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Michel Onfray, Giorgio Agamben et le Saint-Esprit

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La polémique autour de l’interview de Michel Onfray dans le Figaro rebondit aujourd’hui dans les pages Débats du Monde .

Et les tribunes de Laurent Bouvet, Éric Naulleau ou François Cusset qui replacent la controverse dans le domaine des idées et du rôle des intellectuels sont à mettre en perspective avec l’article d’Olivier Faye sur les « alliés objectifs » et autres « idiots utiles » du Front National, lequel ne crache pas dans la soupe qu’on lui sert mais évite encore de « griller » ces porte-voix inespérés en les récupérant trop bruyamment. S’il est vrai que le débat tourne autour de la question du « peuple » que la gauche de gouvernement aurait perdu de vue, Nicolas Truong rappelle que le contexte actuel s’explique aussi par « l’effacement progressif de la figure de l’intellectuel universel, à l’image de Jean-Paul Sartre ou Albert Camus, encore incarnée aujourd’hui par Alain Badiou ou Edgar Morin », et par le « passage du philosophe critique au bateleur médiatique. » L’intellectuel spécifique théorisé par Michel Foucault – ajoute-t-il « cette figure du chercheur qui ne s’engage que sur ses domaines de compétence semble avoir moins de portée que par le passé. » La conséquence, c’est « la transformation de certains intellos en marque de fabrique, en petite entreprise polémique » et comme le vent semble tourner en faveur des « nuques raides » certains cerveaux se laissent porter par le courant d’air. Mais qu’on se rassure, la phrase incriminée dans l’interview de Michel Onfray : « C’est à ce peuple que parle Marine Le Pen. Je lui en veux moins qu’à ceux qui la rendent possible » renvoyait dans son esprit davantage aux « politiques libérales, de gauche comme de droite, qui ont contribué à ce que le peuple se tourne aujourd'hui vers le Front national » qu’aux adversaires de la dérive droitière extrême d’une partie voyante et bruyante du champ intellectuel. Le fondateur de l’université populaire de Caen assure rester fidèle à ses engagements de « socialiste libertaire ». Reste tout de même l’opportunité douteuse d’une telle déclaration en pleine crise des migrants.

Dans le grand entretien qu’il accordé à Éric Aeschimann pour les pages Débats de L’Obs , le philosophe Giorgio Agamben, quant à lui, explique « en quoi ses travaux aident à comprendre le sort réservé aux réfugiés ou encore la crise grecque »

L’auteur d’ « Homo sacer » poursuit son exploration des grands concepts, notamment juridiques, qui structurent nos sociétés dans un livre à paraître sous le titre « L’Usage des corps ». Il rappelle que « l’état d’exception », le moment où la loi normale est suspendue, ne cesse de gagner du terrain en démocratie, qu’il s’applique à la protection contre le terrorisme ou au traitement des réfugiés. « Peu de gens savent – souligne-t-il – que les lois sécuritaires en vigueur en France sont deux fois plus restrictives que celles en vigueur dans l’Italie fasciste ». Et en se référant à un théologien orthodoxe, il évoque la raison du schisme qui a séparé les Églises orthodoxe et romaine : la fonction du Saint-Esprit, qui pour les orthodoxes procède uniquement du Père, et pour Rome, du Père et du Fils ensemble. Lequel Fils s’occupe de « l’économie du salut », « c’est-à-dire du gouvernement divin du monde. Donc pour un orthodoxe, (voire pour un Grec) le Saint-Esprit n’a rien à faire avec l’économie et le monde, tandis que pour un catholique et surtout pour un protestant (voire un Allemand), l’économie est quelque chose de spirituel et de sacré. »

C’est sans doute un élément pour comprendre la crise de la dette grecque, sur laquelle se penchent les pages Débats & Controverses de L’Humanité , à l’occasion des élections législatives de dimanche

« Comment contester l’hégémonie libérale à l’échelle européenne », se demandent les contributeurs à ces pages, une lecture qu’on peut donc recommander à Michel Onfray, quoiqu’il en aie contre les journaux, pour lesquels il affiche son dédain à la télé . Par ailleurs, à propos d’une autre controverse en cours, Barbara Romagnan rappelle dans son billet cette vérité d’évidence qu’il est bon pourtant de remettre à l’ordre du jour, que « l’objet du droit du travail n’est pas et n’a jamais été de favoriser les performances de l’entreprise. »

Jacques Munier

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