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Steve Bray, un manifestant anti-Brexit

L’Europe après le Brexit

4 min
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Les Britanniques ont quitté l’UE, l’année commence ainsi pour l’Europe. Contrairement à ce qu’on pouvait craindre, le Brexit n’a pas vraiment constitué de précédent pour d’autres candidats.

Steve Bray, un manifestant anti-Brexit
Steve Bray, un manifestant anti-Brexit Crédits : Getty

Dans Le Monde, l’historien et politiste néerlandais Luuk van Middelaar en juge pour son pays, assez proche du Royaume-Uni par affinités libérales et nationalistes : « le retrait de l’Europe n’est plus une proposition crédible, comme elle l’a été l’espace d’un instant ». De même en Italie, où s’est exprimé au printemps 2020 un mouvement anti-européen pour dénoncer le manque de solidarité de l’Europe face à la pandémie de Covid-19, « il était passager ».

Le spectacle que nous a offert la politique britannique n’inspire pas confiance.

Au contraire, face à cela, l’Europe a fait preuve d’une grande cohésion. Luuk van Middelaar souligne que « le plan de relance n’aurait jamais eu cette ambition si les Britanniques avaient eu leur mot à dire » car ils auraient mis leur veto à un plan « financé par un emprunt levé par la Commission, au nom des Vingt-Sept », « tout comme, il y a dix ans, en pleine crise de la zone euro, ils s’étaient opposés à ce que le budget communautaire vienne en aide aux pays en difficulté ». Depuis Margaret Thatcher, le Royaume-Uni a toujours œuvré « pour limiter l’ampleur du budget européen et donc la force de frappe de la Commission ».

Le fait que la Commission lève une dette commune a renforcé la crédibilité de l’UE sur la scène internationale. Ce plan de relance est un véritable approfondissement de l’Europe.

Pour différentes raisons, « le Royaume-Uni n’a jamais été à l’aise à la place qui lui avait été proposée au sein de la Trinité de l’UE, aux côtés de la France et de l’Allemagne », rappelle Fintan O'Toole dans The Observer, relayé par Courrier international. L’éditorialiste irlandais s’emploie à relever les aspects les plus positifs de ce parcours commun.

Deux jalons de l’histoire européenne n’auraient pas pris leur forme actuelle sans les Britanniques : le marché unique et l’élargissement. Le Royaume-Uni les a d’ailleurs défendus sans vraiment en comprendre les ramifications politiques, et c’est ce qui a fini par poser problème.

Notamment le fait « que les rouages d’un marché unique doivent être contrebalancés par des normes communes en matière sociale, environnementale et de sécurité, ainsi que par les moyens politiques, juridiques et administratifs de les appliquer ». Et concernant l’élargissement à l’Europe de l’Est, c’est sous la présidence britannique que les négociations ont été ouvertes, mais là aussi toutes les implications de cette politique n’ont pas été envisagées ni expliquées, en particulier le fait « que la liberté de circulation allait entraîner plus d’immigration en provenance de ces pays » ou « que la gouvernance d’une Union européenne élargie allait forcément nécessiter une coordination plus rapprochée ». 

"Global Britain" ?

Reste que son intégration au sein de l’UE « a permis au Royaume-Uni de transcender son passé de puissance impériale et de se projeter dans un avenir européen » trouvant ainsi « une place dans le monde qui ne dépendait pas de sa grandeur passée ». La revue Politique étrangère publie un dossier sur le Brexit et ses conséquences sur les relations internationales et la nouvelle position du Royaume-Uni dans le jeu des grandes puissances. Stephen Wall rappelle que le pays bénéficiait comme État membre important aux côtés de 27 autres démocraties d’un poids et d’une influence largement supérieurs à sa taille réelle. La Royal Navy comptait seulement 70 vaisseaux en 2015, contre 202 en 1960. Et au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est désormais la France et elle seule qui « pourra se déclarer porte-parole de l’Europe ». Quant aux relations avec les États-Unis, le conseiller diplomatique rappelle que les présidents américains les ont qualifiées de « spéciales » non pas parce qu’ils y croyaient vraiment « mais parce que leurs alliés britanniques ont toujours voulu y croire ». 

« Pour Washington, la valeur de la Grande-Bretagne tenait en grande part à ce qu’elle lui ouvrait un canal direct vers l’Europe. Hors UE, la Grande-Bretagne a, pour Washington un intérêt plus limité. » estiment Adrien Abécassis et Jolyon (Jolan) Howorth (dans un autre article de cette livraison de la revue Politique étrangère). Ils relèvent que les questions de sécurité et de défense ont été largement « ignorées » pendant les négociations du Brexit, si ce n’est par le gouvernement de Theresa May qui, tout en affirmant « son désir de poursuivre une relation militaire profonde et spéciale avec l’UE, laissait d’abord entendre que celle-ci pourrait constituer une monnaie d’échange contre des résultats dans d’autres domaines ». On peut raisonnablement considérer que les intérêts stratégiques du Royaume-Uni resteront liés à ceux de l’Europe, voire - ironie de l’histoire - qu’ils le seront de plus en plus. 

Par Jacques Munier

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