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"Le fil à plomb de la qualité du travail"

Le travail bien fait

5 min
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À la veille du 1er mai, voici quelques aperçus sur la valeur sociale et psychologique de l’aspiration au travail bien fait, dont la pandémie et la réorganisation qu’elle a imposée ont amplifié les enjeux.

"Le fil à plomb de la qualité du travail"
"Le fil à plomb de la qualité du travail" Crédits : S. Bobylev - Getty

"C’est la qualité du travail qui rassemble. Dans un monde saturé de conflits, le conflit de critères autour de la qualité du travail n’a pourtant pas droit de cité, laissant le travail « ni fait ni à faire » nous abîmer et abîmer la planète." C’est ainsi qu’une équipe de psychologues du travail - avec Yves Clot - résume l’ambition d’une étude réalisée sur différents terrains et publiée à La Découverte sous le titre Le prix du travail bien fait. La coopération conflictuelle dans les organisations. Les soignants l’ont bien montré tout au long de cette pandémie, eux qui ont "fait sauter les cloisons de la division du travail", et amené l’administration de l’hôpital à redevenir une ressource au service du soin. "Les médecins ont repris les rênes" et le contrôle de leur "pouvoir d’agir", avec le droit à "s’opposer aux décisions absurdes quand elles cherchent à s’imposer au nom d’une gestion à courte vue". Les auteurs défendent la pratique d’une "coopération conflictuelle" au sein des collectifs de travail et à l’égard des hiérarchies, comme "le prix à payer pour le travail bien fait", source de reconnaissance et de satisfaction personnelle. 

Le travail à cœur

Dans un livre précédent - Le Travail à cœur - conçu face à la vague de suicides dans de grandes entreprises comme France Télécom, Yves Clot mettait en cause les illusions de la prévention des dénommés "risques psycho-sociaux", intégrés par les pouvoirs publics et de nombreux dirigeants comme un élément de gestion parmi d’autres. Les actions suscitées dans ce cadre reposent sur la recherche d’une meilleure adaptation au travail, sans que celui-ci ne change. Dans ce dernier livre, il revient sur les dispositifs mis en place depuis lors, notamment pour la "qualité de vie au travail", ou plus récemment "le management du bonheur", et autres éléments d’une novlangue instaurant "une dictature de la bienveillance qui exècre le conflit".

Face à cette sorte d’obsolescence programmée du vocabulaire, il est difficile de ne pas faire l’hypothèse d’une fuite en avant devant un problème irrésolu.

Les réformes successives du droit du travail ont accentué la tendance. Pourtant, la libre délibération sur la qualité du travail est une "construction sociale", une subtile "ingénierie" qui, si elle n’est pas neutre - ni socialement ni politiquement - produit la "percolation" des expériences et au final "le fil à plomb de la qualité du travail".

En première ligne

Avec Jean-Yves Bonnefond, Antoine Bonnemain et Mylène Zittoun, Yves Clot a recueilli les retours d’expériences de "clinique du travail" réalisées dans un Ehpad, au service de la propreté de la ville de Lille et à l’usine Renault de Flins - et là, avec des "référents métier" élus par les ouvriers d’une unité de montage. Cette fonction nouvelle "a été un moyen de rendre davantage pérenne la coopération conflictuelle entre les salariés et leur hiérarchie". Éboueurs et soignants en Ehpad ou à l’hôpital ont été célébrés, comme les livreurs, les enseignants ou les caissières de supermarché pendant le confinement pour avoir fait tourner le pays. Pourtant, au nom de l’urgence sanitaire, le CSE (comité social et économique) des entreprises, dédié au dialogue social, s’est trouvé amputé de ses prérogatives en cas de dérogation aux règles sur la durée du temps de travail par l’ordonnance du 1er avril 2020, qui a autorisé en l’occurrence les employeurs à s’affranchir du caractère préalable de la consultation de cette instance. Du coup, sa possibilité de rendre l’avis consultatif sur les décisions concernant les protocoles sanitaires s’est réduite, en privant les salariés de leur initiative alors qu’elle était cruciale pour leur santé. De même pour le télétravail...

L’occasion n’a pas été saisie d’un appel à l’intelligence collective pour concevoir ensemble l’organisation du travail.

Mais ça va plus loin : le travail "ni fait ni à faire" peut avoir des conséquences écologiques et sanitaires majeures. Lactalis et la contamination à la salmonelle, Lubrizol et ses stocks de produits dangereux, le Boeing 737 Max dont les accidents ont causé la mort de 346 personnes alors que les pilotes d’essai s’envoyaient des messages du style "cet avion est conçu par des bouffons qui en retour sont supervisés par des singes", Volkswagen et la fraude aux émissions de gaz polluants ou l’EPR de Flamanville, si on écoutait les salariés à l’œuvre quand ils contestent des normes abstraites venues d’en haut, on pourrait éviter bien des catastrophes.

Par Jacques Munier

Revue Travail, genre et sociétés N° 45 (La Découverte) Agricultrices

"Qui sont les agricultrices aujourd’hui ? Quelle place occupent-elles dans le monde agricole ? Alors qu’elles représentent 32 % des actifs permanents agricoles et qu’un quart des chef·fe·s d’exploitations ou collaborateurs/trices sont des femmes, que la part des femmes dans l’enseignement agricole augmente, les femmes dans les mondes agricoles demeurent souvent invisibilisées malgré les transformations juridiques de leur statut professionnel . On peut s’en étonner quand elles sont pourtant présentées comme les porteuses du changement en agriculture, en particulier du fait de leur engagement dans la diversification des activités et de leur participation à l’agriculture biologique (voir Alexandre Guérillot dans ce numéro)." Clotilde Lemarchant, Pauline Seiller

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