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Michel Foucault dans La Pléiade

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À retrouver dans l'émission

Michel Foucault dans La Pléiade, c’est une consécration ou un enterrement en grande pompe ?

Comme le rappelle Jean-Marie Durand dans les Inrockuptibles , l’historien Philippe Artières et le philosophe Mathieu Potte-Bonneville observaient dans leur livre paru en 2007 sous le titre « D’après Foucault – Gestes, luttes, programmes » que « Foucault n’était pas seulement mort de manière brutale » mais qu’on avait décidé « d’enterrer avec lui sa pensée ». Je me souviens personnellement d’un dîner au lendemain de sa disparition en présence de Lucette Finas qui n’en pouvait mais, chez un sociologue de l’imaginaire portant beau et décrétant avec beaucoup de suffisance que si Foucault était mort, c’est parce qu’il n’avait plus rien à dire. Les deux jeunes chercheurs que je viens de citer prouvent l’extraordinaire fécondité de l’archéologie des savoirs, de même que les concepts de gouvernementalité, de subjectivation, d’hétérotopie qui restent d’indispensables outils pour analyser notre contemporain, tout comme la notion de biopolitique a inspiré au philosophe Giorgio Agamben la série des ouvrages portant sur la manière dont le pouvoir vient s’immiscer jusque dans la vie biologique des individus. « Foucault ne cesse de hanter l’actualité : sa pensée se télescopait avec les transformations sociales en cours » et c’est encore vrai aujourd’hui. « Le penseur sans école » dont parle Pascal Ceaux dans L’Express n’a donc pas dit son dernier mot au dernier de ses disciples. Mais l’entrée du titulaire de la chaire d’Histoire des systèmes de pensée dans la collection prestigieuse de Gallimard fait signe vers une autre de ses qualités. Peu nombreux sont en effet les philosophes à s’y retrouver à part quelques Grecs anciens ou Kant et Marx, les Français se comptent sur les doigts de la main : Descartes et Malebranche, Voltaire, Rousseau, et Diderot auquel on a souvent comparé Foucault pour la beauté de son style aérien et lumineux, dans une langue du XVIIIème siècle. Comme le fait observer Frédéric Gros qui a dirigé l’édition des deux volumes de La Pléiade, « son style prolonge une vieille tradition de la philosophie française qui, de Descartes à Merleau-Ponty, a souvent affirmé son attachement atavique à la qualité d’une écriture limpide, précise, élégante ».

Frédéric Gros, qui répond aux questions de Nicolas Dutent dans L’Humanité

Et notamment à celle-ci : s’il est vrai, comme l’écrit son interlocuteur dans l’introduction aux Œuvres du philosophe, que « Michel Foucault n’a pas inventé une nouvelle philosophie : il a inventé une nouvelle manière de faire de la philosophie », cette pratique vise-t-elle une reformulation du rapport à la vérité ? Réponse : « Il ne s’agit pas pour Foucault de proposer de « nouvelles » vérités (inédites, choquantes ou profondes), mais de décrire dans les sociétés occidentales cette aventure qu’a constituée, pour la société et pour l’individu, la circulation de discours dits « vrais ». Qu’en est-il de notre rapport à nous-mêmes à partir du moment où quelque chose comme une « psychiatrie scientifique » existe ? » La même question se pose sur notre rapport à l’État à partir du moment où s’est constituée une « science politique ». La vérité en soi est moins en cause ici que « ce qu’il en coûte à chacun d’être traversé par des discours vrais ou des obligations de vérité, et ce que cette existence peut lui imposer comme contrainte ou lui offrir comme levier de pouvoir. » Enfin, sur le travail parfois souterrain de la pensée de Foucault pour nous émanciper de l’autorité des discours de vérité inscrits dans le marbre de l’institution, l’auteur du Principe Sécurité rappelle que « le diagnostic de folie ne conduit plus systématiquement à l’enfermement (avec les politiques de secteur, l’augmentation des hospitalisations de jour ou l’apparition des appartements thérapeutiques), et les dernières réformes judiciaires mettent en œuvre d’autres « solutions » que l’enfermement carcéral pour les peines courtes ». Dans le livre qu’il lui a consacré Gilles Deleuze célébrait ainsi la nouveauté de la pensée de Michel Foucault : « cette œuvre a la beauté de ce qu’elle récuse : un matin de fête ».

Jacques Munier

Michel Foucault

Œuvres

foucault1
foucault1

Tome I

Édition publiée sous la direction de Frédéric Gros avec la collaboration de Jean-François Bert, Daniel Defert, Francois Delaporte et Philippe Sabot

Ce volume contient

Histoire de la folie à l'âge classique - Naissance de la clinique - Raymond Roussel - Les Mots et les Choses.

foucault2
foucault2

Tome II

Édition publiée sous la direction de Frédéric Gros avec la collaboration de Philippe Chevallier, Daniel Defert, Bernard Harcourt, Martin Rueff et Michel Senellart

Ce volume contient

L'Archéologie du savoir - L'Ordre du discours - Surveiller et punir - Histoire de la sexualité I, II, III - Articles, préfaces, conférences.

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