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Josette Harle, soigneuse bénévole de l' ALPO relâche un martinet à ventre blanc

Libres comme l’air ?

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La population des oiseaux dans nos campagnes et en ville a décliné de près de 30 % en trente ans.

Josette Harle, soigneuse bénévole de l' ALPO relâche un martinet à ventre blanc
Josette Harle, soigneuse bénévole de l' ALPO relâche un martinet à ventre blanc Crédits : V. Voegtlin - Maxppp

C’est le constat conjoint du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’Office français de la biodiversité (OFB) et de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), suite au bilan du programme de Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), qui évalue depuis 1989 les tendances des communautés d’oiseaux spécialistes des milieux agricoles, des milieux bâtis et des milieux forestiers, ainsi que celles des généralistes. Parmi les espèces en déclin : le chardonneret élégant, la tourterelle des bois ou l’hirondelle de fenêtre. Les espèces qui s’en sortent bien et sont même en expansion sont les généralistes, comme le pigeon ramier, le geai des chênes, la mésange bleue, le merle noir ou le pinson des arbres. Des espèces dites généralistes parce qu’elles s’adaptent au milieu, au cœur des grandes villes comme dans le bocage, les plaines céréalières du bassin parisien ou les forêts de montagne. L’agriculture intensive est en grande partie responsable de l’effondrement des oiseaux des champs, les pesticides, et notamment les néonicotinoïdes, qui les empoisonnent et réduisent leurs ressources. En ville, c’est la transformation des bâtiments qui détruisent les cavités dans lesquelles nichent certaines espèces, ou la pollution due aux transports et aux activités industrielles. 

Un prodige de haut vol

L’hirondelle, le rougequeue noir ou le martinet noir font partie des espèces en déclin. La revue Salamandre consacre un dossier à l’oiseau qui ne s’arrête jamais, le martinet : corps de fusée, ailes en faucille, tout son corps est fait pour la vie aérienne. Ses voiles effilées sont en proportion de son poids dans un rapport particulièrement avantageux. En de nombreuses langues, son nom fait d’ailleurs référence à ses prodigieuses capacités de vol : swift, en anglais ou vencejo en espagnol pour rapide, Segler en allemand pour voilier. Il a déjà été flashé à 112 km/h, ce qui est un record pour un oiseau en vol battu et sans doute les dépasse-t-il aisément lors de ses vertigineuses descentes. Au cours d’une vingtaine d’années de vie, il peut parcourir jusqu’à 4 millions de kilomètres, soit l’équivalent de cinq allers-retours de la Terre à la Lune. Il se ravitaille en plein vol et sait même dormir d’un œil à 2000 m d’altitude au cours de ses longues migrations jusqu’au Congo ou en Afrique du sud. Ses rondes aériennes sonores sont spectaculaires, en escadrilles de plusieurs dizaines d’individus.

Pour les martinets comme pour tous les migrateurs, le périple est une aventure à la fois impérieuse et éprouvante, une odyssée dont beaucoup ne se sortent pas. Comme l’indique Stanislaw Lubienski dans Le Parti-pris des oiseaux (Les Éditions Noir sur Blanc), "chaque année, pendant la période migratoire, il meurt en Grande-Bretagne jusqu’à 80% des hirondelles juvéniles et la moitié des adultes". Comment les oiseaux parviennent-ils à s’orienter sur de telles distances ? Les oies ou les grives se repèrent la nuit sur la position des étoiles. Quant aux migrateurs diurnes, "ils corrigent leur direction au gré des déplacements du soleil sur l’horizon". On ne sait trop comment, mais leur cerveau doit faire des calculs de précision car une légère déviation de leur trajectoire pourrait leur faire se retrouver à des centaines de kilomètres de leur but. Des recherches menées sur les rougegorges laissent supposer qu’ils perçoivent les pôles magnétiques.

Comment ne pas admirer la Sterne arctique qui, dans sa poursuite du jour sans fin, migre du Groenland jusqu’en Antarctique ?

Franchissant l’Atlantique sur toute sa longueur, elle peut afficher en trente ans de vie plus de deux millions de kilomètres au compteur. 

Le devenir-oiseau

La dernière livraison de la revue Billebaude est consacrée aux rapaces, et en particulier aux relations entretenues par les humains avec certains d’entre eux dans le cadre de la chasse au vol, la fauconnerie. L’affaitage n’est ni un dressage, ni même un apprivoisement, mais une sorte de reconnaissance mutuelle où l’on apprend à "comprendre le monde en adoptant le point de vue de l’oiseau". Pour l’anthropologue Sara Asu Schroer, il s’agit alors de partager un Umwelt, un monde commun jusqu’à "penser et sentir comme un oiseau". Helen Macdonald, historienne des sciences et documentariste le dit autrement en évoquant une rencontre fortuite avec un hibou tapis dans un buisson d’aubépines : un échange de regards lui a permis de réaliser qu’il était soudain dans son monde à elle autant qu’elle-même était dans le sien.

Par Jacques Munier

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