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Van Gogh La nuit étoilée

L’étoffe des rêves

5 min
À retrouver dans l'émission

Du sommeil, des rêves et des cauchemars

Van Gogh La nuit étoilée
Van Gogh La nuit étoilée Crédits : Hervé Lewandowski / Musée d'Orsay - Maxppp

« Le rêve est la voie royale qui mène à l’inconscient » affirmait Freud

Et à sa suite Lacan estimait qu’il est fait du « tissu même de l’inconscient ». Aujourd’hui Tobie Nathan va plus loin et pense que le rêve joue un rôle essentiel de « brainstorming installé au cœur de la nuit, qui nous permet de trouver des solutions inattendues, d’inventer, de nous renouveler ». Le psychologue publie chez Odile Jacob Les secrets de vos rêves et il en parle dans L’Obs. Il considère que Freud « a privilégié une interprétation des rêves tournée vers le passé – traumatismes de l’enfance, désirs refoulés… » et il plaide pour une conception plus proactive et plus dynamique. Car la neurologie montre que dans la phase du sommeil paradoxal, « au moment où on est parvenu au plus profond du sommeil, alors que notre corps est paralysé, le cerveau se réveille, les yeux sont en mouvement et le sexe en érection… celui des hommes comme celui des femmes. » C’est dans cet état « purement instinctif » que surgissent les rêves, comme les productions de toute une « machinerie » qu’on ne peut réduire à la seule expression d’un désir refoulé. Le spécialiste d’ethnopsychiatrie rappelle que dans certaines cultures, amérindiennes notamment, le rêve joue un rôle capital, « qui confère de la réalité » et qui conditionne les comportements. « Des expériences ont montré que le rêve ne sert ni à fixer la mémoire, comme on l’a longtemps cru, ni à évacuer les tensions de la journée » mais qu’il « contribuait puissamment à la résolution de problèmes ou d’énigmes posés au rêveur avant son sommeil ». « Combinant de manière aléatoire fragments d’images, restes visuels, sonores et même olfactifs, et pensées, notre cerveau produit ces petits films singuliers que sont nos rêves où nous sommes quelquefois acteurs, toujours spectateurs et jamais réalisateurs. » De ces productions spontanées, Tobie Nathan fait la matière d’une analyse en « remontant du récit aux fragments d’images, puis aux pensées jusqu’à saisir le problème que tente de résoudre le rêve ». Tant il est vrai, comme disait Shakespeare dans La tempête, que “Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil.”

Et que dire des rêves qui se transforment en cauchemars ?

Lacan regrettait que les psychanalystes s’y intéressent si peu, il estimait que « ce qu’il y a de plus près du vécu, du vécu comme tel, c’est le cauchemar ». Martine Menès vient combler ce manque dans un livre paru chez Érès sous le titre Les cauchemars, ces sombres messagers de la nuit. Selon elle « le cauchemar est l’enfance du rêve » car « les premières manifestations oniriques chez le très jeune enfant semblent plutôt désagréables ; le voilà envahi par des images qui s’imposent, qui lui paraissent véritables et sur lesquelles il n’a aucune maîtrise ». D’autant que « les petits rêvent beaucoup, sur une période en moyenne deux fois plus longue que chez l’adulte ». Pour la psychologue clinicienne et psychanalyste, « le rêve d’angoisse, caractéristique des premiers rêves dans l’enfance » serait la matrice de ces formations oniriques morbides et d’une « inquiétante étrangeté » voire d’une troublante ou renversante familiarité ; et le cauchemar un témoin tardif du stade infantile, un peu comme un membre fantôme qui aurait poussé à notre insu…

Le rêve est donc un travail sur soi, dans l’obscurité et le silence de la nuit, d’où l’importance du sommeil

C’est l’objet du dossier de la revue Le cercle psy : « Sommeil, école, loisirs… Les rythmes de l’enfant ». La régularité des rythmes est « une colonne vertébrale », il faut donc les respecter et d’abord les connaître. Car ils changent au cours de la vie, les bébés dormant entre 11 et 14 heures, et les ados entre 8 et 10 heures par nuit. L’adolescence est une période de bouleversements du sommeil que ne facilitent pas les diodes électroluminescentes des jeux vidéo et autres écrans sociaux. À partir de 13 ans le sommeil lent profond diminue de 35% au profit d’un sommeil plus léger, et surtout l’hormone du sommeil tarde à se libérer : la mélatonine qui met deux heures de plus qu’à l’âge adulte. Ce décalage peut avoir des conséquences néfastes si l’on ne s’en soucie : les adolescents se couchant après minuit ont plus de risque de dépression et de pensées suicidaires et ceux dont les nuits ne dépassent pas cinq heures présenteraient une tendance nettement plus forte à commettre des crimes, des violences et des attaques à main armée… Sans compter pour la plupart des couche-tard des difficultés de concentration et d’apprentissage à l’école, une irritabilité et une instabilité émotionnelle accrue. Là encore, on peut se demander si les rêves n’ont pas leur influence en l’affaire. Quand on ne dort pas assez on rêve moins, et on manque l’occasion de trouver des solutions à ses problèmes en actionnant la machine à chimères.

Par Jacques Munier

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