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Faire ou laisser-faire les milieux naturels

L’eau et les rêves

4 min
À retrouver dans l'émission

Plus de six semaines après les ravages de la tempête Alex dans la vallée de la Roya et de la Vésubie, la remise en état des lieux n’a guère avancé.

Faire ou laisser-faire les milieux naturels
Faire ou laisser-faire les milieux naturels Crédits : Getty

Même si l’eau potable et l’électricité ont été rétablies, la vie quotidienne reste très difficile, notamment les transports sur une piste de fortune. À Tende, certains habitants ont commencé à partir, d’autres se demandent s’ils vont revenir. Dans les pages idée de Libération, la géographe Magali Reghezza-Zitt convient que l’événement météorologique a été particulièrement intense, dans des proportions inédites depuis qu’on les mesure. « Mais les épisodes méditerranéens sont toujours très violents - souligne-t-elle - et ils se produisent régulièrement dans ces territoires ». Le réchauffement climatique a sans doute également joué « car les eaux de la Méditerranée sont de plus en plus chaudes ». Spécialisée dans les notions de risque, de vulnérabilité, et de résilience, la géographe propose de repolitiser la notion de risque, car « ces événements vont être de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses ».

Aujourd’hui, un Français sur quatre, soit 17 millions de personnes, vit en zone inondable, soit par la mer, soit par les fleuves, soit par les nappes phréatiques, soit par le ruissellement urbain.

D’où la question, « celle de l’habitabilité des territoires. Quel est le prix humain, économique et social que nos sociétés sont prêtes à payer pour continuer d’habiter certaines zones avec une sécurité maximale ? » Il y aura dans l’avenir, estime la géographe, de nécessaires « arbitrages entre le besoin de logements, le maintien des activités économiques » et le coût de leur déplacement ou celui des populations en cas de catastrophes. Le risque environnemental « appelle de nouvelles formes de solidarités ».

Il faut assumer les conséquences de nos choix au lieu de subir celles de notre absence de choix.

Cela suppose aussi de modifier nos comportements : « se déplacer autrement, cultiver la terre autrement, construire autrement » ...

Biomimétisme

La dernière livraison de la revue Techniques&culture est consacrée aux « biomimétismes », un ensemble de pratiques imitant la nature « pour inventer et construire des objets ou des procédés utiles pour les humains ». Moins destructeurs pour l’environnement, ils sont susceptibles d’apporter des solutions durables, notamment face aux catastrophes naturelles. On sait que la canalisation des cours d’eau favorise les inondations lorsqu’ils ne peuvent pas « s’étaler en crue » sous l’effet d’intenses précipitations. Marie Lusson, chercheuse en sociologie des sciences à l’Inrae étudie un projet original de « restauration » d’une rivière - le Vistre - responsable de fréquents débordements en Camargue, à l’aval de son cours. Par ailleurs, le Vistre reçoit les eaux usées, chargées en intrants agricoles et développe « de graves phénomènes d’eutrophisation » : ces eaux usées favorisent l’invasion des algues qui, en se décomposant, produisent des bactéries qui consomment l’oxygène et tendent à asphyxier le milieu. La technique, encore balbutiante et qui constituait un gros chantier, consiste à s’inspirer d’autres écosystèmes fluviaux pour « réparer » la rivière, notamment en lui ouvrant un nouveau tracé comportant des méandres. Ceux-ci entraînent « une diversité d’écoulements et de faciès » à même d’accueillir des espèces différentes, propres aux eaux calmes ou contraire courantes. 

Le retour des castors

La biodiversité est également favorisée sur les berges par la plantation de végétaux à plusieurs niveaux : roseaux ou iris familiers des zones humides au pied des berges, saules ou tamaris au-dessus, arbustes comme les prunelliers ou les sureaux à l’étage supérieur et sur le haut des berges, frênes, peupliers ou érables viendront naturellement. Car c’est la capacité des écosystèmes à se développer de manière autonome qui est aussi testée, ce « potentiel d’action des non-humains (faune et flore) », selon une « méthodologie du laisser-faire ». Résultat : on a vu revenir les castors, ces architectes de paysages hydrographiques, espèce protégée depuis 1968 ! Par leurs coupes dans la végétation des rives, leurs aménagements dans l’habitat aquatique, les castors créent « de nouveaux milieux, accroissant la diversité des espèces locales ». Et même si les agriculteurs les regardent de travers quand ils dégustent les épis de blé des champs voisins ou utilisent les tiges pour bâtir des abris, les pêcheurs qu’ils peuvent être aussi à l’occasion se réjouissent du retour des goujons, des barbeaux, des ablettes, tanches, brèmes ou gardons, qui nous incitent à imaginer « une politique dans laquelle les non-humains auraient de l’espace et du temps pour agir ».

Par Jacques Munier

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