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Macron disciple d'Aristote

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On parle beaucoup de notre ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en ce moment

Macron faux-jeton pour Sarkozy, Macron pas con fait rimer Florent Pagny, son « narcissisme » offusque Anne Hidalgo, Macron en voie de « ségolénisation », confer la primaire de 2006 où la Royal avait terrassé deux éléphants du PS, il n’y a guère que François Bayrou qui ne sache pas « qui est Emmanuel Macron »… Pour Cécile Cornudet dans Les Échos, ce que veut le jeune ministre avec son nouveau mouvement, ce n’est pas tant « faire de la politique autrement, comme l’ont invariablement promis les nouvelles générations d’énarques entrant en politique », et pas davantage « se poser en acteur de la société civile voulant conduire le pays comme on conduit une entreprise ». Macron « veut faire autrement de la politique autrement » il « veut révolutionner la politique, comme les entrepreneurs de start-up ont « disrupté » l’économie ». Le mot est à la mode, le ministre en a fait son concept fétiche. « Lorsqu’ils pénètrent un marché, les startuppers construisent un modèle « disruptif », inversé par rapport à celui des acteurs installés – explique l’éditorialiste des pages idées&débats du quotidien économique. Emmanuel Macron fait comme eux. » « L’innovation disruptive est une innovation de rupture, par opposition à l’innovation incrémentale, qui se contente d’optimiser l’existant ", précise Jean-Marie Dru l’un des inventeurs du terme auparavant utilisé dans le registre géologique. « Depuis son arrivée à Bercy – ajoute Cécile Cornudet – il a pris un à un les codes du vieux monde politique pour tenter de les casser. S’il est entouré de communicants, il refuse le média training, ces séances de travail qui permettent de déjouer les pièges rencontrés sur les plateaux de télévision… Il choisit pour s’exprimer des supports nouveaux : la presse étrangère, l’hebdomadaire Le un, la Revue des Deux Mondes. » C’est dans l’hebdomadaire d’Éric Fottorino que le ministre avait présenté l’an dernier l’esprit de sa loi, en insistant sur l’importance de la philosophie politique. Vincent Tremolet en avait alors conclu dans Le Figaro qu’il devait « se sentir bien seul au gouvernement ». « Passer du statut d'assistant de Paul Ricœur à celui de François Hollande est sans aucun doute un gain considérable en terme d'ambition mais c'est aussi une perte sèche pour la vie de l'esprit » insistait le responsables des pages Champs libres du quotidien. De sa loi, le ministre ne parlait guère. Foin de taxis, de notaires, d’autocars ou de motion mais recours à Aristote, Descartes et Kant. Et – je cite « ces lignes, déjà célèbres, devant lesquelles Jean-Luc Mélenchon a dû avaler son bonnet phrygien: « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort (…). Napoléon, de Gaulle ont tenté de réinvestir ce vide. » Et le ministre de poursuivre sa méditation où plane l'ombre du président sur son scooter : « la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction.»

Séquence nostalgie : l’écrivaine britannique Sarah Bakewell publie un livre sur la philosophie qui a nourri son éveil intellectuel, l’existentialisme

Le mensuel Books en rend compte ce mois-ci. Celle qui rognait sur son argent de poche pour s’offrir les œuvres de Sartre revient sur cette « concoction bien française » en dépit de profondes racines dans la phénoménologie allemande. Son fumet peut se résumer à quelques formules « l’existence précède l’essence », « l’enfer c’est les autres », mais surtout à des images : « Sartre et Beauvoir tenant cour au Café de Flore dans un nuage de tabac, Juliette Gréco enfiévrant les zazous dans une cave du Quartier latin »… Bref, « une philosophie à l’audience internationale mais demeurée intrinsèquement parisienne ». Cet ancrage est d’ailleurs cohérent avec l’esprit de l’existentialisme qui affirmait que « c’est la vie des gens – leur façon de réaliser leur projet – qui les définit » ici et maintenant. À cet égard l’influence de Simone de Beauvoir est jugée déterminante. Andy Martin a lu le livre de Sarah Bakewell pour le magazine Prospect. Pour lui Le Deuxième sexe « a fait pour les femmes ce que Jean-Paul Sartre a fait pour les losers. L’existentialisme reformule le genre, l’orientation sexuelle et l’ethnicité comme des questions plutôt que comme des réalités, et fait de la propension humaine au paradoxe et à la contradiction interne la base de la libération personnelle. » Un héritage qui est le contraire d’un testament, « une façon d’appréhender le monde et de s’y comporter » sur fond d’esprit français, « relents d’élégance et de friponnerie compris ».

Par Jacques Munier

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