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Les médias et le terrorisme

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À retrouver dans l'émission

On sait que la communication est un élément essentiel dans la stratégie globale de Daech. Les médias doivent par conséquent exercer une vigilance constante pour éviter l’instrumentalisation

Il faut y insister d’autant plus que l’autocritique n’est pas une pratique répandue dans la profession. Et en matière de ce que Pierre Nora désignait comme « événement monstre » encore beaucoup moins. C’est un cruel dilemme qui touche au rôle de l’information dans nos sociétés démocratiques et qui soulève des questions de fond sur la nature du journalisme : faut-il répercuter sans sommations la matière brute et l’onde de choc de l’événement, ou prendre le temps de l’analyse, voire de la déconstruction des discours ? Le débat est engagé dans ces termes par le quotidien La Croix : « Jusqu’où informer sans risquer de donner une publicité exagérée aux auteurs de ces attentats, sans surestimer leur capacité à terroriser ? Plus que jamais les médias ont une responsabilité considérable pour analyser, mettre en perspective, et éviter de stigmatiser. » Jean-Pierre Filiu estime que s’il est « utile de déconstruire le récit véhiculé par Daech », il ne faut pour autant sous-estimer l’organisation terroriste : « se focaliser par exemple sur réseaux franco-belges, alors que nous sommes face à 35 000 djihadistes venus du monde entier qui comptent d’ailleurs plus de Russes que de Français ou de Belges. Daech n’est pas seulement un problème entre la République et Molenbeek. Le groupe frappe d’abord les musulmans du monde arabe et depuis bien plus longtemps. » « La demande d’information est plus forte pour les attentats de Paris ou Bruxelles, que pour ceux du parc de Lahore au Pakistan » regrette pour sa part Patrick Eveno, qui relève que si « les médias ont leur responsabilité » car ils « doivent donner envie de s’informer sur des sujets plus lointains, on a aussi les médias que l’on mérite : si on s’intéresse peu à l’actualité internationale en général, on dissuade les éditeurs de diligenter des moyens pour couvrir des attentats terroristes plus lointains ». L’historien des médias rappelle que « le terrorisme vise à créer des dissensions au sein de la société en faisant peur, en stigmatisant, en provoquant des réactions violentes. Les médias sont pris dans cette spirale, comme la sphère politique et toute la société ».

L’autre plaie des médias en « état d’urgence », c’est ce que le site Acrimed, l’observatoire critique des médias, appelle « le bal des experts de l’expertise »…

Mais qui expertisera les experts ? Et l’assommante ritournelle qui tourne à vide quand on mouline le rien à longueur de temps sur les chaînes d’info en continu… Lesquelles ne sont pas à l’abri, on l’a vu encore récemment pour un hebdo pourtant respectable, de fournir en direct des informations « sensibles » aux terroristes. « Dès l’annonce des attentats de Bruxelles, une nuée d’« experts » s’est abattue sur les radios, télés et les sites des grands médias, selon un protocole désormais bien rôdé dans ce type de circonstances – observent Denis Souchon et Olivier Poche, qui étudient par le menu et exemples nourris à l’appui le contraste permanent entre « une focalisation exclusive, immédiate et durable » sur l’événement et « la quantité extrêmement faible d’informations fiables disponibles. » La palme de la vacuité revient ici à Roland Jacquard à propos des attentats de Bruxelles : « C’était préparé à l’avance » a-t-il « osé » révéler sur RTL…

Les pages idées des quotidiens sont souvent des espaces de réflexion et de discussion argumentée pour éclairer l’actualité, à distance de cette ébullition insignifiante

Dans celles de Libération, un expert qu’on n’a pas beaucoup vu sur les plateaux de télévision parce qu’ordinairement il travaille, l’historien et politologue Nabil Mouline, chargé de recherches au CNRS et auteur du livre Le Califat: histoire politique de l’islam (Flammarion) explique la place que tient encore dans l’imaginaire arabo-musulman cette institution politico-religieuse, alpha et oméga de la propagande islamiste, qui « a échoué dès le IXe siècle mais, depuis, demeure idéalisé. A travers son rétablissement, l’objectif affiché est de refaire l’unité de la oumma, la communauté des croyants, de redonner sa pureté, sa grandeur et sa prospérité à l’islam. Son instrumentalisation par l’islam politique n’est pas nouvelle. Mais elle relève du bricolage. Autre exemple de « solutions bricolées qui s’inspirent – mais sans l’avouer – des principes occidentaux : le nom «Etat islamique». Utilisé comme il l’est aujourd’hui par Daech, il ne se réfère pas à l’histoire. Dawla, le terme traduit par «Etat», signifie à l’origine «cycle de domination», «dynastie». Il ne renvoie pas à l’imaginaire occidental de l’Etat, un mot importé au XIXe siècle. Dans la bouche de Daech, il signifie bien pourtant Etat au sens occidental. Quant à islâmiyya, le terme renvoie à une construction identitaire largement inspirée des nationalismes européens, le panslavisme, le pangermanisme, le panhellénisme… »

Par Jacques Munier

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