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Les pièges de l’identité

5 min
À retrouver dans l'émission

Le premier ministre, Manuels Valls, nous l’a promis : la présidentielle se jouera sur " la bataille culturelle et identitaire "…

Nicolas Truong le concède provisoirement dans Le Monde : « les partisans de l'identité – heureuse ou malheureuse – ont gagné la bataille des idées ». Mais les pages débats qu’il anime sont consacrées à « ces intellectuels qui veulent sortir du piège identitaire ». Parmi eux le philosophe François Noudelmann, qui estime qu’identité nationale, est l'expression d'un pays divisé, un symptôme de crise morale. « Le recours obsessionnel à cette notion permet de canaliser des émotions disparates — angoisses, colères, espérances — d'autant mieux qu'elle désigne des référents hétéroclites, reliés par l'illusion d'une généralité. » Mais « le peu de réalité saisie par le concept d'identité n'empêche pas la puissance de ses effets ». Car « lorsqu'on entend " identité nationale ", les connotations se glissent dans l'expression et suggèrent aussi bien la naturalité des appartenances, la conformité des paysages, la ressemblance des faciès et la réduction des différences ». Prononcer l’expression « déclenche alors ce foisonnement irrationnel de représentations apparemment homogènes ». Les mythes fondateurs ainsi invoqués « nourrissent les récits nationaux et ethniques » : « nés d'un même sol, d'un même sang, d'un même ancêtre, d'un même peuple. Ils relèvent d'un paradigme généalogique référant les êtres et les productions culturelles à des filiations et des ordres de légitimation. » François Noudelmann analyse l’effet induit par cet usage : « les mots fétiches de l'identité favorisent l'introjection de cette origine romancée qui colmate les failles d'un soi naturellement divisé. Au lieu d'avoir un passé et une identité composables, le sujet les vit comme ce qu'il est, par nature, sans plus affronter l'angoissante liberté d'un choix ».

« En s'imposant de façon hégémonique, l'identité a éclipsé la question de l'égalité » regrette Matthieu Quyollet dans la revue Esprit

C’est un fait. Dans un livre intitulé Les embarras de l’identité, Vincent Descombes rappelait que la notion d’identité comprise comme une référence nationale était née aux États Unis de la difficulté des américains à se définir collectivement. Après s’être identifiés en termes ethniques ou par rapport à leurs origines nationales (italiennes, irlandaises ou autres), ils en étaient venus à se référer à l’église à laquelle ils se rattachaient, mettant ainsi en avant un trait distinctif qui séparait leur groupe socio-culturel d’autres groupes. La question s’était posée à cause de l’individualisme érigé en principe dominant dans une société que Tocqueville décrivait ainsi : « la relation des individus à la société a toujours constitué un problème pour les Américains en raison de l’importance majeure des valeurs de liberté, d’égalité et d’autonomie de l’individu dans leur idéologie nationale ». Et c’est à la fin du XVIIIe siècle qu’est élaboré en Allemagne le concept germanique de Kultur, cherchant à attribuer à une population donnée une manière commune de penser et d’agir. Dans Le Point, Guy Sorman évoque cette « fièvre identitaire » en rappelant notamment que nous croyons être d’un lieu alors que nous sommes d’abord d’une époque. Laquelle est aussi soucieuse de diversité. « J’ai encore en tête le discours de ce juge qui m’a octroyé la nationalité américaine : pour devenir américain, ne renoncez à rien de ce que vous êtes. Les États Unis vont s’enrichir de ce que vous leur apportez. » Ramenant la question de l’identité à ses données de base, celles de l’identité à soi-même qu’attestent les documents d’identité, Guy Sorman témoigne que la sienne a tenu à une simple lettre : le « n » accolé à son nom et qui résume son histoire sous cet angle. « Quand j’étais jeune, mon nom n’avait qu’un « n » pour passer inaperçu. Puis l’état civil m’a rattrapé et j’ai retrouvé mes deux « n ». Je décide ensuite d’être « français-français » et je me présente aux élections à Lisieux en préférant avoir un nom avec un seul « n »… Mais la solution a été trouvée : je suis Sorman en France et « Sormann » aux États Unis. »

Pour Dominique Schnapper dans les pages idées de Marianne, il n’y a qu’une seule voie, l’intégration républicaine

C’est la solution, en particulier face à la crise des réfugiés. Au lendemain du référendum hongrois, elle dénonce comme une honte le discours de Wauqiez contre leur accueil réparti sur notre territoire: « Une nation démocratique doit entretenir des valeurs, des projets et des objectifs communs » affirme-t-elle. Et surtout : « La France s’éloigne de ce qu’elle est et doit être chaque fois qu’elle renonce à la seule voie qui vaille, celle de l’intégration républicaine. Et l’Europe comme civilisation et comme communauté de destin se trahit elle-même quand elle renonce à articuler le respect des valeurs fondamentales et le réalisme politique. La forme paroxystique de cette trahison de soi, c’est la politique d’Orban en Hongrie. »

Par Jacques Munier

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