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Alep le 23 décembre 2016

Leçons diplomatiques de la chute d'Alep

5 min
À retrouver dans l'émission

Quelques jours après la reprise d’Alep par le régime syrien et ses alliés russes, le quotidien le Monde revient dans ses pages débats sur les leçons diplomatiques de la tragédie.

Alep le 23 décembre 2016
Alep le 23 décembre 2016 Crédits : GEORGE OURFALIAN - AFP

Une fois l'émotion des pertes humaines et l’indignation face aux images d’une ville réduite en poussière estompées, quels enseignements les puissances occidentales doivent-elles tirer de la chute d'Alep ? Pour Marc Semo, la tragédie est révélatrice d'un "basculement de l'ordre international" : la démonstration du retour à "la logique des blocs", mais cette fois ci dépouillés de contenu idéologique. Face à la détermination de la Russie à s'imposer par la force, les gouvernements occidentaux ne s'étaient jamais montrés aussi impuissants depuis la chute du mur de Berlin affirme le journaliste, qui cite les propos de Bertrand Badie : « C'est la fin d'un monde de l'après-1989, celui d’une gouvernance occidentale qui se prononçait sur tout et se posait en modèle ». Le journaliste fait remarquer la paralysie des Nations Unies « comme aux pires moments de la guerre froide» et attire l'attention sur l'immobilisme des Etats-Unis : le point culminant de cette inertie restant le refus du président américain à lancer des frappes aériennes contre le régime syrien suite à l’utilisation de sarin contre sa population. « Alep restera comme une tâche sur la fin de la présidence de Barack Obama, comme le génocide rwandais de 1994 sur celle de Bill Clinton. »

Un renversement de rapport de force également souligné par Mark Galeotti, qui voit en l'unité européenne un enjeu fondamental de sécurité face à Moscou.

Toujours dans les pages débats du Monde, le chercheur associé à l’Institut des relations internationales de Prague, met en garde contre la multiplication des manœuvres militaires de la Russie à proximité des frontières de l'Union Européenne. Mark Galeotti prend pour exemple le récent déploiement au large de Kaliningrad, enclave russe sur la mer Baltique, d'un navire contenant des missiles balistiques capables de transporter une ogive nucléaire. Si ces tentatives d'intimidation à l'égard de ses voisins européens sont destinées à mettre la pression sur certains Etats, « les perspectives d’un conflit ouvert avec un Etat membre de l’OTAN ou de l’Union Européenne sont quasi nulles » estime le chercheur. Alors quelle réponse donner à ces provocations ? Pour Mark Galeotti « il serait peut-être plus avisé d’attendre simplement que Vladimir Poutine termine d’user sa flotte dans des provocations de plus en plus dénuées de sens. ». Mais c'est avant tout le renforcement de leur unité que doivent continuer d’investir l’Union européenne et l’OTAN, seul moyen selon le chercheur « pour limiter les possibilités russes de mener une guerre politique contre l’Europe dans le futur ».

Alors que la Russie renforce ses liens avec Ankara, l’Europe peine à soigner ses divisions ainsi que la défiance de ses propres citoyens.

Dressant le même constat, Dominique Moïzi appuie la nécessité de consolider l'unité européenne face ce qu'il définit comme la menace des trois « ismes » : à savoir djihadisme, poutinisme et populisme. Le professeur au King's College de Londres, estime qu'il est impératif de repenser des institutions européennes enfoncées selon lui dans l'anonymat. Dans les pages de la revue Politique Étrangère, il dresse le portrait d'une Europe davantage source de crainte pour les populations que protection contre le retour du passé et encore moins projet pour l'avenir. Une Union Européenne "toujours plus grise en comparaison avec l'exaltation des identités nationales" qui sert volontiers de "bouc émissaire à des Etats nationaux incapables de remplir avec succès les missions qui sont les leurs". Mais pour Dominique Moïzi, « plus d'Europe n'est pas en soi une réponse aux populismes ou aux fondamentalismes ». Le chercheur estime que c'est avant tout à l'échelle nationale que doit s’opérer la réinvention de l'Europe. « Comment croire à l'Europe si l'on n'a plus confiance en son identité nationale ? » questionne le professeur, imaginant que le Brexit pourrait aussi représenter le point de départ du réveil de l'Europe. Selon lui, « les problématiques de l'Europe sont avant tout nationales. La réinventer commencerait donc tout d'abord à Rome, Paris ou Berlin. ». Réconcilier les citoyens avec l'Europe passerait alors par leur réconciliation avec les élites de leurs nations respectives, affirme Dominique Moïzi, avant de conclure : « Ce que désirent plus que tout les citoyens d'Europe, c'est retrouver une forme de contrôle sur leurs existences, se sentir protégés non pas par Bruxelles mais par leurs pays respectifs. »

Le journal des idées est présenté cette semaine par Maïwenn Guiziou.

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