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Camp de réfugiés en Éthiopie. Près d'un million d'enfants sont nés en exil entre 2018 et 2020.

Les désastres de la guerre

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Selon le dernier rapport du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), le nombre de déplacés à cause des guerres et des crises a doublé en dix ans.

Camp de réfugiés en Éthiopie. Près d'un million d'enfants sont nés en exil entre 2018 et 2020.
Camp de réfugiés en Éthiopie. Près d'un million d'enfants sont nés en exil entre 2018 et 2020. Crédits : P. Kneffel - Getty

En 2020 82,4 millions de personnes ont fui les guerres, les persécutions et les exactions, qui n’ont pas cessé pendant la pandémie de Covid, même si les restrictions sanitaires ont compliqué la tâche de ceux qui cherchaient à fuir : "plus de 160 pays ont fermé leurs frontières et 99 d'entre eux n'ont fait aucune exception pour les personnes en quête de protection", souligne le rapport. Filippo Grandi, le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés signale le chiffre des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, qui s'élève à 48 millions, "un nombre sans précédent", principalement dû aux crises en Éthiopie, au Soudan, dans les pays du Sahel, au Yémen, en Afghanistan ou en Colombie. Le rapport alerte en particulier sur la proportion de mineurs parmi ces personnes déracinées. Les jeunes de moins de 18 ans représentent 42 % d'entre elles. Près d'un million d'enfants sont nés en exil entre 2018 et 2020. Une "tragédie" qui amène Filippo Grandi à en appeler aux dirigeants mondiaux "pour prévenir et mettre fin aux conflits et à la violence".

Guerre froide

On dénonce souvent l’impuissance de l’ONU. L’historienne Sandrine Kott s’est intéressée au fonctionnement de l’organisation pendant la guerre froide, période souvent considérée comme un moment de paralysie de la coopération internationale en raison des rivalités entre bloc occidental et bloc communiste - qui ont déclenché des guerres "par procuration". Sur le site La vie des idées, Yohann Morival rend compte de son livre publié au Seuil sous le titre Organiser le monde, une autre histoire de la Guerre froide. Son intérêt réside notamment dans l’angle adopté : "s’intéresser au fonctionnement des organisations internationales au prisme d’acteurs qui y occupent des positions secondaires (mouvement des non-alignés, bloc de l’Est) ou qui en contestent en partie le fonctionnement (ONG, syndicats)".

Sandrine Kott développe notamment l’exemple de l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction (UNRAA), constituée en 1943 pour venir en aide aux populations victimes de la guerre. L’UNRRA développe une action multilatérale dans plusieurs régions du monde, dont l’Europe centrale. Elle est tout à la fois la première agence des Nations unies et la dernière initiative du New Deal.

L’UNRAA a développé de nouvelles formes de coopération internationale, basées en partie sur ses salariés, "des travailleurs sociaux formés à l’anthropologie, attentifs aux réalités du terrain et plus respectueux des orientations politiques des gouvernements aidés". Des initiatives, comme celles de la commission économique pour l’Europe (ECE), la première agence régionale des Nations Unies créée en 1947, visant à favoriser les échanges économiques en Europe pour lutter contre les inégalités de développement, ont posé "les bases d’un multilatéralisme plus inclusif". Si la guerre froide a fini par contenir cet élan, elle a par ailleurs contribué à l’internationalisation de certaines causes comme le droit des femmes, la défense de la paix et le soutien aux luttes anticoloniales. On peut souligner le rôle des conférences mondiales comme "espaces de circulation des discours", ou les "filières de formation, autour de la première génération de militantes féministes africaines". 

Sandrine Kott estime que la période actuelle serait caractérisée par le « globalisme », c’est-à-dire un système international encourageant la mise en concurrence des États et non leur coopération.

"Pourquoi la guerre ?"

La première guerre à être documentée remonte au milieu du IIIe millénaire avant notre ère : celle qui opposa les cités-États sumériennes d'Umma et de Lagash en Mésopotamie. Mais les ossements du site de Jebel Sahaba, dans la vallée du Nil (actuel Soudan), vieux d'au moins 13.000 ans, ont révélé les traces de conflits meurtriers. Dans Les Echos, Yann Verdo fait état des travaux d’une équipe de chercheurs du CNRS et de l'université Toulouse-Jean-Jaurès sur les restes d’une soixantaine d’individus porteurs de lésions et trauma témoignant de morts violentes dues à des combats rapprochés ou à des projectiles, flèches et lances. "Il y a 13.000 ans, la vallée du Nil était devenue une zone refuge pour nos ancêtres africains, la dernière période glaciaire ayant transformé le Sahara en un désert aride et invivable." Une forte densité de population sur un territoire restreint aux ressources limitées : c’est là sans doute la principale cause du plus ancien conflit connu, elle projette depuis la préhistoire une lumière crue sur notre avenir.

Par Jacques Munier

À voir dès le 10 juillet sur Arte : Moria par-delà l'enfer, un film de Mortaza Behboudi et Laurence Monroe

"Sur l’île grecque de Lesbos, Moria, le plus grand camp de réfugiés d’Europe est devenu un immonde bidonville. Quand l’Europe se confne, les réfugiés se sentent totalement abandonnés."

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