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Les médias et l'élection

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À retrouver dans l'émission

À un an de la présidentielle, c’est le temps des grandes manœuvres dans l’industrie des médias

« Terrain de jeu des grands patrons, tyrannie des communicants, folie des chaînes d’info… la proximité entre responsables politiques et industriels n’a jamais été aussi présente » résume Marc Endeweld dans Marianne, qui relève ce paradoxe que les enjeux politiques s’aiguisent autour des médias alors que leur économie est en plein bouleversement : « la valeur des médias s’effondre, ce qui explique la multiplication des raids dans le secteur – lui explique un ancien dirigeant. Aujourd’hui, une application comme Snapchat vaut 16 milliards quand M6 ne vaut plus que 250 millions ! » Et malgré la descente aux enfers de la presse écrite, les médias continuent d’apparaître aux yeux des politiques comme des vecteurs d’influence et des faiseurs d’opinion. C’est que, dans la guerre économique qui fait rage entre les grands opérateurs télécoms sur un marché désormais saturé où 98% de la population est équipée, « les contenus sont devenus le nouvel eldorado pour augmenter le revenu moyen par client ». Or ces contenus, jusqu’à preuve du contraire, ce sont les femmes et les hommes – journalistes, auteurs et autres plumitifs ou saltimbanques – qui le fournissent, et non les machines logicielles. C’est pourquoi le patron de SFR, Patrick Drahi s’est offert Libération et L’Express, Vincent Bolloré Vivendi et Canal dans la perspective d’une stratégie mondiale en télécom, ou Xavier Niel, le patron de Free et coactionnaire du groupe Le Monde, passé du minitel rose à la passion de l’info, consolide son implantation en prenant des options sur Telecom Italia. Commentaire persiffleur d’un expert du numérique : « Cette idée d’intégration verticale de métiers différents, c’est comme si Total se mettait à faire des voitures et des autoroutes »…

De là à ce que le storytelling devienne la règle de la communication politique, il n’y a qu’un pas

Ou que les grandes séries télévisées en disent finalement plus long sur le politique que bien des analyses dans les émissions spécialisées. Alors que démarre une nouvelle saison de Games of Thrones, Dominique Moïsi sort un livre sur La géopolitique des séries, où il estime que « si on lit le récit comme une critique du temps présent » il apparaît « comme une réflexion féroce sur la crise de légitimité du politique et des politiques ». C’est précisément ainsi, comme un récit que le dernier N° de la revue Télévision aborde le phénomène des séries, en lui appliquant toutes les ressources de la narratologie. « Les séries changent notre vision du monde, pas seulement par ce qu’elles en disent mais d’abord par la façon de le raconter » affirme François Jost, le directeur de la revue, celui également du Laboratoire Communication Information Médias de l’université Paris III-Sorbonne. « En racontant une histoire passionnante et en la suspendant grâce à ce qu’on n’appelait pas encore des cliffhangers, Shéhérazade réussit à sauver sa vie en passionnant son auditeur, le Sultan, pendant mille et une nuits. La force de séries d’aujourd’hui est de nous rappeler ce pouvoir du récit sur nos vies. François Jost s’intéresse en particulier au travail sur le temps, la série disposant d’un formidable levier : une temporalité extensive et ouverte, jouant notamment sur les emboîtements entre épisodes, saisons et série complète. Il s’arrête en particulier sur la technique du flashforward, l’inverse du flashback, un procédé qui permet une plongée dans le futur dès l’ouverture, comme dans Sunset Boulevard, qui commence par l’image d’un corps flottant dans la piscine et qui se poursuit par un récit des événements qui ont conduit à cette situation. Par sa prégnance au cinéma mais surtout dans les séries, ce procédé qui est d’abord l’un des topoï du genre épique, accède ici, par sa régularité, à la fonction d’une forme.

Des mots et des mimiques, Jean-Claude Guillebaud s’amuse quant à lui de ce que l’image fait au discours lorsque la radio est filmée

C’est le sujet de sa chronique « nécessaire » dans le supplément télé de L’Obs. Désormais filmée, la radio donne à entendre... et aussi à voir « tout un langage visuel qui fait également sens. Grimaces, soupirs, regard vers le ciel, sourire béat : la syntaxe de ces expressions exprime des tas de points de vue, et peut saper, ou non, le discours de celui qu'on écoute. » L’occasion pour lui de rappeler les différentes composantes d’un message, le contenu manifeste celui des mots et du sens commun. S’ajoute à ce niveau de l’énoncé celui que les linguistes désignent comme l’énonciation, ou si vous préférez le massage du message, comme disait MacLuhan, la façon propre à chacun d’habiter ce qu’il dit, de manière plus ou moins convaincante. A cela s’ajoutent les mimiques, le niveau le plus révélateur de ce que font les images à la radio. Et, conclut Jean-Claude Guillebaud « Argumenter verbalement là où prévalent les mimiques, cela devient vite un message à double sens »

Par Jacques Munier

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