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Lévi-Strauss, le pape et les Pinçon-Charlot,

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Claude Levi-Strauss
Claude Levi-Strauss Crédits : OZKOK - Sipa

Les pages Débats de L’Obs font écho à la publication des lettres de Claude Lévi-Strauss à ses parents aux éditions du Seuil.

Pour Aude Lancelin, qui en présente les bonnes feuilles, avec des extraits de la période new-yorkaise – soit les premières années 40 – « sans l’incubateur américain, Claude Lévi-Strauss ne serait sans doute pas devenu le grand totem intellectuel qu’il deviendra bientôt pour la France. » De fait, deux rencontres seront déterminantes pour lui dans cette période d’exil : celle d’André Breton qui va l’initier « au goût des rapprochements abrupts et imprévus » et celle de Roman Jakobson, le père du structuralisme linguistique « qui suscitera chez lui la conversion scientifique à l’origine de son approche révolutionnaire des systèmes de parenté ». À New York l’anthropologue travaille d’ailleurs à sa thèse sur Les structures élémentaires de la parenté, l’un des évangiles du structuralisme qui allait dominer le champ intellectuel des années 60 en France. Dans une lettre du 14 juillet 1941 il dit espérer « terminer cette étude, qui est effroyablement difficile et inintéressante, qui sera tellement illisible que personne ne la regardera, mais qui a une telle allure de sérieux et de technicité qu’elle me vaudra beaucoup de considération, ce qui est le but cherché. » Dont acte, et c’est donc un Lévi-Strauss « joueur et spontané », volontiers ironique qui se révèle au fil de ces pages. Le 17 septembre, en attendant la visite de Breton il évoque le discours de Roosevelt suite à l’attaque d’un bâtiment de guerre américain par un sous-marin allemand, en prélude à l’engagement progressif des Etats-Unis dans le conflit mondial. Mais Breton ne vient pas et finit par lui téléphoner – je cite « désespéré de ne pouvoir me trouver. Il me cherche depuis une demi-heure au 81, qui n’existe pas… Ah ces surréalistes ! » Dans Le Point , l’interview de son épouse Monique Lévi-Strauss qui a édité ces lettres confirme cet aspect inédit du personnage : « En petit comité, il était vraiment drôle, pince-sans-rire. Claude avait l’habitude de dire que la vie est une suite de malentendus. L’image qu’il donnait de lui en est certainement un. »

C’est la fête de L’Huma ce weekend, le quotidien propose dans ses pages Débats un grand entretien avec les sociologues des riches, Michel et Monique Pinçon-Charlot

Ils publient à La Découverte sous le titre Tentative d’évasion – entre parenthèses – (fiscale) une enquête sur la fraude, devenue – je cite « une pratique systémique de la classe oligarchique qui ne veut plus contribuer à une quelconque solidarité avec les peuples. Les membres de cette classe veulent la liberté du renard dans le poulailler planétaire, sans que le citoyen ordinaire ne puisse s’imaginer qu’il est le dindon de cette farce fiscale. » Car « sans cette fraude, il n’y aurait pas de dette, ni de déficit public, ni de trou de la Sécu ». Les sociologues racontent les difficultés d’une enquête dans les dénommés « paradis fiscaux » et en Suisse. « Tenter de percer le secret bancaire, le secret fiscal et bientôt le secret des affaires – résument-ils – c’est aller de l’autre côté de l’iconostase. C’est toucher au sacré. »

Le culte du fric, c’est pourtant ce que dénonce sans relâche un éminent connaisseur du sacré, le pape François, qui s’en prend sur tous les tons et sous toutes les latitudes à « l’idole argent »

C’est d’ailleurs le sens de son voyage aux Etats-Unis à la fin du mois, si l’on en croit le chroniqueur des Échos Édouard Tréteaux qui a été témoin de la préparation de ce voyage et en a tiré un essai au titre éloquent : Au-delà du mur de l’argent, présenté dans les pages Idées et débats du quotidien. « Tuer le veau d’or avant qu’il ne nous tue », un programme qui enjoint de « remettre la finance et la technologie à leur place : celle de serviteurs et non de maîtres de nos destins ». Et dans La Croix , à l’approche de la COP21, dont le lancement officiel a eu lieu hier à l’Élysée, Joël Molinario décortique L’Encyclique Laudato si . Là aussi il est question de destin à libérer de l’emprise de la technique et de l’idéal consumériste. Nihil obstat et Imprimatur, donc…

Jacques Munier

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