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Michael J. Sandel, 2013

Les usages de la justice

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A l'occasion de la sortie de Justice, le dernier livre de Michael Sandel, portrait du professeur de philosophie politique à Harvard en prédicateur planétaire de l’éthique à l’usage des démocraties

Michael J. Sandel, 2013
Michael J. Sandel, 2013 Crédits : Pierre Teyssot - Maxppp

C'est dans les pages idées de Libération, : une "rock star" dont les « prêches déconstruisent les évidences du libéralisme consumériste » et les « tubes s’inspirent d’Aristote ou de John Rawls qu’il n’hésite pas à contester. Michael Sandel s’est donné une mission: remettre la morale dans le débat public » résument Sonya Faure et Anastasia Vécrin. « La méthode Sandel fait mouche : questionner sur les grands principes d’équité, de citoyenneté, de justice à partir de cas concrets, de débats de société ou de dilemmes ordinaires. Tout en convoquant Bentham, Hume ou Kant. » Dans son dernier livre, sobrement intitulé Justice, il « défend une conception de la justice qualifiée de communautarienne (même s’il conteste le mot), qui s’oppose autant à l’utilitarisme qu’au libertarisme: « Je ne crois pas au “sujet désengagé” propre au discours libéral contemporain – affirme-t-il – l’individu serait purement rationnel et ne serait pas défini par ses liens d’appartenance. Je suis au contraire pour une compréhension située des jugements. Les communautés font partie de nos identités, ce qui ne veut pas dire qu’elles les fixent pour autant ou qu’il faille se replier sur des valeurs et des modes de vie. Alors que je veux justement encourager les débats moraux entre cultures.» Dans son livre précédent, Ce que l’argent ne saurait acheter, il critiquait le passage d’une économie de marché à une société de marché et s’en prenait aux économistes qui « connaissent le prix de tout et la valeur de rien ». L’ouvrage aligne une casuistique qui aborde toute une série de questions pratiques : le droit à polluer, l’achat d’organes, les coupe-files ou l’inégalité face aux amendes. « Pour certains conducteurs fortunés, les contraventions pour excès de vitesse sont le prix du droit qu’ils s’octroient de rouler aussi vite qu’ils le souhaitent. En Finlande la loi réprime sévèrement ce mode de penser (et ce style de conduite) en infligeant des amendes proportionnelles au revenu du contrevenant. » C’est ce qui fait la différence entre une attitude moralement répréhensible et pénalisée comme telle, et un simple écart par rapport à la règle. Amende ou frais de majoration pour retard, négligence et autres, la question morale fait la distinction. Mais dans certains cas la frontière est « instable voire douteuse ». Dans le métro parisien, les partisans de la gratuité des transports en commun ont créé une mutuelle de fraudeurs qui paient leurs amendes s’ils se font prendre sans ticket, moyennant une cotisation largement inférieure au coût statistique de l’infraction. Conclusion du philosophe : « Pour décider s’il est plus approprié d’infliger une amende ou de facturer des frais, nous devons cerner le but de l’institution sociale en question et les normes qui devraient la régir. La réponse dépendra de la nature du problème : parle-t-on d’enjamber un tourniquet dans une station de métro parisienne ou… de rapporter un DVD hors délai au vidéoclub du coin ? »

Justice encore, avec une rencontre dans les Inrockuptibles, celle de l’avocat pénaliste Xavier Nogueras, qui aurait pu défendre Salah Abdeslam

On sait aujourd’hui par Le Monde que ce sera Franck Berton, mais le défenseur de Jawad, le logeur de Saint-Denis ou de Reda Kriket se dit prêt à le faire, lui qu’on surnomme « l’avocat des jihadistes » quoiqu’il en ait : « On peut dire l’avocat des violeurs, l’avocat des braqueurs… mais l’avocat des jihadistes, ça ne veut rien dire. Le jihad n’est pas une infraction d’après le code pénal, c’est une activité, un concept. » L’avocat évoque le lien qui se crée parfois avec son client : « Je n’hésite pas à leur parler de mon ressenti du Bataclan et de ma génération qui est tombée sous les balles de types qui sont partis en Syrie comme eux. » Le 30 mai il plaide au procès d’une importante filière djihadiste strasbourgeoise impliquant dix jeunes revenus de Syrie, dont l’un s’est fait sauter au Bataclan. « Ils ont une vision très manichéenne – observe-t-il – Ils pensent que la vérité est là-bas et que nous avons tort. Derrière tout ça, il y a le religieux entouré d’un véritable engagement politique. C’est un vrai cocktail Molotov. »

Une page d’histoire dans le deuxième N° de Soixante-quinze, le mensuel des curieux de Paris

Elle revient sur la petite entreprise familiale des Sanson qui se sont transmis de père en fils l’office de bourreau à Paris. Le plus célèbre d’entre eux est Charles-Henri qui raccourcit près de 2500 personnes sous la Terreur, dont le roi Louis XVI. Mais l’exécuteur est « sans contredit le dernier citoyen de la ville » note Louis-Sébastien Mercier. Il est banni de son centre, on refuse de s’asseoir avec lui à l’église ou d’acheter du pain qui a touché le sien. Réputé rebouteux il sait concocter des potions : « la corde de pendu accroit la chance aux jeux »…

Par Jacques Munier

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