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A l'écoute, en 1925

Les années radio

5 min
À retrouver dans l'émission

La radio a toujours eu l’ambition de jouer un rôle de lien social.

A l'écoute, en 1925
A l'écoute, en 1925 Crédits : THE ART ARCHIVE / THE PICTURE DESK - AFP

Dans les pages Débats de La Croix, Gilles Lipovetsky diagnostique le « mal français »

Et ce paradoxe révélé par les études entre la morosité affichée et le bonheur concédé dans la sphère privée. Plutôt qu’un effet du consumérisme, le philosophe y voit la contradiction de l’individualisme, une impasse que Rousseau formulait déjà : « parvenir à un état stable de bonheur est impossible car l’homme est par essence un être de relations, donc tributaire des autres ». L’individualisme n’est pas un égoïsme, comme le prouve l’importance du bénévolat et l’engagement de 13 millions de Français dans les associations. C’est davantage le repli communautariste qui produirait un hiatus entre l’aspiration au bonheur et les relations sociales, marquées par la reconnaissance de l’autre. Dominique Wolton ne dit pas autre chose dans Marianne. « Internet et les réseaux sociaux favorisent plus les communautés et laissent de côté la question beaucoup plus compliquée de l’hétérogénéité sociale », d’où le risque de verser dans l’intolérance. Le spécialiste de la communication dénonce la tendance des nouveaux médias à assurer la transparence du monde par la vitesse, à faire miroiter le rêve d’une humanité connectée par « la multiplication des tuyaux », quand c’est la lenteur que requiert la délicate entreprise de se comprendre les uns les autres. « Le XXe siècle devait être spirituel, le XXIe devra être déconnecté », affirme Dominique Wolton, qui a également en ligne de mire les chaînes d’information en continu, qui renforcent « la tyrannie de l’événement ». Là aussi c’est un éloge de la lenteur : « emportées par la vitesse, la concurrence, l’immédiateté, elles veulent être au plus près de l’événement en permanence, en direct, sans mieux comprendre ». Pas de distance, pas de recul, des « spécialistes » sommés de livrer analyses et commentaires dans l’instant, là où les médias généralistes prennent le temps de faire comprendre, et du coup, de faire sens commun.

La radio a toujours eu l’ambition de jouer ce rôle de lien social, pour les adultes mais aussi les plus petits d’entre nous

Le fil est ténu mais il tient depuis les origines, quand la radio semblait vouée à un grand projet de civilisation. La revue Les Cahiers Robinson consacre sa dernière livraison à la radio pour la jeunesse. Jusqu’à l’époque des années « yé-yés », un terme avancé par Edgar Morin, la radio a accompagné le mouvement d’émancipation des jeunes, et ce dès la pédagogie Freinet, lequel estimait que la radio scolaire devait proposer des journaux destinés à la jeunesse, voire ouvrir ses antennes aux voix des enfants pour dire « les traditions des diverses régions de France à l’occasion des événements périodiques qui jalonnent encore les réjouissances enfantines : les vendanges, les semailles, Noël, les Rois, Carnaval, Pâques, le printemps… » En 1937, lors du premier congrès international d’art radiophonique, Louis Lespine lance l’idée d’une « école du micro », lui qui avait notamment adapté la fable de La Fontaine Le Loup et l’agneau, devenue sur les ondes « Le procès du loup qui assassina l’agneau » au prétexte que « les enfants qui, plus que les grands, ont soif de justice, se montraient depuis plus de deux siècles révoltés par l’impunité dont jouissait le loup après avoir égorgé l’agneau ». 20 ans plus tard, en 1957, Jean Thévenot introduit le magnétophone dans sa classe et donne à entendre sur les antennes de la RTF les tranches de vie saisies par les petits « chasseurs de son ». Paul Gilson lui demande de concevoir une émission d’échanges en direct entre des enfants et adolescents des quatre coins de la planète. Ce sera « Si tous les gars du monde », où se parlent des jeunes de Varsovie, Moscou, Montréal, et même des Eskimos et des Touaregs !

Notre chaîne est citée, avec ses « Histoires du Pince Oreille », l’émission hebdomadaire de Nelly Le Normand et Marguerite Gateau

Les fictions de France Culture continuent de produire des programmes à l’intention des jeunes de 7 à 77 ans, comme Les aventures de Tintin ou en 2009 celles de Tom Sawyer, adaptées par Pierre Senges et réalisées par Myron Merson. Mais dans les années radio, l’émission qui a fédéré la jeunesse autour de la musique, c’est « Salut les copains ». Dans un livre paru aux éditions La Tengo, Les tubes, ça s’écrivait comme ça, Baptiste Vignol a rencontré quinze paroliers des plus célèbres chansons de cette époque révolue. Révolue parce que les producteurs ont oublié qu’une carrière, ça se construit et comme il faut que « ça marche » et tout de suite, les artistes, dans un contexte plus difficile, préfèrent écrire eux-mêmes leurs paroles pour toucher les droits. Parmi les paroliers présents dans le livre, Robert Nyel a su joindre l’image à la parole, avec par exemple le standard planétaire qu’a été « Déshabillez-moi », chanté par Juliette Greco, qui a parachevé le texte elle-même en studio en ajoutant le dernier vers : « Et vous, déshabillez-vous ». C’est bien tombé, ajoute l’auteur, parce qu’il manquait une chute.

Par Jacques Munier

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