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Primaire ouverte de la droite et du centre, 3ème débat

Les ambivalences de la primaire

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Beaucoup de réactions aux résultats de la primaire de la droite dans les pages idées de nos quotidiens

Primaire ouverte de la droite et du centre, 3ème débat
Primaire ouverte de la droite et du centre, 3ème débat Crédits : PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN - Maxppp

Au Figaro, Jérôme Jaffré explique que la victoire de François Fillon est due à une « cristallisation tardive de l’électorat. Les enquêtes d’opinion indiquent, qu’au premier tour, un million d’électeurs ont décidé de participer à la primaire dans les tout derniers jours et parmi eux 50 % ont choisi de voter pour Fillon et seulement 15% pour Alain Juppé ». Le politologue estime qu’Alain Juppé étant « perçu comme trop accommodant et trop ouvert aux centristes et Nicolas Sarkozy très critiqué sur sa personne et sa crédibilité », Fillon permettait « de passer d’un vote négatif à un vote positif. Au second tour, la dynamique s’est poursuivie ». En recherchant la cohérence entre sa campagne de la primaire et la future campagne présidentielle, compte tenu de son positionnement dans les sondages, l’erreur de fond d’Alain Juppé aura été « d’avoir choisi de parler aux Français et pas au peuple de droite ». Pour Anne Muxel, dans Libération, « le succès du dispositif de la primaire ouverte est d’abord la confirmation de l’attractivité du modèle de la démocratie participative, consacrant l’intervention directe des citoyens en amont des processus de désignation de la représentation politique institutionnalisée », une manière « de conjuguer les vertus de la démocratie directe aux nécessités de la représentation ». La directrice de recherches au Cevipof y voit une avancée de « cette démocratie d’opinion galopante dont les sondages n’arrivent plus à être les seuls arbitres », « avec tous les risques que cela comporte, notamment les effets produits par l’incroyable versatilité de l’opinion entraînant dans des laps de temps très courts des retournements saisissants : le dévissage de Nicolas Sarkozy, la quasi-disparition de Bruno Le Maire, le désamour pour Alain Juppé, et l’engouement pour François Fillon ». D’où les réserves d’usage : les primaires ne sauraient constituer « un sondage grandeur nature de l’état politique de la France ». D’autant que « tout le monde n’est pas allé voter. Les jeunes mais aussi les catégories populaires sont restés en retrait. Les plus âgés et les retraités ont eu la part belle ».

Dans ces mêmes pages idées de Libération, Myriam Revault D’Allonnes confirme les réserves

« Ce qu’on présente comme une innovation et un progrès de la participation démocratique est, en réalité, un trompe-l’œil. » Pour la philosophe, auteure d’un ouvrage sur la représentation politique publié au Seuil sous le titre Le Miroir et la Scène, la primaire « amplifie le processus de cristallisation, si ce n’est d’hystérisation de la vie politique qui se manifeste au moment de la présidentielle ». Double voire triple peine, en quelque sorte : « primaire de la droite, puis de la gauche, accompagnée de prestations médiatiques qui vont – sous couvert de démocratie – encore accentuer la logique présidentialiste en l’élargissant au choix des candidats à la présidentielle et donc en l’étalant dans le temps ». « A quoi s’ajoute l’accélération du temps médiatique qui ne favorise guère l’examen des programmes politiques alors que celui-ci est censé déterminer les choix: son premier effet est d’accentuer la personnalisation de la sélection, comme en témoignent les paroles des électeurs recueillies par les journalistes et les sondeurs. » Dans La Croix François Sureau confirme que les primaires ne sont pas « une panacée à la crise des institutions. Il faudra bien un jour réfléchir à la torsion qu’elles peuvent faire subir à l’ordre constitutionnel ». Évoquant les récents démêlés au sommet de l’exécutif sur une nième candidature à gauche, il ajoute ce commentaire : « si par exemple le président et son premier ministre, eût-il démissionné la veille, s’opposent à la primaire de la gauche, que peut-il bien subsister du crédit de l’exécutif ? Si le président se présente et se fait battre, qui peut sérieusement admettre la situation qui en résulterait, où pendant de longs mois le président de la République aurait perdu toute autorité ? » L’écrivain rappelle que « ce mépris, ce manque de sérieux quant à l’intérêt national ne sont certes pas nouveaux. On se souvient de De Gaulle sollicitant Herriot pour l’aider à reconstruire la France, et s’entendant répondre qu’il se consacrerait plutôt à reconstruire le Parti radical ».

Dans Les Echos, Jean-Marc Vittori dénonce un malentendu sur le programme du candidat Fillon

Dont la victoire « est parfois interprétée comme la preuve d’un basculement de la France contre son Etat. C’est une illusion » – affirme l’éditorialiste. « Trop d’Etat ou pas assez d’action publique ? Limiter le marché ou renforcer son influence ? Ces questions sont essentielles. Elles se posent partout, aux Etats-Unis comme en Chine ou en Europe ». Un Etat trop lourd devient non seulement asphyxiant, mais aussi incapable. Pas question pour autant de laisser le marché tout décider. Car la justice sociale n’est pas de son ressort.

Par Jacques Munier

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