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Les pouvoirs de l’optimisme

4 min
À retrouver dans l'émission

On commence la semaine du bon pied : en célébrant les vertus de l’optimisme

Sans verser dans la béatitude, ses avantages sont reconnus dans l’action comme dans la vie en société. « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté », disait Churchill. À notre époque volontiers décliniste, l’optimisme peut même passer pour une vertu révolutionnaire… En matière d’information, l’idée selon laquelle « les trains qui arrivent à l’heure » n’intéressent personne semble aujourd’hui battue en brèche. Un style a fait son temps : vous vous souvenez peut-être de l’ironie de Coluche « Quand il y a un avion qui s'écrase dans le monde, c'est sur les pompes de Roger Gicquel », le présentateur à la triste figure du JT de TF1 dans les années 70… Une étude de l’université de Pennsylvanie, réalisée à partir du New York Times a démontré que les articles les plus partagés étaient ceux qui traitaient d’informations positives. Dans le supplément week-end des Échos, Stefano Lupieri a mené l’enquête sur cette faculté propre à déclencher « des énergies positives ». Pour le psychologue américain Martin Seligman, c’est ce qu’il désigne comme le « style explicatif » des événements qui distingue les optimistes et les pessimistes : ceux-ci attribuent leurs échecs « à des causes internes, stables et globales » : « Je suis nul et ça ne va pas changer de sitôt ». Alors qu’ils interprètent leurs succès comme le résultat de causes externes, la chance par exemple. À l’opposé des optimistes qui associent leurs déboires aux circonstances, et leur réussite à des facteurs pérennes comme leur compétence. Tout le travail consiste donc à passer d’un « style explicatif » à l’autre.

Mais trop d’optimisme peut nuire

Oui, car « s’il a d’incontestables effets sur la sécrétion de sérotonine et de dopamine, les neurotransmetteurs du bonheur et de l’action », l’excès d’optimisme peut amener à sous-évaluer les risques. D’après une étude récente, 50% des créateurs d’entreprise ont tendance à surestimer leurs perspectives de développement, ce qui les amène à s’endetter à court terme et peut au final leur coûter cher. Si l’on élargit la focale, le mythe du progrès, par exemple, a pu jouer un rôle négatif, dans la domination et la colonisation des peuples, la pollution de l’environnement ou l’épuisement des ressources naturelles. Les pages idées de Marianne donnent à lire des extraits du livre de Peter Wagner, publié à La Découverte sous le titre Sauver le progrès. « Un des rêves de la raison telle qu’envisagée par les Lumières était que l’humanité se mette sur le chemin du progrès perpétuel. Deux siècles plus tard – constate le sociologue – nous ne savons que faire de ce rêve. » Mais pour lui, face à la « désorientation généralisée » qui a succédé à l’excès de confiance, il faut sauver l’idée, ne serait-ce que pour « éviter d’avoir à accepter le temps présent tel qu’il est ». D’autant que pour beaucoup d’entre nous, ailleurs qu’en Occident, les espoirs placés dans le progrès restent d’actualité. Encore faut-il redéfinir son orientation. Le modèle de la croissance économique à tout crin fait place aujourd’hui à une conception de la « croissance qualitative », et le PIB comme mesure standard de progrès à « l’indice de développement humain », présenté par des économistes d’Asie du Sud comme une mesure alternative de la satisfaction des besoins, incluant, avec les revenus, l’espérance de vie, l’éducation ou la culture, et il est utilisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement.

Le sous-titre du livre de Peter Wagner est éloquent : « Comment rendre l’avenir à nouveau désirable »

Selon lui, et c’est l’objet de son livre, il faut revenir aux conditions d’émergence de l’idée de progrès, historiquement située « en Europe de l’Ouest avec la révolution scientifique, la Révolution française et la révolution industrielle ». Ceci afin de « situer le présent dans le temps » et de comparer le réel advenu avec le possible espéré. À l’origine – rappelle-t-il « l’attente du progrès avait été fondée sur la conviction que l’âge de l’autonomie avait commencé et que les êtres humains, libres et pourvus de raison, ne pourraient qu’améliorer leurs conditions d’existence de manière stable et continue ». Au siècle des Lumières, l’un des premiers philosophes à avoir pensé les conséquences politiques de cette émancipation pour l’humanité, c’est Kant. L’articulation entre liberté et raison devait nécessairement engendrer le progrès. Les deux guerres mondiales et les génocides du XXème siècle allaient apporter un cinglant démenti à cet optimisme. Méditant sur un tableau de Paul Klee qui représente l’ange de l’histoire le regard tourné vers le passé et qui « ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines », Walter Benjamin observe qu’une tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir. « Cette tempête est ce que nous appelons le progrès ».

Par Jacques Munier

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