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« Là où les enfants jouent, un mystère est enfoui »

Les âges de la vie

5 min
À retrouver dans l'émission

Enfance, adolescence, jeunesse… Et jusqu’à la vieillesse, les âges de la vie sont devenus un « fait social total »

« Là où les enfants jouent, un mystère est enfoui »
« Là où les enfants jouent, un mystère est enfoui » Crédits : Alix Minde - Maxppp

Jusqu’à présent, on avait surtout la sociologie de la jeunesse, l’enfance et l’adolescence étant dévolues à la psychologie. Mais aujourd’hui l’anthropologie, la philosophie ou l’histoire s’en mêlent, et s’intéressent à tous les stades du développement humain. C’est le sujet du Grand Dossier publié par le mensuel Sciences Humaines, qui aborde également la notion de génération. Jean-François Sirinelli avait étudié le phénomène dans un ouvrage consacré à la génération intellectuelle des khâgneux et normaliens de l’entre-deux-guerres : Lévi-Strauss, Canguilhem, Paul Nizan, Raymond Aron, Sartre… Dans ce dossier il revient sur une autre enquête d’histoire sociale et culturelle, publiée chez Fayard sous le titre Les Baby-boomers. Une génération. Tout à la fois acteurs et spectateurs de profonds bouleversements, les baby-boomers – une tranche d’âge née à la Libération d’un bond spectaculaire des naissances – forment une strate démographique grossièrement décennale ayant une histoire commune. Ni leurs aînés, ni leurs cadets n’auront bénéficié d’un tel alignement des planètes, que l’historien résume par quatre P : « la paix, la prospérité, le plein-emploi et la foi dans le progrès ». Il relève la « capacité d’incarnation » que l’histoire a conféré à cette classe d’âge, contemporaine d’une mutation anthropologique qui devait conduire à mai 68, et « dont sortirent bien des traits de la France nouvelle ». À bien des égards cette génération aura vécu « plusieurs vies dont les traits successifs épousent les grandes phases de notre histoire ». Les « beaux bébés » dont parlait le général de Gaulle ont d’abord été les enfants et les adolescents de « cette Atlantide qu’est la France rurale et coloniale en train de disparaître ». Et leur âge adulte se prolonge, par delà les Trente glorieuses, dans « ce mélange de crise aiguë et de mutation » qui plonge notre pays dans l’ère de la mondialisation. Un effet cumulatif qu’exprime parfaitement Marc Augé dans l’entretien qui conclut ce dossier. L’anthropologue parvenu dans le grand âge préfère se définir « hors d’âge » comme un vieil armagnac : « un mélange de divers armagnacs d’âges différents ». Plus nous prenons de l’âge et plus s’accumulent en nous des temps différents – dit-il. Oscar Wilde le disait autrement : « Le drame de la vieillesse, ce n’est pas qu’on vieillit, c’est qu’on reste jeune ».

L’enfance fait l’objet d’un débat chez les historiens

Dans L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Philippe Ariès estimait qu’il n’y avait pas de « sentiment de l’enfance » avant le tournant malthusien du XIXème siècle. C’est seulement « à la fin du XVIIIème qu’émerge une pédagogie propre à l’âge tendre – résume Martine Fournier – avec Jean-Jacques Rousseau ». Mais en s’appuyant sur des sources nouvelles, ajoute-t-elle, des historiens « ont montré que l’amour maternel et la tendresse des pères existaient dès le Moyen-Âge », à une époque où quatre enfants sur dix mouraient avant l’âge de dix ans. Philosophie magazine consacre un dossier à la part d’enfance que nous gardons en nous. « Là où les enfants jouent, un mystère est enfoui » disait Walter Benjamin. C’est souvent lui qui hante nos rêves et occupe les divans des psychanalystes. Il revient à chacun d’entre nous d’en retrouver à travers les âges la formule et la clé. Et c’est pourquoi les philosophes ont beaucoup parlé, comme Pascal, de « la sagesse de l’enfance ». Nietzsche : « Innocence est l’enfant, et un oubli et un recommencement, un jeu, une roue qui tourne d’elle-même ». Qu’est-ce qui l’attire vers le carrousel – demande Walter Benjamin – c’est l’expérience de l’éternel retour des choses. « Un enfant – remarquait Maurice Merleau-Ponty – commence à mettre ses rêves dans les choses, ses pensées dans les autres, formant avec eux comme un bloc de vie commune ». Pour Gilles Deleuze, ce « bloc d’enfance », composé avec ses frères et sœurs, « ses camarades, ses travaux, ses jeux, et tous les personnages avec lesquels il déterritorialise ses parents chaque fois qu’il peut » est le lieu de l’intensité. Cultiver l’enfance est donc le programme de la vraie vie. Le magazine philosophique passe en revue « des souvenirs fondateurs », du vol des poires et la découverte du mal par St. Augustin à l’appel de la montagne par Arne Næss, en passant par la jeune fille qui louche et l’appel de l’amour pour Descartes, la fessée de Rousseau ou la séance chez le coiffeur de Sartre à sept ans, pour faire une surprise à sa mère. Les boucles tombées sous le ciseau, la fillette subitement transformée en garçonnet dont « l’œil droit entrait déjà dans le crépuscule », l’évidence de sa laideur lui apparut dans les pleurs maternels comme un avant-goût du regard infernal des autres.

Aujourd’hui l’enfant est aussi devenu un sujet de droit

Les Cahiers dynamiques, revue de la Protection judiciaire de la jeunesse. Dossier : Des droits pour les jeunes. Avec, notamment, un article de Jean Zermatten, qui a été président du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, sur le cadre international des droits de l’enfant. « Plus de 60 millions de personnes dans le monde sont des réfugiés, la moitié sont des enfants ».

Par Jacques Munier

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