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Bruxelles, au lendemain des attentas de Paris

Les leçons de Bruxelles

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Les attentats de Bruxelles relancent les spéculations sur le djihadisme dans les pages idées de nos quotidiens

Bruxelles, au lendemain des attentas de Paris
Bruxelles, au lendemain des attentas de Paris Crédits : Yves Herman - Reuters

Dans Le Monde Farhad Khosrokhavar estime que le phénomène s’est largement amplifié depuis 2013 et il souligne une évolution des profils des djihadistes, davantage issus des classes moyennes et n’ayant pas de passé délinquant – contrairement à ceux de Bruxelles – ils seraient moins connu des services de police et plus difficilement détectables. Parmi eux, de plus en plus de convertis – un quart d’entre eux – une présence accrue des femmes et des adolescents. « La pluralité des profils djihadistes montre que les sociétés européennes ne sont pas face à un type déterminé de jeunes (que ce soit des banlieues ou des quartiers pauvres en Angleterre ou en Belgique), mais à une diversité qui englobe désormais un nombre important de jeunes, déçus d'une vie en Europe sans utopie politique » conclut le sociologue, qui évoque une forme violente d’engagement humanitaire. Dans les mêmes pages du Monde, Tahar Ben Jelloun considère qu’on ne doit pas exonérer les parents des terroristes de leur responsabilité. « Les pères et les mères de ceux qui sèment la mort au nom du djihad n'ont pas su ou pu transmettre à leurs enfants les valeurs de leur double culture qui sont pourtant des barrages contre la barbarie. » Balançant entre blâme et excuse – « les pères ne furent pas des héros ; ils ont renvoyé à leurs enfants une image de défaite et d'impuissance » – l’écrivain esquisse les traits d’une insécurité « ontologique » chez ceux d’entre les aspirants au djihad qui « se trouvent en mal de culture et de valeurs ». Dans Libération Alain Bertho revient sur l’idée d’une « islamisation de la radicalité » défendue par Olivier Roy tout en rappelant qu’il avait été le premier à proposer cette analyse de nature à contrer les explications un peu courtes en termes de phénomène sectaire. Mais il convient aujourd’hui que « radicalisation est un mot-valise », voire « une catégorie de police plus que de pensée ». Et il préfère évoquer « la brutalité symbolique que constitue la perte d’un horizon historique et d’une figure de l’avenir ». « Nous subissons tous les conséquences culturelles de l’épuisement de la politique moderne qui s’inscrivait dans une histoire et voyait dans l’Etat l’enjeu et l’instrument central de toute transformation collective – affirme-t-il. L’impuissance politique se double du spectacle mondial de la corruption des pouvoirs. La perte de crédibilité de la parole des gouvernements et, par extension, de toute parole d’autorité est destructrice de l’espace public comme «usage public de la raison», comme l’a caractérisé Habermas. Lorsque la politique reflue, la religion afflue. Partout, elle redonne un sens à la vie individuelle, comme au destin collectif. » L’anthropologue cite aussi Tocqueville : Chaque génération est un nouveau peuple. « La génération qui vient est la première génération de la mondialisation, première génération postcommuniste, première génération posthistorique. » Et il explique ce que signifie désormais pour nous tenter de « comprendre » : éviter « d’assister impuissants au flot des adhésions », et « empêcher le jihad d’être une figure possible, et tragique, de la révolte ».

Dans les pages débats de La Croix Nathalie Kosciusko-Morizet défend son idée d’une perpétuité incompressible pour les terroristes

« Prenons le cas de Salah Abdeslam – je la cite. Il sera probablement condamné à la perpétuité avec, à la clé, une peine de sûreté de 18 à 22 ans. Il a aujourd’hui 26 ans et pourra donc demander un aménagement de peine avant même ses 50 ans… Cela pose clairement question ». « Réclamer une perpétuité effective revient, de fait, à rétablir une forme de peine de mort sociale » lui répond Jean-Pierre Dubois, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme. Et surtout « C’est considérer que certains condamnés ne peuvent s’amender. Il s’agit là d’une conception de l’homme que je ne partage pas. Qui peut être aussi catégorique sur un individu ? » Le juriste ajoute que « Vanter les mérites d’une perpétuité incompressible suppose, par ailleurs, de totalement méconnaître le fonctionnement de la prison. Supprimer tout espoir de sortie aux condamnés va les inciter à prendre tous les risques. On sait très bien que les prises d’otages de personnel et les tentatives d’évasion sont le fait d’individus désespérés. Une telle mesure compliquerait encore la gestion des établissements pénitentiaires. » Dans l’ordinateur retrouvé dans une poubelle de Bruxelles l’un des terroristes a laissé un testament. Où il indique envisager de passer à l'acte parce qu'il se sent traqué. Il ajoute ne souhaiter pour rien au monde se retrouver en prison avec " lui ". Probablement Salah Abdeslam… Ici la prison a joué clairement son rôle repoussoir mais elle a plutôt encouragé une fuite en avant.

Par Jacques Munier

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