LE DIRECT

Les leçons d'une défaite

4 min
À retrouver dans l'émission

L’onde de choc du score FN aux régionales a initié tous azimuts une vague de remises en cause et de réflexions salutaires...

Elle semble encore épargner les partis politiques traditionnels, responsables au premier chef de cette dérive électorale mais tout à leur réplique tactique du deuxième tour – fusions, regroupements, désistements – s’obstinant à dissoudre les problèmes réels – chômage, pauvreté, sécurité – dans le cadre institutionnel de leur résolution, comme le relève Alain Garrigou dans Libération, lequel relativise néanmoins la victoire annoncée de l’extrême-droite, avec au final seulement quelques dixièmes de point pour une élection où les enjeux locaux, « faiblement lisibles et souvent fort ennuyeux » ont largement cédé le pas aux questions nationales et internationales. Reste que le parti qui focalise toutes les attentions a quand même réuni à lui seul 27,73% des suffrages et cela provoque à juste titre une commotion dans la classe politique, habituée de longue date à un vote protestataire mais résiduel qui commence à prendre du coup une signification politique majeure. Un aspect inédit de l’adhésion au FN se révèle à l’occasion, celui des jeunes et des élites. Jusqu’à présent on l’attribuait à des ouvriers précarisés ou des chômeurs égarés dans des territoires déshérités, ou encore à des classes moyennes en voie de déclassement et déboussolées en zone périurbaine. On pouvait se contenter de dire que ces gens trouvaient là une mauvaise solution à des problèmes réels. Aujourd’hui on sait que, parmi les jeunes de 18 à 30 ans qui votent, les électeurs FN sont en plus forte proportion que la moyenne nationale, eux qui sont particulièrement touchés par le chômage dans notre pays. Et surtout, comme le montre l’enquête de Marion Van Renterghem dans Le Monde , le FN « devient peu à peu le parti politique où l'on peut espérer briller et faire carrière. Les cadres supérieurs et les jeunes diplômés commencent à se bousculer au portillon pour intégrer ses rangs ». Faut-il donc que l’horizon politique soit à ce point bouché et les places accaparées qu’il faille pour certains en passer par là… « Pourtant – rappelle la journaliste – au-delà de quelques désaccords entre la tante et la nièce sur le planning familial ou la zone euro, le programme continue à prôner la fermeture des frontières, le repli national, la stigmatisation de l'immigration, la sortie de l'Union européenne, la sortie de l'OTAN. »

Dans ces mêmes pages Débats du Monde Laurent Bouvet tire la leçon du scrutin de dimanche

« Jusqu'ici, l'enjeu paraissait virtuel – accorde-t-il – le FN servant surtout à faire peur aux électeurs et à empêcher la droite de gagner ici ou là. Il est aujourd'hui bien réel : le FN peut gagner et bénéficier à son tour des ressources des autres partis. » Aujourd’hui « c'est donc à un changement stratégique radical, rapide et profond que la gauche française, PS en tête, doit s'atteler, si elle veut survivre et renaître. Un changement stratégique qui devra s'accompagner d'une réflexion approfondie sur les causes culturelles et identitaires de la montée en puissance du FN, au-delà des habituelles considérations sur la politique économique des gouvernements de gauche ». Et dans Le Figaro le politologue américain Ezra Suleiman, bon connaisseur de notre pays, dénonce « sa tendance à accorder une rente à ses élites, au lieu d’organiser son renouvellement paisible. L’exception française en l’occurrence – ajoute-t-il – s’explique d’abord par ce qui est perçu comme l’inefficacité des élites politiques. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les sondages demandant le degré de confiance que les citoyens français ont à l’égard de leurs députés, de leurs partis et de la classe politique en général. De surcroît, l’élite politique est perçue comme constituant un groupe qui se sert de l’État plutôt qu’il ne sert l’État. Le sentiment prévaut de l’existence de privilèges, d’un manque de transparence »… L’observation est d’une actualité brulante, surtout lorsque le professeur à Princeton conclut : « Les Français ne comprennent pas comment un haut responsable peut briguer un mandat électif tout en gardant son poste de président de l’Assemblée nationale au cas où il perd l’élection. »

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......