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Alep, quartier al-Shaar, 26 novembre

Les enjeux du conflit syrien

4 min
À retrouver dans l'émission

La partie rebelle d’Alep est sur le point de tomber et, au delà de la tragédie humanitaire, de lourds enjeux stratégiques se profilent en Syrie.

Alep, quartier al-Shaar, 26 novembre
Alep, quartier al-Shaar, 26 novembre Crédits : Abdalrhman Ismail - Reuters

Courrier International publie un article du quotidien libanais L’Orient-Le Jour qui dénonce l’emprise sur les esprits du récit syro-russo-iranien. « Parmi les quelques milliers de combattants à Alep-Est, il y a une minorité de djihadistes appartenant au Fatah AL-Cham (ex-Front Al-Nosra) qui a su gagner une certaine légitimité à mesure que la répression contre la population s’est accentuée. Que certains de ces combattants soient considérés comme une menace par plusieurs grandes puissances régionales et internationales est tout à fait compréhensible. Mais que cette menace ait été largement exagérée par le régime syrien et ses parrains russe et iranien pour justifier une opération de destruction totale contre toute forme d’opposition modérée ne doit jamais être oublié. » Anthony Samrani se demande s’il était nécessaire de raser toute une partie de la ville multimillénaire en détruisant ses infrastructures, ses hôpitaux, écoles, boulangeries soigneusement ciblées pour lutter contre quelques centaines de terroristes. « S’étonnera-t-on si après le déferlement d’une telle violence, qui ne respecte aucun principe du droit de la guerre, la Syrie reste pour longtemps le plus grand foyer de djihadistes au monde ? » La reconquête annoncée d’Alep, les raids aériens qui se tournent désormais vers Idlib au nord, cachent une réalité qui pourrait se révéler lourde de conséquences pour l’avenir de la région et du monde : « c’est le chaos actuel qui permet à Bachar El-Assad, plus dépendant que jamais des Russes et des Iraniens, de rester accroché à une illusion de pouvoir. Et tant que le président syrien sera là, le chaos ne cessera pas. »

Ceux qui pensaient qu’il fallait discuter avec lui voient aujourd’hui de quoi l’homme est capable

Si ça continue, il n’aura plus face à lui que des djihadistes avec lesquels il est impossible de négocier et en l’absence d’alternative il pourra se présenter comme l’unique solution. Tout cela semble cousu de fil blanc depuis le début. Et c’est là qu’il faut être vigilant pour éviter au récit officiel de s’imposer. Certains de ceux qui s’indignaient à juste titre de l’absence de mandat de l’ONU pour l’intervention américaine en Irak semblent aujourd’hui s’accommoder de la présence militaire russe et iranienne dans les airs et sur le terrain sans le moindre aval des Nations Unies. Lorsque les médias évoquent la victoire des troupes du régime syrien à Alep, elles omettent presque systématiquement de préciser que c’est plutôt une coalition de l’arc chiite qui intervient : le Hezbollah libanais, présent en Syrie dès le début du conflit, des milices irakiennes, des brigades afghanes et pakistanaises recrutées dans la vaste population chiite immigrée en Iran. Dans Le Monde, Louis Imbert éclaire les coulisses du théâtre des opérations : « ces milices placent leur combat dans un cadre idéologique : celui de la défense des chiites du Proche-Orient contre le djihadisme sunnite, dans lequel ils incluent abusivement toutes les factions rebelles d'Alep, pourtant la dernière grande ville de Syrie où survit une rébellion modérée et nationaliste, incarnée par l'Armée syrienne libre. »

Le quotidien révèle par ailleurs un décret du Kremlin, publié le 1er décembre, qui entérine une nouvelle guerre froide

Dans ce document « où figure à soixante-dix reprises le mot " sécurité ", et vingt-cinq fois celui de " menace ", l'Union européenne est accusée " d'expansion géopolitique " et de chercher, conjointement avec les Etats-Unis, à " saper la stabilité régionale et globale ". » Oublié le dialogue avec l’Occident : « La Russie n'accepte pas les " tentatives de pressions militaires, politiques et économiques " exercées, selon elle, " en dehors du cadre du droit international ", et elle " se réserve le droit de réagir à des actions hostiles, y compris par le renforcement de sa défense nationale ainsi que par la prise de mesures symétriques ou asymétriques ". » Est visé notamment le bouclier anti-missiles déployé en Europe de l’Est, qui protège des pays placés sous la menace directe de l’agressivité russe. Et en matière de diplomatie " le rôle du facteur de la force dans les relations internationales augmente ", avec pour la Russie une double mission : " Promouvoir le patrimoine national et l'identité culturelle des peuples de la Russie ", et " renforcer les positions des médias russes ". Face à cela l’Europe doit se ressaisir d’urgence. Comme le résume Alain Frachon « Donald Trump à Washington, Xi Jinping à Pékin et Vladimir Poutine à Moscou s'entendent sur un point-clé : " la communauté internationale ", c'est eux – et personne d'autre. » Dans le monde qui vient, s’il veut continuer à exister, le « marché unique » doit à toute force se transformer en puissance géopolitique, avec ou sans ceux qui renâclent à faire l’Union du continent européen.

Par Jacques Munier

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