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Au Salon du livre

Malaise dans la démocratie?

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« Malaise dans la démocratie », au diagnostic posé par Jean-Pierre Le Goff, Yves Sintomer répond avec des propositions concrètes dans les pages idées de Libération

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Au Salon du livre Crédits : Nicolas Kovarik - Maxppp

« Nos régimes peuvent être dits démocratiques, mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement », notait Pierre Rosanvallon dans son dernier livre. Yves Sintomer passe en revue les failles du système : « Les partis pèsent d’un poids déterminant dans la sélection des candidats, dans les scrutins uninominaux comme dans les scrutins de liste », observe-t-il. « Le président est élu directement, et non par le Parlement, il domine l’Exécutif tout en n’ayant pas à se soucier d’un contre-pouvoir parlementaire (sauf en cas de cohabitation). » Enfin « la sélection des responsables politiques se fait par l’élection et, pour l’essentiel, seuls les élus sont habilités à prendre les décisions politiques, ils n’ont pas à respecter leurs promesses électorales ou la volonté de leurs électeurs », contrairement à ce qui se passait en Grèce ancienne, où ils devaient rendre des comptes à l’issue de leur mandat. « Pour redonner sa légitimité à la politique au XXIe siècle », le sociologue et politologue suggère de « redéployer notre imagination procédurale », notamment « en s’inspirant d’expériences démocratiques en cours en Europe et dans le monde » : étendre le principes des primaires à d’autres scrutins, alors qu’elles sont aujourd’hui limitées à la présidentielle, afin de favoriser l’émergence de nouvelles figures. Instaurer la possibilité de panacher les listes, alors que les électeurs sont de plus en plus nombreux à ne pas se reconnaître à 100% dans un seul parti. Et œuvrer à l’abolition de notre « monarchie présidentielle » : une exception démocratique dont les « effets délétères augmentent à l’heure où les présidents sont de plus en plus choisis par défaut ». On peut envisager de ramener ses pouvoirs à ceux d’une autorité morale, comme chez nos voisins, chargée de veiller, par exemple, à notre avenir écologique. Sur l’omniprésence de la consultation électorale, biaisée par les stratégies des partis et l’importance de l’abstention, Yves Sintomer suggère là aussi de revenir à une procédure qui avait fait ses preuves à Athènes : le tirage au sort pour désigner les responsables politiques, encore pratiqué en Suisse ou en Irlande. « La sélection aléatoire est porteuse d’une logique d’impartialité », rappelle-t-il, « elle permet de sélectionner des citoyens qui auront pour mission de discuter en vue du bien commun plutôt qu’en fonction de leurs intérêts de carrière ou de parti » ; et tous les citoyens ont une chance égale d’être désignés.

On peut retrouver Jean-Pierre Le Goff dans un stimulant débat avec Roger Martelli, c’est dans les pages idées de l’hebdomadaire Marianne

L’auteur de « Malaise dans la démocratie » face à celui de « L’identité c’est la guerre » : le « mal français » étalé en quatre pleines pages… On connaît la thèse de JP Le Goff : « l’avènement de la société de consommation, des loisirs et de ce qu’on appelait à l’époque les mass media a survalorisé la sphère de la vie privée au détriment des cultures et des sociabilités traditionnelles, paysannes, ouvrières, nationales… » C’est là « l’héritage impossible de Mai 68 ». Autre son de cloche chez Roger Martelli : « Quand on ne peut plus produire de l’égalité, il ne reste que deux solutions : soit on gère la diversité, au risque d’encourager les rivalités entre communautés. Soit on crée de l’identité fictive, celle de la nation et de la race, au risque de laisser le champ libre aux mécanismes symboliques qui produisent de l’aliénation. » L’historien du communisme ajoute que « l’inégalité se double de plus en plus de la discrimination » et le sociologue cite élégamment Carlo Rosselli, assassiné par les fascistes en 1937 : « Le socialisme, c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ».

On ne sait pas si on doit se féliciter ou non de l’usage des réseaux sociaux par la communication politique. Philippe-Joseph Salazar, quant à lui, s’en amuse dans le Panorama des idées

La septième livraison de la revue est parfaitement raccord avec nos propos : « Comment pensent (ou pas) les politiques : leurs gourous, leurs sources, leurs armes intellectuelles, leur parole publique ». La contribution du philosophe spécialiste de rhétorique et donc de sophistique s’emploie à décortiquer le style twitter de Manuel Valls, le merle qui tweete « comme une onomatopée ». « Le discours politique est devenue du cui-cui*. Le tweet réduit un long discours à une onomatopée, il encapsule un discours bavard dans une pastille sonore, il vous donne, là, tout cuit, ce qui est le fond, la substantifique moelle d’un politique. »

Par Jacques Munier

*« En anglais un oiseau fait tweet-tweet, cui-cui. Twitter : gazouiller pour un oiseau, jacasser pour une personne. »

Voir, écouter le billet économique de Marie Viennot: Twitter a 10 ans, l'âge du doute http://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/twitter-10-ans-l-age-du-doute

Panorama des idées

Lemieux éditeur
Lemieux éditeur

http://www.lemieux-editeur.fr/Panorama-des-idees-No7.html

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