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"La République assure la liberté de conscience."

Liberté, égalité, laïcité

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C’est le jour anniversaire de la loi de 1905, dite de « séparation des Églises et de l’État ». En prélude à la journée spéciale "laïcité" sur France Culture, tour d’horizon sur une notion qui fait débat.

"La République assure la liberté de conscience."
"La République assure la liberté de conscience." Crédits : Getty

Un débat qui fait rage, souvent binaire et réducteur. Ce n’est pas nouveau : à l’époque de la loi de séparation, parmi les divers courants et conceptions de la laïcité, il y avait de nombreux anticléricaux pour « bouffer du curé ». Il est vrai que les crimes barbares perpétrés au nom d’un islamisme radical ne sont pas de nature à l’apaiser. Le moment est aussi politique : la présentation, aujourd’hui, en conseil des ministres du projet de loi « confortant les principes républicains », dont Le Monde indique qu’il a été « rééquilibré » en fonction des sensibilités opposées qui s’expriment à l’intérieur même du parti majoritaire. Face à la ligne « dure » qui prévaut, le projet devrait prendre en compte les propositions émanant de l’aile modérée : « lutter contre les discriminations à l’embauche, créer une formation universelle à la laïcité pour les enseignants… ». Ou celle de la députée Laetitia Avia : les agents publics, protégés à travers l’article 25 de la loi, seraient en retour « soumis à des sanctions plus sévères s’ils se rendaient coupables de délits racistes ».

Neutralité axiologique

Il faut rappeler que la loi de 1905 institue la neutralité à l’égard des cultes, et un cadre juridique, elle n’est pas une machine de guerre contre la religion. Dans Libération, Sandra Laugier et Albert Ogien soulignent que « l’État de droit n’a besoin d’aucun aval idéologique pour réprimer les actes de terrorisme, les violences contre les personnes, les incitations à la haine. Il dispose de tous les moyens pour le faire. » 

« La République est-elle à ce point menacée qu’il faille déployer des mesures de plus en plus attentatoires aux libertés pour la sauver ? »

« Comme la Révolution a célébré une déesse Raison, nous transformons la laïcité en déesse dont la France serait le peuple élu » résume Jean Baubérot, l’historien de la laïcité qui passe en revue, dans une lettre ouverte au président publiée par Mediapart, les contradictions de nos conceptions à cet égard. « Nous parlons de l’école gratuite, laïque et obligatoire, tout en finançant à plus de 80 % un enseignement confessionnel ». Sur l’article 6 du projet de loi, qui impose aux associations un engagement « à respecter les principes et les valeurs de la République », il relève que le terme « valeurs » peut brasser large ou se rétrécir à l’excès.

Un Zemmour respecte-t-il les valeurs de la République ? Et pourtant, il bénéficie d’une puissante liberté d’expression dont l’accès reste très inégalitaire. 

Et de rappeler ce que pensait Durkheim de l’intégration : « elle est nécessaire pour faire société et éviter l’anomie, mais une intégration trop complète, unilatérale se retourne contre la société elle-même en transformant ses citoyens en membres passifs, en atrophiant et en rigidifiant le social ».

Supplément d’âme

Dans Le Figaro, Jean-Marie Rouart doute que la laïcité puisse constituer, à elle seule, « l’âme de notre pays », ni qu’elle suffise à vaincre l’islamisme. Et encore moins à « unifier une société qui a besoin d’une référence métaphysique plus solide et d’une aspiration à la transcendance ». L’académicien souligne que Napoléon l’avait bien compris « en restaurant le catholicisme, lui qui était pourtant agnostique ». Aujourd’hui, le Concordat reste en vigueur dans les départements de l’Alsace et de la Moselle « sans que personne n’y trouve à redire ». Et il dénonce ce qu’il appelle le combat laïcard. 

C’est un dogme froid comme un règlement administratif, raisonnable comme une admonestation médicale, aussi aguichant qu’une salle de mairie ou qu’un discours de sous-préfet.

« Un Occident aux croyances faibles, où le principe de précaution fait rêver de guerres zéro morts » doit prendre en compte le facteur « supplément d’âme » procuré à « des individus convaincus que leur mort ne sera pas une porte de sortie mais d’entrée dans un jardin des délices », prévient Régis Debray dans un opuscule de la collection Tracts, publié chez Gallimard sous le titre France laïque. Dédié à son ami l’économiste Bernard Maris tué dans l’attentat de Charlie Hebdo, le texte revient sur la question des caricatures et notamment sur la posture du chef de l’état à cet égard, « le poing sur la hanche » et « la plume au chapeau », assurant de notre mépris tous ceux qui ne cultivent pas le modèle républicain.

Réduire urbi et orbi la liberté républicaine à celle de blasphémer, c’est transformer notre modèle en un contre-modèle pour les quatre cinquième de l’humanité et le faire passer pour ce qu’il n’est pas et n’a jamais été : l’instauration officielle d’un athéisme militant.

Par Jacques Munier

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