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Place de la République, à Paris, novembre 2015

Mémoriaux des attentats

5 min
À retrouver dans l'émission

À la veille du 13 novembre, le souvenir des attentats de 2015 revient dans tous les esprits. Et c’est l’occasion de soulever la question de la mémoire.

Place de la République, à Paris, novembre 2015
Place de la République, à Paris, novembre 2015 Crédits : AFP

Comme disait Péguy à propos des commémorations, quand « histoire et mémoire forment un angle droit », plusieurs livres paraissent sur le sujet. Dans les pages idées de Libération, Nicolas Celnik rend compte de celui publié aux éditions de l’EHESS sous la direction de Sarah Gensburger et Gérôme Truc : Les Mémoriaux du 13 novembre. Les auteurs ont mené un travail ethnographique devant les mémoriaux spontanés du quartier de la République à Paris où s’arrêtent les survivants et les proches des victimes, mais aussi beaucoup de passants, pour observer « la manière dont chacun construit, s’attache ou rejette la mémoire de l’événement ».

Les lieux de mémoire deviennent alors des forums où se forme l’opinion, où l’on débat, parfois vivement, et où chacun fait vivre une mémoire particulière à sa manière propre, le tout formant dans le temps long la mémoire collective.

Une façon d’enquêter, pour ces sociologues, sur les formes personnelles de l’attachement aux mémoriaux, afin de donner à voir « comment se vit l’histoire plutôt que comment elle s’écrit ». Il s’agit alors des traces que laisse un évènement, « comme autant de fleurs, de photos ou de messages déposés sur les mémoriaux », pour naviguer entre les lenteurs apaisantes de la durée et la brusquerie des évènements, selon la formule de Patrick Boucheron lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, à peine un mois après les attentats.

Le programme 13-Novembre

Dans Charlie Hebdo, Antonio Fischetti évoque un autre livre, paru chez Odile Jacob : 13 Novembre Des témoignages, un récit, cosigné Laura Nattiez, Denis Peschanski et Cécile Hochard, « une polyphonie de récits poignants qui constituent aussi un matériau scientifique pour comprendre différents phénomènes : réactions psychologiques des otages, représentations sociales de l’événement, élaboration de la mémoire au fil du temps ». L’ouvrage, qui restitue les témoignages des survivants, des témoins, des intervenants de toutes sortes – soignants, pompiers, policiers, magistrats, politiques, mais aussi proches de victimes – est le résultat provisoire d’une enquête au long cours, mise en place par le CNRS et l'Inserm au lendemain des attentats : le programme 13-Novembre. Destiné à s’échelonner sur une dizaine d'années, il « regroupe un ensemble de sept études coordonnées, visant toutes à explorer l'impact d'un événement aussi traumatisant non seulement sur la mémoire individuelle des individus qui l'ont vécu de près ou de loin, mais aussi sur la mémoire collective de la société ». Il est pluridisciplinaire et réunit des sociologues, anthropologues, linguistes, historiens, neuropsychologues. L’un des deux responsables du projet avec le neuropsychologue Francis Eustache, l’historien des questions mémorielles Denis Peschanski estime en effet que « mémoire individuelle et mémoire collective ne peuvent s'étudier qu'ensemble, l'une par rapport à l'autre, car elles sont étroitement articulées ». L’approche scientifique est justifiée « à la fois dans la méthode et l’objectif ».

Nous ne nous intéressons pas seulement à la chronologie des faits, mais aussi à leur dimension émotionnelle. Dans ce but, conserver le verbatim des témoignages a été un choix crucial.

La méthode consiste à recueillir les réponses à un questionnaire et à des entretiens libres, à quatre époques différentes : 2016, 2018, 2021 et 2026. Les chercheurs utilisent toute sorte d’outils scientifiques, allant de l’analyse sémantique du vocabulaire employé à l’examen neurologique, « pour étudier comment la mémoire de l’événement se construit et évolue dans le temps ». Mais aussi pour se préparer à d’autres événements comparables. Antonio Fischetti relève dans le récit des épisodes héroïques, comme « ce responsable de la sécurité du Bataclan, qui est revenu plusieurs fois dans la salle, pendant que les terroristes rechargeaient leurs armes, pour diriger les gens vers les issues de secours ». Ou des moments de solidarité exemplaire, quand on sait ce que les mouvements de foule peuvent avoir d’égoïsme meurtrier : cette jeune femme corpulente que des otages en fuite ont aidée à se réfugier dans un faux plafond…

Résilience

Pour le site d’information Les jours, Charlotte Rotman avait suivi par étapes ce programme scientifique du 13-novembre. À l’épisode 7, c’était l’examen neurologique du cerveau des rescapés souffrant de stress post-traumatique, pour sonder les marqueurs du traumatisme et de la résilience. Les plus atteints « sont sans arrêt aux aguets, ils vont craindre l’irruption d’une image douloureuse ». Au contraire, si l’on parvient à recevoir et à bloquer le souvenir douloureux, on affaiblit le traumatisme. C’est ce qu’on appelle la « résilience » : « il faut se souvenir pour oublier. L’oubli est tout sauf passif ».

Par Jacques Munier

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