LE DIRECT
Guy Walter, directeur de la Villa Gillet

Malaise dans la culture

4 min
À retrouver dans l'émission

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la culture ?

Guy Walter, directeur de la Villa Gillet
Guy Walter, directeur de la Villa Gillet Crédits : Stephane Guiochon - Maxppp

Deux enquêtes parallèles et concordantes de la Revue du crieur amènent à se poser la question : l’une sur les connivences et le clientélisme qui se développe dans la presse à la rubrique « culture », l’autre sur le népotisme du pouvoir dans la nomination des responsables des grandes institutions culturelles. Pour Joseph Confavreux et Aurore Gorius, ce pouvoir de nommer est même en passe de résumer à lui seul l’ambition politique en matière culturelle, désormais réduite à une « gouvernance sans projet ». Au royaume de la culture, « la continuité est assurée avec la monarchie qui avait ses prébendes et plaçait les artistes » raillait Antoine de Baecque dans un livre sur la crise dans la culture française. Les polémiques à répétition qui ont entouré les nominations à la Villa Médicis, à la Bibliothèque Nationale de France, au Château de Versailles ou au Festival d’Avignon illustrent cette dérive. Une dérive dont les origines remontent au décret de François Mitterrand qui, à la veille d’une probable cohabitation, avait considérablement étendu les pouvoirs de nomination du président de la République dans le domaine culturel. À l’époque, Jack Lang avait fait de la culture le fer de lance d’une politique audacieuse et dès son arrivée au ministère « ses premières nominations ont valeur de manifeste, alors qu’aujourd’hui il est beaucoup plus difficile de voir ce qu’elles dessinent comme politiques culturelles ». Et quand il ne s’agit pas de recaser des proches, un profil standardisé d’énarque polyvalent tend à s’imposer dans tous les cas figure.

L’autre enquête de la Revue du crieur porte sur les pages culture dans la presse

Relativement déconsidérées, elles sont plus proches de la rubrique Tourisme que du service Monde qui draine l’essentiel des moyens de reportage. Pour les remplir, relève Dan Israel, « on hésite de moins en moins à accepter les largesses des institutions culturelles : voyages de presse, partenariats discrets et publi-information camouflées », qui se multiplient au détriment de la critique indépendante. Le problème c’est pour le lecteur l’absence de signalisation claire. Promotion ou information la frontière est brouillée. Gérard Lefort, qui a longtemps dirigé les pages Culture à Libération reconnaît que malgré « son intransigeance quant aux relations que la profession doit entretenir avec les acteurs du monde qu’elle couvre », il lui est arrivé de découvrir que certains confrères s’étaient laissé inviter « dans des festivals de cinéma avec leur petite famille, pour un weekend dans un palace de la côte normande ». La palme revient sans doute aux largesses des Fondations privées, comme celle de François Pinault qui abrite au Palazzo Grassi de Venise une partie de ses collections d’art contemporain, avec des invitations et voyages de presse « dans des conditions de luxe délirant ». Et que dire lorsque les places d’auteur, de critique, et d’éditeur sont interchangeables, comme au Point, où les livres du patron, Franz-Olivier Giesbert, étaient régulièrement encensés ?

Longtemps les architectes ont rivalisé dans la démesure de projets pharaoniques. Avec les restrictions budgétaires ils redécouvrent le sens de leur mission

Et la chasse aux mètres carrés inutiles dans l’occupation de l’espace… Les Échos observent cette mutation à l’occasion de la XVe Biennale d’architecture de Venise, placée sous le signe d’une architecture responsable, délaissant le spectaculaire pour se recentrer sur « des ensembles plus discrets à l’utilité sociale évidente et immédiate ». L’actuel commissaire, le Chilien Alejandro Aravena, connu pour son engagement dans le logement social, dénonce les « corporate architects », responsables de millions de mètres carrés construits pour placer des capitaux plutôt que pour abriter des personnes ». Catherine Sabbah, chargée des dossiers Immobilier au quotidien économique, souligne les choix esthétiques de l’exposition et son cadre glamour. « Peut-être avons-nous manipulé la beauté… pour dissimuler le vide, en avons-nous abusé comme d’un spectacle… Ce qui ne veut pas dire qu’un projet est vide parce qu’il est beau et intelligent ou socialement responsable parce qu’il est affreux » lui a déclaré l’architecte chilien.

Il faut sauver la Villa Gillet

L’institution culturelle lyonnaise – célèbre pour ses Assises internationales du roman – est menacée, et Mode d’emploi, son festival des idées, disparaît après quatre éditions au succès croissant : plus de 12 000 personnes suivaient ces deux semaines de discussions et de rencontres avec des philosophes ou des chercheurs en sciences humaines et sociales de nombreux pays. Un texte collectif exhortait dans Le Monde la région Auvergne Rhône-Alpes à lui maintenir son soutien.

Par Jacques Munier

Les signataires: Laure Adler, journaliste ; Souleymane Bachir Diagne, philosophe, Columbia University ; Russel Banks, écrivain ; Pascal Bruckner, écrivain et philosophe ; Romain Bertrand, historien, Sciences Po Paris ; Patrick Boucheron, historien, Collège de France ; Dominique Bourgois, éditrice ; Javier Cercas, écrivain ; Erri De Luca, écrivain ; Cécile Guilbert, écrivain et essayiste ; Dany Laferrière, écrivain, de l’Académie française ; Bruno Latour, anthropologue et sociologue, Sciences Po Paris ; Michel Lussault, géographe, Ecole normale supérieure de Lyon ; Catherine Millet, écrivain et critique d’art ; Lionel Naccache, neurologue, UPMC et hôpital Pitié-Salpêtrière ; Françoise Nyssen, éditrice ; Lydie Salvayre, écrivain ; Boualem Sansal, écrivain ; Augustin Trapenard, journaliste ; Chantal Thomas, écrivain et historienne.

La pétition https://www.change.org/p/vous\-soutenez\-la\-villa\-gillet

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......