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Réfugiés climatiques, Somalie, juillet 2011

Les réfugiés climatiques

5 min
À retrouver dans l'émission

L’impact du climat sur les mouvements de population à travers le monde est déjà une réalité.

Réfugiés climatiques, Somalie, juillet 2011
Réfugiés climatiques, Somalie, juillet 2011 Crédits : Roberto Schmidt - AFP

La terrible séquence que nous avons vécue en l’espace d’un petit mois avec les ouragans Harvey, Irma, José, Maria, a relancé la question globale du changement climatique. S’il est vrai que la succession d’ouragans dans l’Atlantique équatorial n’est pas un phénomène exceptionnel tant qu’ils restent sur l’océan, leur dérive vers l’ouest et les archipels ou continent habités a eu des conséquences catastrophiques. L’hebdomadaire Le un se penche cette semaine sur l’aspect humain du déferlement des météores. « Chaque année, environ 26,4 millions de personnes quittent leur habitation à la suite d’une catastrophe naturelle brutale », dont les tempêtes et inondations dans 95 % des cas. Les sécheresses sont aussi une cause récurrente d’exodes. Comme le rappelle Julien Bisson, « Alors que l’année n’est pas encore achevée, 2017 bat déjà tous les records en matière de migrations climatiques : plus de quarante millions de personnes ont été contraintes à se déplacer, quatre fois plus que les populations touchées par les conflits armés. » Mais pour elles, aucune convention internationale comparable à celle qui protège les réfugiés en zone de guerre. « En septembre 2018, l’ONU doit adopter un pacte mondial sur les réfugiés, censé définir le plan d’action global pour les années à venir ». François Gemenne revient sur la progressive montée en puissance du concept de « réfugié environnemental » et insiste sur « le caractère structurel de ces migrations ». Le directeur du programme de recherche « Politiques de la Terre » à Sciences Po prévoit que nous devrons « opter pour une migration choisie plutôt que contrainte et forcée », et « déployer des stratégies d’adaptation dans les zones les plus touchées par le changement climatique », en arbitrant entre les zones à protéger. « Après Katrina – rappelle-t-il – certaines voix avaient émis l’hypothèse de ne pas reconstruire La Nouvelle-Orléans, qui est très exposée, pour la déplacer ailleurs. Actuellement l’Indonésie y songe pour Jakarta. » L’auteur d’une Géopolitique du climat (Armand Colin, 2015) estime que « l’ordre mondial devrait intégrer la Terre comme un sujet de politique, et non plus comme un décor de politique ». Il évoque le cas emblématique du Bangladesh, qui « accueille plus de 450 000 réfugiés politiques, fait face à l’afflux de Rohingyas en même temps qu’à des migrations d’ampleur à cause des moussons. À terme, la hausse des températures rendra le pays invivable, sans parler de la hausse du niveau des mers, de l’intensification des catastrophes naturelles, de la fonte des glaciers de l’Himalaya et des 3 300 kilomètres de barbelés ponctués de miradors que l’Inde a installés à leur frontière commune… »

La fonte des glaciers est un autre indice sans équivoque du réchauffement climatique

La revue L’Alpe y consacre sa dernière livraison : « Sale temps pour les glaciers ». Pas besoin d’aller se percher sur l’Himalaya pour prendre la mesure du réchauffement : dans le massif du Mont-Blanc, le glacier d’Argentière descendait jusqu’à l’église au début du XIXème siècle. Aujourd’hui il a reculé de 700 mètres et les paroissiens se calfeutrent en été dans la fraicheur des pierres. Le portfolio de la revue illustre l’agonie du glacier du Rhône, couvert de ses gigantesques bâches posées en altitude pour tenter de réduire la fonte des glaces. La photographe Laurence Piaget-Dubuis induit un troublant et grinçant effet de miroir entre ces immenses linceuls couvrant la masse glaciaire qui se rétracte lentement et les campements de migrants à La Chapelle ou à Calais, avec leurs toiles mal ajustées. Plus au nord, l’Arctique est un enjeu géopolitique en raison de ses nombreuses ressources naturelles : gaz et pétrole, minerais précieux comme le diamant et l’or, ou plus répandus comme le fer et le zinc. Géopolitique par la convergence des états impliqués : Etats-Unis, Canada, Russie, Norvège et Danemark – à travers le Groenland. C’est pourquoi la revue Politique étrangère propose dans sa dernière livraison « une exploration stratégique » de l’Arctique. Là, par un curieux paradoxe, la fonte des glaces arrange tout le monde car elle facilite l’accès aux ressources : « 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% des réserves mondiales en gaz naturel ». Et elle permet d’étayer les revendications territoriales sur « des relevés scientifiques plus détaillés ».

La région permet aussi une observation plus directe du changement climatique

C’est la mission de tous les scientifiques sur la base de l’île norvégienne du Spitzberg, la dernière localité avant le pôle nord, une base qui accueille près de vingt nationalités. Pour 6mois la revue du photoreportage Paolo Verzone a passé deux semaines avec ces veilleurs, qui ne sont pas tous des lanceurs d’alerte, loin s’en faut, recueillent toute sorte de données, notamment climatologiques. Ballon-sonde lancé dans l’air, prélèvement de phytoplancton dans la mer, ou de neige pour mesurer la quantité de gaz carbonique qu’elle contient, « les données collectées depuis vingt ans sont formelles : le réchauffement climatique est une réalité ».

Par Jacques Munier

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