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Vladivostok, 26 mars 2017

L’Internationale contre la corruption

5 min
À retrouver dans l'émission

Bucarest, Séoul, Paris, Moscou… Les manifestations contre la corruption des élus se multiplient dans le monde.

Vladivostok, 26 mars 2017
Vladivostok, 26 mars 2017 Crédits : Yuri Maltsev - Reuters

Dans les pages idées de Libération, Françoise Daucé revient sur les manifestations qui se sont déroulées dans les grandes villes de Russie dimanche 26 mars, car elles mettent en lumière l’émergence d’une jeunesse née avec Poutine et qui sera en âge de voter à l’élection présidentielle de 2018. La directrice d’études à l’EHESS, spécialiste des relations entre l’Etat et la société en Russie, rappelle que ces jeunes, « sous perfusion patriotique permanente depuis leur plus jeune âge », valorisant « le sens de l’honneur, de la dignité, du sacrifice de soi », sont aussi la génération internet qui sait s’informer ailleurs que dans les médias traditionnels « fermement acquis à la ligne officielle ». « Ce sont ces jeunes manifestants – observe-t-elle – qui criaient d’abord «Honte!» à l’attention des policiers qui poussaient les protestataires dans les paniers à salade. Ils criaient «Honte!» aussi aux responsables politiques accusés de mentir et d’enfreindre leurs propres injonctions patriotiques. Familiers des vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux, ils ont pu visionner les remarquables réalisations de l’équipe Navalny, fruit de ses enquêtes sur la corruption parmi les élites. » Notamment celle qui révèle les réseaux de financements opaques du Premier ministre Medvedev et qui « illustre à merveille l’hypocrisie de dirigeants qui s’enrichissent tout en appelant la population au sacrifice ». Malgré leur peu d’appétence pour les partis politiques, ils manifestent un intérêt pour les engagements civiques, comme le montrent aussi « les mobilisations de proximité qui agitent sporadiquement les quartiers ou les villes russes », souligne Françoise Daucé. C’est que les coalitions improbables – allant des communistes aux nationalistes radicaux en passant par les libéraux démocrates – formées pour maintenir au pouvoir l’oligarchie dirigeante apparaissent nettement opportunistes et expliquent le niveau extrêmement bas de la participation aux dernières élections législatives : autour de 30%. « Si Poutine et Le Pen donnent l’illusion d’un ordre autoritaire qui monte imperturbablement à travers l’Europe – conclut-elle – les manifestants montrent que l’appétence conservatrice et autoritaire n’est pas la seule issue offerte à la jeunesse russe. »

Au-delà de la corruption, légalement condamnable, André Comte-Sponville estime que politique et morale sont deux domaines distincts

« La morale n'est pas politique : elle n'est ni de droite ni de gauche – affirme-t-il dans Le Monde. La politique n'est pas morale : ce ne sont pas les plus vertueux qui gouvernent mais les plus forts (les plus nombreux, en principe, dans une démocratie). » Le philosophe reprend la distinction établie par Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité pour exonérer les politiques de l’obligation morale lorsque c’est l’intérêt général qui en jeu. Et s’il est vrai que le mensonge nuit à la crédibilité, là encore, le combat politique a ses raisons que l’éthique ne connaît pas. Si au lieu de désigner la finance comme son ennemie, François Hollande avait annoncé qu’il allait réformer le code du travail, personne à gauche n’aurait voté pour lui. C’est la version acceptable du mensonge en politique : le mensonge par omission, confer de Gaulle lançant aux pieds-noirs : " Je vous ai compris ! ". Et Montaigne ajoute cette précision essentielle « qu'on ne doit jamais agir contre sa conscience pour son propre intérêt (ce qu'il appelle " une utilité privé "), mais qu'on en a parfois le droit, voire le devoir, quand c'est nécessaire pour l'intérêt général (qu'il nomme " utilité publique ") ». C’est ainsi que Comte-Sponville aurait préféré Rocard à Mitterrand et Raymond Barre à Chirac. « Mais les Français ont élu Mitterrand et Chirac, deux fois chacun. Quand on vote pour ceux qui mentent le plus, il est trop facile, ensuite, de pester contre les mensonges des politiques… »

Un autre philosophe, Alain Finkielkraut, a suivi la campagne au jour le jour et il s’insurge contre l’injonction du « vote utile »

« Rien de tel ne serait arrivé si Fillon n'avait pas lui-même dérogé à son image d'homme irréprochable » affirme-t-il sur le site Figarovox. Choqué de l'entendre dire: « Qui imaginerait le général de Gaulle mis en examen? », car cette phrase ne respectait ni la présomption d'innocence ni la séparation des pouvoirs dans la mesure où elle conférait à la justice le soin d'arbitrer sa rivalité avec Nicolas Sarkozy », il s’est alors remémoré – je cite : « ce sage proverbe africain: Quand on monte au cocotier, il vaut mieux avoir le cul propre ». Récusant le scénario écrit d’avance et la division qu’il instaure « entre les ouverts et les fermés », les planétaires et les sédentaires, les globaux et les locaux, il estime « que si, pour mieux combattre la préférence nationale, on abandonne toujours davantage la défense de la laïcité, de la République, de la culture, de la langue et de la continuité françaises au parti de Marine Le Pen, on ne fait que le renforcer et rendre à terme sa victoire inéluctable ».

Par Jacques Munier

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