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L'extrême-droite en Europe

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En Europe, le score du Front national soulève des questions et une certaine inquiétude

Les Allemands, en particulier, brossent de notre pays et de ses politiciens un portrait peu reluisant, comme l’a constaté la correspondante du Point à Berlin, Pascale Hugues. « Comment 30 % des Français ont-ils pu voter pour un parti d'extrême droite ? » se demandent-ils avant de passer en revue les raisons d’un tel choix : la crise économique, « les partis politiques traditionnels laminés par des scandales et des affaires de corruption d'une ampleur inimaginable en Allemagne » ou encore « les incessantes chamailleries gauche-droite qui font rire ces Allemands champions du consensus avec leur grande coalition SPD-CDU et la courtoisie de leur culture politique ». « La France vue d'Allemagne est un pays morose, déprimé, incapable de se réformer en profondeur, mais capable par contre de se laisser séduire par un discours populiste et nationaliste. » Jean-Jacques Mével, le correspondant du Figaro à Bruxelles constate que « l’Union européenne dans son ensemble vire à droite, comme en témoignent les récents succès des « souverainistes » et des « populistes » en Pologne et au Danemark. Les trois crises – Grèce, réfugiés et terrorisme – font depuis l’été le jeu des eurosceptiques et nationalistes de tout poil. Mais aucun autre pays que la France n’est allé aussi fort dans l’adhésion à un parti de rupture, issu de l’extrême droite. » Rappelant au passage les déboires du Front national pour former un groupe politique viable avec ses alliés peu fréquentables (le PVV néerlandais, le FPO autrichien ou encore le Vlaams Belang flamand) il cite les propos de l’Italien Matteo Renzi qui lance un avertissement à l’Europe – je cite « Sans une vision stratégique, sur l'économie et la croissance avant tout, les populistes vont gagner et les institutions européennes risquent de devenir les meilleurs agents de Marine Le Pen ».

A lire aussi dans les pages Champs libres du Figaro l’analyse clairvoyante de Jean-Louis Bourlanges

« Le paysage idéologique s’est profondément réorganisé – observe-t-il -à gauche, les modérés, proches du président et du premier ministre, l’emportent largement sur la gauche dure. À droite, c’est l’inverse : ce sont les durs, au Front national comme chez les Républicains, qui plastronnent et les modérés de la droite classique et du centre qui mordent la poussière. » L’ancien député européen rappelle que « depuis la chute du second Empire, nous n’avons jamais, sauf en 1940, donné le pouvoir à des forces étrangères à la culture pluraliste, libérale et démocratique de la République française. Ce serait le cas si Mme Le Pen arrivait au pouvoir à la tête d’un parti formé à partir de groupuscules d’extrême droite, administré par une terrifiante oligarchie familiale, financé on ne sait comment, et porteur d’une philosophie inquiétante de rejet des autres et de fermeture au monde ». Et il craint, « avec les pulsions autoritaires qui sont à l’œuvre un peu partout en Europe, de voir se répandre en France le modèle de « démocratie autoritaire » imposée à la Hongrie par Viktor Orban, c’est-à-dire la combinaison de la souveraineté populaire et de l’extinction sournoise des libertés. »

Un modèle qui rappelle celui de la « démocratie souveraine » défendu par Vladimir Poutine

Lequel, on le sait, soutient et finance l’extrême-droite nationaliste en Europe dans le but de fragiliser le projet politique de l’Union. Dans Le Monde Marie Jégo brosse un portrait croisé des deux frères devenus ennemis comme de véritables jumeaux, le président russe et le Sultan turc qui a profité de la crise des migrants pour tenter de relancer les négociations en vue de l’adhésion de son pays à l’Europe. « Le combat de coqs entre M. Poutine et M. Erdogan – écrit-elle - met aux prises deux adversaires en tout point semblables, deux autocrates populistes bercés par l'illusion d'un retour à la puissance perdue. Tous deux se sentent investis d'une mission restauratrice. L'un se lève le matin avec l'idée de ressusciter l'empire tsariste ou soviétique, l'autre se couche le soir en rêvant à la grandeur ottomane passée. Tous deux ont su, à un moment donné, entrer en résonance avec leur peuple. »

Jacques Munier

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