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Liberté, égalité, fraternité, citoyenneté

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Liberté, égalité, fraternité, citoyenneté : l’ancien ministre de Mitterrand et conseiller d’État Anicet Le Pors fait l’état des lieux…

Dans l’entretien au long cours accordé à Pierre Chaillan dans L’Humanité des débats il examine les mutations de ces grands principes en mode panoramique – je cite : « la démocratie athénienne nous a légué la notion de démocratie directe. Rome a consacré la règle de droit et fait de la citoyenneté un moyen d’assimilation des populations de l’Empire. Le développement des cités commerçantes et la Renaissance ont œuvré en faveur de la liberté par la connaissance. La Révolution française proclame : « Ici on s’honore du titre de citoyen et on se tutoie ! » C’est pourquoi la citoyenneté est selon lui « une création continue ». Liberté, égalité et fraternité ne peuvent se concevoir qu’à l’aune d’une conception dynamique de l’intérêt général. Laquelle n’est pas la somme ou la conciliation des intérêts particuliers telle qu’elle s’est imposés dans l’Union européenne mais l’expression d’une éthique de la responsabilité. Pour l’ex-ministre de la Fonction publique des gouvernements Mauroy la notion de « service public » est l’opérateur d’une telle dynamique. Il rappelle qu’elle apparaît dans les Essais de Montaigne mais que sa théorisation ne sera réalisée que bien plus tard, au XIXème siècle, pour désigner l’étendue de la « propriété publique », base matérielle et substance de l’affirmation politique de l’intérêt général. S’il convient aujourd’hui de rappeler tout cela c’est parce que les repères manquent, période de mutation oblige, et parce que, comme le résume Ernst Jünger, « pendant la mue, le serpent est aveugle ».

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Car elle illustre, là aussi, l’importance de notions qu’on croyait tranquillement adoptées. Loin d’être une espèce de consensus mou ou d’idéologie par défaut, de terrain vague de la neutralité, la laïcité est devenue le champ clos au sein de l’espace public où se projettent notamment les divisions qui traversent la gauche, opposant une laïcité ouverte accusée de favoriser la montée du communautarisme et une orthodoxie laïque obsédée par l’intégrisme musulman. Jean Glavany, l’un des démissionnaires de l’Observatoire, le confirme : « Il y a toujours eu deux écoles, une gauche plus droits-de-l’hommiste et une autre plus intransigeante sur les valeurs républicaines. Bianco aurait dû faire la synthèse de ces tendances mais il a pris parti pour la Ligue des droits de l’homme contre l’Union des familles laïques. » Les avis émis par l’Observatoire sont pourtant votés à l’unanimité mais Jean Glavany y voit le signe de la composition jugée malsaine de l’observatoire : aux côtés des personnalités qualifiées, cinq représentants de ministères qui n’oseraient pas voter, selon lui, contre la direction. Violaine de Montclos y voit aussi l’écho des divisions de la gauche lors du vote de la loi de 1905, entre radicaux anticléricaux et socialistes plus modérés. L’histoire de l’institution révèle pourtant que des signaux avaient été lancés, comme en témoigne Malika Sorel, qui avait fait partie de la Mission laïcité du Haut Conseil à l’intégration : « Nous avions des remontées inquiétantes de l’école, de l’hôpital, des syndicats. Les comportements des chauffeurs de bus dans certains centres de la RATP que l’on fait mine de découvrir aujourd’hui, les élèves qui refusent à l’université de passer leur oral avec une femme, tout ça nous le savions et nous l’avions dit »

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Une illusion rétrospective, selon lui, car l’incroyance est au cœur de la croyance et l’athéisme est loin d’être une invention moderne. Il rappelle que des historiens comme Jean-Pierre Cavaillé ont pu « montrer que dans le christianisme médiéval, les acteurs sociaux disposaient de marges de liberté par rapport à la croyance ». C’est plutôt la foi qui serait un signe de la modernité – affirme-t-il - puisqu’elle apparaît avec l’Inquisition alors que la fides («foi») au Moyen Age était plutôt conçue comme un rapport social, politique, entre le vassal et le seigneur. « De sorte qu’il ne faudrait pas se tromper de cible puisque, d’une certaine façon, le réformisme musulman actuel, dont le jihadisme n’est qu’une facette, loin d’être un phénomène qui nous vient du fond des âges, est au contraire éminemment contemporain – conclut-il. Ce n’est que dans une société profondément sécularisée que la foi ou la spiritualité peuvent être conçues comme radicalement disjointes des conditions pratiques d’exercice d’une religion quelconque, séparées de tout l’environnement social dans lequel elles s’insèrent ».

Par Jacques Munier

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