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Emmanuel Macron avec les Whirlpool, 26/04/2017

Macron, vu de loin

5 min
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La presse étrangère s’est beaucoup intéressée à la campagne atypique que nous vivons.

Emmanuel Macron avec les Whirlpool, 26/04/2017
Emmanuel Macron avec les Whirlpool, 26/04/2017 Crédits : Mehdi Taamallah - AFP

De nombreux intellectuels – notamment – se sont exprimés et certains dans nos journaux. Raffaele Simone revient dans Le Point sur la question du populisme, qui « reste une forme de politique » bien qu’il se définisse par le rejet des politiques. Il évoque la figure de Matteo Renzi, considéré comme populiste en Italie. Sa présence constante à la télévision l’apparente à Berlusconi, de même que son mépris des intellectuels. Le linguiste se demande si Macron est un populiste. « Le nom de son mouvement, En Marche, évoque clairement la marche du peuple et contient un appel jacobin. » Celui qui « se revendique d’un centre prudemment tourné vers la gauche mais avec une fenêtre ouverte sur la droite » n’a pas hésité lors de son premier meeting à hurler comme une rock star en « transe chamanique ». Raffaele Simone pense que « Macron possède une corde populiste dont il joue quand il le souhaite ». Peter Sloterdijk évoque quant à lui le phénomène mystique de l’« apparition ». « Il y a eu Jeanne d’Arc, il y a eu le général de Gaulle et il y a maintenant Macron. » Si « la France est profondément philistine, petite-bourgeoise, aimant savoir jusqu’où elle peut aller dans la haine de soi », elle se paye à chaque élection « une partie d’extase avec les extrémismes ». C’est pourquoi Macron fait figure de retour à la sagesse, et sa formation philosophique l’a aguerri dans l’art de la dialectique : Racine et Stendhal, Jeanne d’Arc et Balibar… « Assez de politiques fondées sur la rivalité absolue et les passions tristes », résume le philosophe, qui conclut avant l’heure : « Vieux pays avec des pulsions de jeune, la France semble redevenue une nation adulte en choisissant ce presque enfant. »

La presse britannique semble moins favorable au phénomène Macron

Car selon elle, le candidat, s’il est élu, risque d’adopter une ligne dure dans les négociations sur le Brexit, affirme The Guardian. Lui qui s’est montré très critique envers la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, il est peu probable qu’il fasse des cadeaux au gouvernement de Theresa May une fois au pouvoir. “Certes, il a un niveau d’anglais correct et il porte de jolis costumes, mais Macron n’est pas notre ami”, ajoute dans The Spectator un commentateur britannique résidant en France. Courrier International, qui relaie ces tribunes, cite également le quotidien conservateur The Daily Telegraph, pro-Brexit, qui liste “cinq raisons” précises pour lesquelles l’hypothèse d’une élection de Macron est inquiétante outre-Manche. Premièrement, il prône une approche européenne “stricte” quant au Brexit. Deuxièmement, il s’est montré intransigeant quant au “droit de passeport” qui permet aux établissements bancaires basés à Londres de vendre leurs services financiers à travers l’UE. Troisièmement, M. Macron n’a jamais caché sa volonté de profiter du Brexit pour attirer en France “les banques, les talents, et les chercheurs” aujourd’hui basés à Londres. Il souhaite également mettre fin aux accords du Touquet entre le Royaume-Uni et la France, qui permettent de faire des contrôles aux frontières des deux côtés de la Manche. Enfin, “il s’est dit déterminé à protéger les intérêts des Français et des Européens résidant au Royaume-Uni”. Mais le Financial Times nuance : Macron va vouloir “maintenir les liens diplomatiques et sécuritaires avec les Britanniques, vu la menace terroriste”. De plus, “une fois qu’il n’aura plus à affronter le Front national, il se sentira peut-être plus à l’aise à l’idée d’être accommodant avec les Britanniques”

Marine Le Pen est un casse-tête pour Donald Trump, selon le New York Times

Même si, personnellement, il a des affinités avec elle, contrairement aux Français de l’étranger qui ont voté largement pour Macron, 51 % aux Etats-Unis. Comme le rapportent Les Echos, le président américain sait qu’elle a promis un retrait de la France du commandement intégré de l’Otan, condamné le raid américain contre une base aérienne en Syrie et alors qu’il a salué « l’excellente performance de Wall Street comme la meilleure jauge des débuts de sa présidence », il constate que « les investisseurs à la Bourse de Paris ont accueilli favorablement la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron ».

Deux articles déplorent en retour la surdité de la campagne sur les reconfigurations du monde

Dans Libération, Serge Gruzinski s’étonne que la Chine étant partout, des musées new-yorkais aux économies sud-américaines, aucun candidat ne se soit intéressé à cette nouvelle superpuissance. « Le développement de la Chine est une chance pour l’humanité » déclarait Mélenchon à l’agence chinoise Xinhua. Fabrice Nicolino rappelle dans Charlie Hebdo que ce pays qui compte 21% de la population mondiale mais seulement 7% des terres agricoles est devenu « un gigantesque aspirateur à pétrole, terres arables, forêts et matières premières ». Quand la Chine gagne, les autres perdent – résume-t-il.

Par Jacques Munier

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