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Nouméa, Nouvelle-Calédonie

L’œil du géographe

5 min
À retrouver dans l'émission

Un sommet se tient cette semaine à Paris sur le référendum en Nouvelle-Calédonie, pour faire dialoguer les indépendantistes et loyalistes avec le gouvernement. Cette chronique adopte le point de vue des géographes.

Nouméa, Nouvelle-Calédonie
Nouméa, Nouvelle-Calédonie Crédits : Christoph Sator - Getty

Avec ses territoires d'Outre-Mer, la France bénéficie de la deuxième zone économique exclusive maritime, après les États-Unis, rappelle Laurent Chalard dans le FigaroVox. "Jusqu'ici, les perspectives d'indépendance de la Nouvelle-Calédonie étaient perçues depuis Paris comme non souhaitables pour la France (du fait du nickel et des bases navale et aérienne de Nouméa) et non souhaitées par les populations non autochtones majoritaires", mais la donne semble avoir changé, estime le géographe. Il évoque "une forme de pragmatisme" qui commencerait à envisager la possibilité de l'indépendance, l’amenant à réfléchir à un éventuel "accord d'association". Lors du deuxième référendum de 2020, le scrutin s’était resserré - le non à l’indépendance à seulement 53,3 % - dans un contexte de forte croissance démographique des Kanaks.

Face au climat international actuel de remise en cause de la domination occidentale dans le monde, qui considère que la France maintient des «colonies» de facto, il peut exister une tentation de la part de l'exécutif de se retirer des territoires les plus lointains, soit car ils sont sources de tensions, comme en Nouvelle-Calédonie, ou soit parce qu'ils ne présentent plus d'intérêt majeur, coûtant plus qu'ils ne rapportent, comme c'est le cas pour la Polynésie.

Tout en déplorant le risque d’affaiblir la présence diplomatique, militaire et territoriale de notre pays, Laurent Chalard souligne le risque que d'autres puissances concurrentes ou émergentes s'empressent de "prendre la place laissée vide", en particulier la Chine, qui pourrait "s'appuyer sur la présence de communautés asiatiques en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie".

L'industrie mondiale à sec ?

"Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ?" titrait le météorologue Edward Lorenz une conférence en 1972. Dans le blog de Géographies en mouvement, sur Mediapart, Renaud Duterme évoque l’évènement climatique qui perturbe toute une chaîne d’approvisionnement de l’industrie mondiale : la pire sécheresse qu’ait connue Taïwan depuis des décennies. Or le pays produit plus des deux tiers des puces électroniques indispensables à la fabrication d’ordinateurs, de smartphones, de consoles de jeux et d’automobiles. Une industrie qui exploite d’énormes quantités d’eau, "jusqu’à 150 000 tonnes par jour rien que pour le leader du secteur". 

Plusieurs usines se retrouvent contraintes de limiter la production, décision problématique dans un contexte d’accroissement de la demande en raison de la relance chinoise et du bond en avant qu’a fait la numérisation de nos sociétés. Conséquence : certaines chaînes de production en Europe se retrouvent à l’arrêt, faute de pièces.

Auteur d’un Petit manuel pour une géographie de combat (La Découverte) Renaud Duterme rappelle que l’industrie est en général très gourmande en eau, en particulier l’extraction minière ou la fracturation hydraulique pour le pétrole. Au Chili, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde est située dans une des zones les plus arides de la planète, et elle nécessite 2 000 litres d’eau par seconde. Ce sont les réserves souterraines de la région et les zones humides des alentours qui sont mises à contribution, au détriment des écosystèmes et des lieux de vie.

L’économie solidaire de la débrouille

Dans la série L’œil du géographe que publie Libération, Le collectif Rosa Bonheur - composé de sociologues et géographes - rend compte d’une enquête qu’il a menée à Roubaix au sein d’une population atteinte de plein fouet par les fermetures d’entreprises et les délocalisations, une enquête parue depuis sous le titre La Ville vue d’en bas (éditions Amsterdam).

Nous avons découvert des vies colonisées par un travail sans relâche : accéder à ses droits, acheter à bas prix, prendre soin des autres (coiffure, garde d’enfants, aide aux personnes âgées), réparer des voitures, rénover son logement, autoproduire des biens et les vendre dans des braderies ou sur Internet…

Aux marges du marché de l’emploi et de la consommation, ces travailleuses et travailleurs invisibles, souvent stigmatisés comme de soi-disant "assistés", ont su créer un dense réseau d’entraide et d’activités locales de nature à restaurer leur dignité. Des pratiques et modes de vie populaires menacés par la gentrification croissante de nombreux quartiers, alors que leur ancrage territorial est essentiel et exclut de fait la "mobilité" tant vantée par les pouvoirs publics.

Par Jacques Munier

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