leurs banlieues, ses faits-divers, le rap ou le sport. « Il y a une concurrence d’émancipation entre les hommes et les femmes noirs », observe la philosophe Elsa Dorlin qui publie en octobre Se défendre. Une philosophie de la violence (La Découverte). Dans les pages idées de Libération l’écrivaine Léonora Miano évoque l’ouvrage collectif publié sous sa direction et qui sort aujourd’hui chez Pauvert sous le titre Marianne et le Garçon noir. Il donne notamment la parole à de jeunes afrodescendants. C’est l’affaire Théo, ce jeune d’Aulnay-sous-Bois, victime de violences policières à caractère sexuel, auquel un agent a enfoncé sa matraque dans l’anus, qui la décide « à réunir les témoignages d’hommes d’ascendance subsaharienne vivant en France ». « Ils y témoignent d’une virilité malmenée, de l’injustice aiguë des contrôles policiers permanents qui parfois tournent mal, du poids très lourd du passé esclavagiste et colonial dans l’analyse qu’ils font de leur quotidien. » Léonora Miano ajoute que ce qui l’intéressait « c’était de voir comment établir une virilité saine quand on est en situation de minorité puisque la masculinité est conçue comme dominante. Comment se penser homme quand on ne bénéficie pas des privilèges de l’homme ? » ou arriver « à inventer une autre manière de concevoir le pouvoir, le masculin, hors de toutes les figures imposées, en résistant aux places assignées – du sport à la délinquance ? »

Par Jacques Munier

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