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François Ruffin, prix du meilleur documentaire pour Merci Patron!

Le vote "utile"

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Le vote utile dès le premier tour, vote par défaut, est un déni de démocratie.

François Ruffin, prix du meilleur documentaire pour Merci Patron!
François Ruffin, prix du meilleur documentaire pour Merci Patron! Crédits : Thomas Samson - AFP

Après l’annonce du soutien de Manuel Valls à Emmanuel Macron, nombreux sont ceux qui prévoient une implosion du PS

Mais selon Thibaut Rioufreyt « il convient de rester prudent avant de parler de la fin du PS ». Dans la page Débats de La Croix, le chercheur à Sciences-Po Lyon rappelle qu’il « est devenu une fédération d’élus locaux. S’il avait dû exploser, cela se serait produit au moment de sa déroute aux élections municipales de 2014 et départementales de 2015. » Et cet ancrage local lui donne une assurance de pérennité, même s’il sera amené à changer de positionnement politique. « Le PS connaît une crise structurelle, liée au fait que la place des idées s’est réduite en son sein depuis son accession au pouvoir en 1981 – ajoute le chercheur. Avant, les courants – direction mitterrandienne, chevènementistes, rocardiens – disposaient tous de leur revue théorique. » Et sur Macron, la question reste ouverte « de savoir si, élu président, celui-ci pourra gouverner grâce à des coalitions, sur le modèle de la IVe République, avec les institutions de la Ve »… Marc Mossé, élu socialiste au Conseil municipal de Meudon, est loin d’être aussi prudent : sous le titre Le PS et les partis sont morts, vive la gauche hors les murs, sa tribune dans Le Monde évoque un « grand remplacement démocratique » et en appelle à « embrasser la transformation qu’incarne Emmanuel Macron » en exhortant « le camp du progrès à « s’émanciper de l’appareil ». Dans les mêmes colonnes du quotidien, le sénateur (PS) Jean-Pierre Sueur apporte « un soutien exigeant à Benoît Hamon » en estimant que « le candidat doit pouvoir compter sur l'appui de son camp. Les socialistes doivent l'inciter à modérer ses critiques envers Emmanuel Macron, car seule l'union permettra de lutter contre le Front national ». On ne sait pas au juste de quelle union il parle, mais la candidate de l’extrême-droite semble avoir une fois de plus polarisé le débat. Les pages Débats&Controverses de L’Humanité se demandent « Comment éviter le piège du vote utile ? » Rémi Lefebvre observe que « le vote d’adhésion recule et les électeurs se calent de plus en plus sur les informations données par les enquêtes d’opinion ». Leurs défauts avérés ne changent rien à la pression qu’ils exercent sur ceux parmi les électeurs de gauche qui redoutent de se voir infliger un duel Fillon-Le Pen. Le professeur de sciences politiques à Lille estime que le vote utile, vote par défaut, « est un déni de démocratie caractérisé ».

La faute aux sondages mais aussi, pour ces électeurs, à l’abandon de la cause des laissés-pour-compte par la gauche de gouvernement

Après la mort annoncée du PS, André Burguière redoute la disparition de la gauche dans un livre paru chez Stock, et que Cécile Amar a lu pour L’Obs. Pour éviter cette disparition, la gauche doit revenir à ses valeurs fondatrices. « Faute d’avoir réussi un traitement économique du chômage, les socialistes français tentent un traitement psychologique de l’embauche », affirme par exemple l’historien. « Le PS vient d’éclater sous nos yeux » s’écriait hier Jean-Luc Mélenchon en meeting au Havre. Il n’est pas sûr que le crash profite au candidat insoumis, mais certain par contre qu’il augmentera la perplexité des électeurs de gauche. Et leur indécision risque fort de rejoindre celle des électeurs de droite pour alimenter l’abstention.

François Ruffin est déjà dans le coup d’après, celui des législatives de juin

Le réalisateur de Merci Patron ! est candidat dans la première circonscription de la Somme, là où le FN avait obtenu 42% des voix aux dernières élections régionales. Les Inrockuptibles l’ont suivi dans sa campagne, une longue marche pour redonner ses couleurs au vote ouvrier. Mathieu Dejean et David Doucet racontent que le candidat « se sert de son film comme d’une parabole pour redonner foi dans les luttes sociale ». Après la projection, le débat est ouvert, comme à Abbeville, avec cette réaction de Béatrice : « Il y a quinze ans, quand les premières usines ont fermé, on descendait dans la rue tous les jours. J’ai vu plus de mille personnes dans les rues d’Abbeville. Mais face au rouleau-compresseur des fermetures à la chaîne, on a fini par se résigner. Là, ça donne envie de se battre à nouveau. » Car la résignation profite à l’abstention ou au vote FN. François Ruffin affiche ses intentions : « Si jamais on gagne dans cette circonscription populaire, où le vote FN est énorme, il y aura une valeur de l’exemple ». Il estime comme Lao Tseu qu’un « voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas et il incite les gens à remettre le pied à l’étrier : « Il faut que vous trouviez votre premier combat à mener, ça peut être les lignes de bus qui ne desservent pas votre quartier, la rénovation des immeubles, peu importe. Ce sont les petites victoires qui offrent un nouvel avenir. » Le rédacteur en chef du journal Fakir s’est donné « quatre mois pour faire exister une force qui n’existe nulle part ailleurs » et « faire partir de la Picardie une grande jacquerie électorale ». Il compte aussi sur le soutien et la présence d’intellectuels dans des réunions publiques, comme les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot. Son ami Emmanuel Todd, qui l’a incité à se présenter, estime qu’il est celui « qui peut réconcilier la gauche avec les classes populaires ».

Par Jacques Munier

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