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Plus de 60 journalistes sont actuellement emprisonnés en Chine.

Les habits neufs du président Xi

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Reporters sans frontières publie un rapport sur « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine ».

Plus de 60 journalistes sont actuellement emprisonnés en Chine.
Plus de 60 journalistes sont actuellement emprisonnés en Chine. Crédits : Bloomberg - Getty

Il « dévoile – je cite – la stratégie déployée par Pékin pour contrôler l’information hors de ses frontières, un projet qui menace la liberté de la presse dans le monde » : « modernisation de son outil audiovisuel extérieur, achat massif de publicités, infiltration des médias étrangers… mais aussi chantage, intimidation et harcèlement à une échelle quasi-industrielle ». Comme le résume François Bougon dans Le Monde, « Le journalisme à l’occidentale – vu par les autorités comme un contre-pouvoir et une volonté d’imposer les valeurs universelles et la démocratie – est considéré comme un danger. » Il rappelle les propos du président de l’agence officielle Chine Nouvelle en 2011 dans le Wall Street Journal, développant le concept de « nouvel ordre mondial des médias » : le droit pour chaque pays de « prendre part aux communications internationales sur un pied d’égalité, dans le respect des « spécificités culturelles, des coutumes, des croyances et des valeurs » de chaque nation. Est-ce à dire que la manipulation de l’opinion, la dissimulation et les entraves à l’information sont des « spécificités culturelles » chinoises ? 

Omerta

Plus de 60 journalistes sont actuellement emprisonnés en Chine, où personne ne peut enquêter sur le sort des Ouïgours, turcophones et musulmans, arbitrairement internés – près d’un million d’entre eux – dans des centres d’endoctrinement au nom de la lutte contre le « terrorisme », comme s’en inquiétait dans son rapport annuel le Club des correspondants étrangers en Chine. _Courrier international_évoque le lourd bilan de l’explosion dans une usine au Jiangsu, au nord de Shanghai, le 21 mars : 62 morts et 90 blessés graves. « Pourtant, les autorités font tout pour dissimuler les informations. Elles sont même allées jusqu’à recourir à des techniques inédites en perturbant un drone utilisé par un média. » Il s’agit de Pengpai, un pure player de Shanghai, et sur place les journalistes indépendants « s’étonnent de l’action inédite des autorités pour empêcher leur travail ». Le Xin Jingbao, un journal de Pékin, a révélé que l’entreprise de produits chimiques avait été « pointée du doigt par le service de protection de l’environnement local » et qu’en février 2018, l’administration de la sécurité du travail avait noté 13 défaillances de sécurité, des avertissements qui sont restés lettre morte. 

Pour de nombreux Chinois, c’est l’attitude du pouvoir, qui empêche la presse de faire son travail lors d’événements négatifs, qui est l’une des raisons de cette catastrophe.  Zhang Zhulin, chroniqueur au South China Morning Post

Dans les pages Idées du Monde, le sinologue Jean-Philippe Béja évoque les moyens mis en œuvre pour contrôler la société à l’aide de l’intelligence artificielle et notamment le « crédit social » combinant la solvabilité et la conformité. « On peut se demander à quoi servent la coopération et le commerce dans le domaine des hautes technologies. Déjà, grâce au projet de nouvelles routes de la soie, la Chine exporte ses techniques de contrôle des citoyens pour le plus grand bénéfice des dictatures de tout acabit. » Les pages Débats de La Croix évoquent les craintes qu’inspire la puissance économique chinoise. Pour Jean-Joseph Boillot « Les Européens ont joué avec le feu et se sont désarmés ». Le spécialiste des économies émergentes à l’Iris évoque le « marché de dupes, en 2001, lors de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les grandes entreprises européennes ont poussé à cet accord car elles souhaitaient absolument accéder au gâteau que représente le marché chinois. Dix-huit ans plus tard, elles ont largement eu le temps de déplorer l’asymétrie dans l’ouverture des marchés. » Mais Sybille Dubois-Fontaine, directrice générale du Comité France Chine, rappelle que le montant des investissements chinois en France représentent à peine 5 % du total des investissements étrangers, en comparaison, les investissements français en Chine sont beaucoup plus importants. Dans une tribune au Figaro le président chinois a souligné que nos deux vieilles nations « partageaient le goût de l’indépendance, du libre-échange, du dialogue culturel et de la responsabilité mondiale ». Certes – commente Renaud Girard dans les pages Champs libres du quotidien – « Mais Emmanuel Macron a eu raison d’insister sur l’équilibre et la réciprocité dans les échanges commerciaux. » Et l’on en revient à la culture. Au cours d’un débat à Taipei, le sinologue Jean-François Billeter évoquait la difficulté à traduire certains concepts, comme celui de politique, qui renvoie pour nous à la cité grecque et à l’idée d’une association de citoyens libres et égaux délibérant publiquement de la façon de prendre en main leur destin et n’a qu’un équivalent affaibli en chinois dans un néologisme récent qui associe le concept de gouvernement au fait d’assurer le bon fonctionnement de quelque chose. Mais on ne nous fera pas gober que la présidence à vie de Xi Jinping est « une spécificité culturelle chinoise ».

Par Jacques Munier

Sur la stratégie d’influence du gouvernement chinois : https://www.lepoint.fr/monde/made-in-china-le-livre-que-macron-doit-lire-avant-son-diner-avec-xi-jinping-25-03-2019-2303691_24.php

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François Bougon : La Chine sous contrôle Tiananmen 1989-2019 (Seuil)

Tania Angeloff (en collaboration avec Wang Su) : La société chinoise depuis 1949 (La Découverte)

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