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Trump surprend des  visiteurs lors de la réouverture officielle des visites publiques à la Maison Blanche

Les 100 jours de Trump

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Les Américains ont fait le bilan des 100 jours de Trump, et il n’est pas à son avantage.

Trump surprend des  visiteurs lors de la réouverture officielle des visites publiques à la Maison Blanche
Trump surprend des visiteurs lors de la réouverture officielle des visites publiques à la Maison Blanche Crédits : Jim Watson - AFP

En cent jours, Donald Trump n'a pas fait grand-chose, sinon exhiber sa signature – titrait le Huffington Post. Et il n'a pas tenu la plupart de ses promesses. Le Point brosse un ahurissant tableau de la vaste scène de télé-réalité qu’est devenue la Maison-Blanche depuis l’arrivée du milliardaire, qui semble s’y ennuyer beaucoup et passe le plus clair de son temps à faire découvrir les lieux à d’improbables visiteurs, comme Sarah Palin, flanquée de deux rockeurs vulgaires et racistes, dont l’un avait traité Hillary Clinton de « pute de bas étage » et Obama de « crétin sous-humain ». Par comparaison, à cent jours de son investiture, celui-ci « avait signé trois réformes majeures et sa côte de popularité atteignait 69% contre moins de 45% pour son successeur », soit « l’une des plus faibles depuis cinquante ans ». En principe, l’accès au Bureau ovale est strictement limité, mais « là il y a foule en permanence. Le président adore en faire les honneurs à ses visiteurs et appuyer sur le bouton rouge qui déclenche l’arrivée d’un majordome avec un Coca-cola. » Hélène Vissière, la correspondante de l’hebdomadaire aux Etats-Unis, souligne en regard le nombre de bureaux vides dans tous les ministères : « plus de 500 postes clés restent vacants ». C’est que Trump a choisi de s’entourer « d’idéologues qui ne connaissent rien au gouvernement. D’où les cafouillages. » Le « Muslim Ban » est tellement mal ficelé que les juges le bloquent. Et « la Maison-Blanche a même égaré un porte-avions. Le 11 avril, le président annonce à grand fracas l’envoi d’une "armada très puissante" vers la Corée du Nord. Mais l’USS Carl Vinson fait à ce moment là route vers l’Australie, à plus de 6000 kms de la Corée, ce dont ni Trump ni le chef du Pentagone n’on été avertis. Il faudra attendre plusieurs jours avant qu’il change de cap. » La journaliste évoque également l’atmosphère d’intrigues et de luttes féroces de factions « digne d’OK Corral » qui règne dans l’administration « même à moitié vide » et qui « paralyse tout » dans un « climat de paranoïa aiguë ». « Pas étonnant que Trump passe son temps au golf », conclue-t-elle.

La dernière livraison de la revue Esprit est consacrée à « L’Amérique en dissidence »

La résistance s’organise, d’abord au niveau judiciaire, comme le montre Caroline Fredrickson. Dans le système américain, les tribunaux peuvent décider « si les actions des pouvoirs exécutif ou législatif sont en violation du droit préexistant ou de la Constitution ». La présidente de la Société américaine des constitutionnalistes rappelle que « dans les deux derniers siècles, le pouvoir judiciaire a eu le dernier mot sur des sujets aussi importants que l’esclavage, la liberté d’expression, le droit de vote ou le droit des femmes en matière de procréation ». Et elle cite Alexander Hamilton, qui dans Le Fédéraliste, « avait écrit que le pouvoir judiciaire, n’ayant ni le pouvoir de la bourse, ni celui du glaive, était la branche la moins dangereuse du gouvernement. Mais les Américains en résistance contre Donald Trump ne désespèrent pas de faire mentir Hamilton. » Tocqueville, déjà, observait dans La démocratie en Amérique qu’il n’y a pas d’événement politique dans lequel on n’entende invoquer l’autorité du juge. Mais le président ignare ni ses affidés n’ont lu une ligne de cet illustre observateur de la société américaine.

Pas davantage, à l’évidence, de leurs propres grands écrivains et poètes

Après la Marche des femmes, organisée au lendemain de l’investiture, les manifestations de soutien aux étrangers, et bientôt la Marche pour la science, la résistance des universités et des artistes s’organise. Et dans ce N° de la revue Esprit, Anne Dujin évoque le combat des poètes contre un président au langage si pauvre, évalué comme celui d’un enfant de dix ans. Dès le lendemain du scrutin – rappelle-t-elle – le poème de la Britannique Wendy Cope, "Différences d'opinion", fait le tour du Web.

Il le dit / Il lui dit que la terre est plate - Il connaît les faits, et c'est comme ça. / En de longues et furieuses altercations / Elle fait de son mieux pour lui montrer son erreur. / Mais il sait comment mener la dispute. / Il prétend ses arguments erronés / Et lui demande souvent de ne pas crier. / Elle ne peut pas gagner. Il reste ferme.

La planète continue à tourner rond.

Et donc les poètes se sont aussi mobilisés, au sein d’une marche rassemblant plus de 2000 écrivains ralliant la Public Library de New York à la Trump Tower, conclue par une veillée de lectures de poèmes, en face de la Maison-Blanche. C’est une tradition : « les Américains lisent de la poésie aux mariages, aux enterrements. Et donc aussi quand leur pays prend un chemin qui les effraie ».

Une tradition poétique présente sur le sol américain depuis des temps immémoriaux

C’est ce que montre l’ethnomusicologue Frances Densmore, disparue en 1957, et dont les éditions Allia ont eu l’idée opportune de publier l’ouvrage majeur : Les Indiens d’Amérique et leur musique. « Chaque garçon indien – écrit-elle – à l’âge d’environ douze ans, était censé jeûner durant plusieurs jours et attendre le rêve ou la vision où lui apparaissait son esprit protecteur dont il recevait en général une chanson. Muni de ce pouvoir mystérieux qu’il pensait partager avec l’ensemble de la Création, rien n’était à ses yeux trop étrange à expliquer. »

Par Jacques Munier

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