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Michel Foucault, l'immigration, le déclinisme

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À retrouver dans l'émission

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aaa Crédits : Reuters

Les pages Idées de Libération reviennent sur l’interview accordée par Michel Foucault en 1979 à un journal japonais à propos des boat people.

L’article avait pour titre étrangement prémonitoire « Le problème des réfugiés est un présage de la grande migration du XXIe siècle » et il développe une analyse étonnamment actuelle. « Nombreux sont ceux qui ressentent cette contradiction : naguère, il fallait soutenir l’unification du Vietnam et maintenant, il faut faire face au problème des réfugiés, qui en est la conséquence », la question initiale du journaliste renvoie à une forme de responsabilité éthique des démocraties occidentales à l’égard d’une situation qu’elles ont en grande partie contribué à créer, pour le pire et pour le meilleur à la fois, en s’opposant à l’interventionnisme militaire de leurs États. Réponse de Foucault : « L’Etat ne doit pas exercer de droit inconditionnel de vie et de mort, tant sur son peuple que sur celui d’un autre pays. Refuser à l’Etat ce droit de vie et de mort revenait à s’opposer aux bombardements du Vietnam par les Etats-Unis et, de nos jours, cela revient à aider les réfugiés. » Dans la foulée, on pourra suivre dans ces pages l’épopée tragi-comique de l’écrivain iranien exilé Aiat Fayez, qui, « par crainte, réflexe ou superstition, entasse sa vie entière dans son sac à dos », et notamment les clés USB contenant une pièce de théâtre et un roman en cours, ainsi que les documents nécessaires au renouvellement de son titre de séjour. Dans le train qui le mène de Vienne à Budapest où il doit entreprendre les formalités administratives destinées à lui assurer une existence légale, il se fait voler le bagage, passant du même coup du statut d’étranger à celui de clandestin. Plus dure est la chute, qui le conduit au poste de police de la gare de Budapest, où « un sosie de Poutine, entouré d’une demi-dizaine de policiers » enregistre sa déclaration de vol. Mais c’est au consulat iranien que les ennuis commencent devant le fonctionnaire indolent : « C’est dans une langue maternelle affolée – je cite - effondrement de la syntaxe et perte de vocabulaire, alors que je parle parfaitement le farsi, que je lui explique le vol de mes documents. Que j’ai besoin d’un nouveau passeport pour pouvoir obtenir le titre de séjour. » Et d’une voix douce le visage dans la lucarne lui explique que ça va prendre des jours, et que pour commencer la déclaration qu’il lui présente n’est pas conforme : le tampon est trop petit sur la déclaration pré-remplie… Retour à la case départ.

Les pages Débats de L’Humanité publient un grand entretien avec le politologue et historien de l’immigration Patrick Weil, dont

le dernier livre, le Sens de la République, interroge notre projet républicain.

Et à propos de ce qu’on a pu désigner comme la « faillite du modèle français », il précise que « ce qui a rendu et rend le processus d’intégration plus difficile, on l’oublie trop souvent, c’est le chômage de masse qui s’est développé depuis 1974 et qui augmente encore et touche toujours plus les familles immigrées. Or le travail et la syndicalisation, c’est ce qui a historiquement fait le melting-pot en France. » Le quotidien s’attarde aussi sur le facho-business d’Alain Soral, dont Robin d’Angelo et Mathieu Molard ont dressé l’inventaire dans un livre publié aux éditions Calmann-Lévy. Sur l’étal du « petit épicier » de la fachosphère il y a évidemment le déclinisme.

Le déclinisme, il en est question dans Les Échos

Daniel Fortin a lu pour nous la Revue économique, dont la dernière livraison affiche la Fin du monde… « La crainte du déclin est sans doute la vision la plus largement partagée par les élites françaises aujourd’hui. » D’ordre historique ou économique, les contributions s’emploient à préciser les contours d’une notion au-delà des « considérations souvent impressionnistes des dirigeants politiques ou des essayistes qui font leur miel de cette angoisse. » Elles « rappellent que cette théorie prospère le plus souvent au sein des courants nationalistes ou impérialistes. Le déclin est pensé comme la conséquence de l’ascension des autres », comme on peut le voir aujourd’hui avec la montée de l’Asie face aux pays occidentaux.

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