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Migrants: un "moment politique européen"

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Réfugiés syriens à la frontière grecque
Réfugiés syriens à la frontière grecque Crédits : Yannis Behrakis - Reuters

L’anthropologue Michel Agier, spécialiste des populations déplacées et de la mondialisation humaine, qui a publié l’an dernier un ouvrage collectif sous le titre explicite « Un monde de camps », estime dans Libération que nous vivons une séquence historique, « le moment politique européen ». Même si nous ne sommes pas dupes des raisons économiques et démographiques de la position allemande, et que les mouvements de population qui se sont intensifiés pendant l’été appelaient une réponse urgente, « c’est un moment politique européen » parce qu’il dépasse ces raisons spécifiques et place nos dirigeants devant une responsabilité cruciale, celle de définir – je cite « un cadre de pensée et d’action qui soudain, du jour au lendemain, pourrait ne plus faire de l’étranger l’ennemi préféré des nationalistes et racistes, mais bien notre égal en humanité. »

Dans ces mêmes pages, Thomas Piketty, relayant l’opinion d’une grande majorité d’économistes, affirme que « le drame des réfugiés est l’occasion pour les Européens de relancer l’économie du continent ». Et que « l’Allemagne, envoie un message fort aux ex-pays de l’Europe de l’Est membres de l’Union européenne, qui ne veulent ni d’enfants ni de migrants, et dont la population combinée devrait, selon l’ONU, passer de 95 millions actuellement à guère plus de 55 millions d’ici à la fin du siècle. » À cet égard la politologue spécialiste des mythologies nationales en Roumanie Irène Costelian apporte un éclairage inédit sur l’attitude de ces pays envers les réfugiés. « L’histoire des pays de l’Est est marquée par des vagues de migrations successives ainsi que l’invasion et la défaite des empires, qui n’ont pas laissé de bons souvenirs – rappelle-t-elle – De l’Empire romain à l’Empire ottoman, ou à l’URSS, la mémoire collective reste empreinte d’une méfiance à l’égard de l’étranger et le désir de maintenir intactes des identités nationales sauvegardées au prix fort. »

Un « moment historique » pour l’Europe, c’est également ce que relève Smain Laacher dans les pages Débats du Monde .

Le sociologue considère que nous sommes face à un phénomène nouveau en matière de migrations : les « déplacements forcés de masse » . « Aujourd'hui, ce sont des familles entières qui s'embarquent et qu'on embarque pour des voyages incertains et, à coup sûr, traumatiques pour tout le monde : parents et enfants. » Même si la Jordanie, le Liban ou la Turquie ont largement et dès le début du conflit syrien pris leur part du fardeau, « aucun pays arabe ou musulman de la région – souligne-t-il – ne possède de droit d'asile et cinq pays arabes seulement ont signé la convention de Genève sur les réfugiés (le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte et le Yémen) sans qu'aucun ne soit en mesure d'accueillir dignement ses " frères " musulmans. » « L'Europe n'a plus le choix – ajoute-t-il. Les discours virils, identitaires ou sollicitant un accueil sans limite vont très vite se heurter à des réalités politiques, sociologiques, démographiques et économiques objectives. Ces nouveaux phénomènes exigent, aujourd'hui plus que jamais que nous repensions nos conceptions de l'intégration sociale et culturelle ». Même son de cloche dans Les Échos , qui évoquent les difficultés rencontrées par Jean-Claude Junker pour imposer une répartition des réfugiés par quotas et s’est heurté au déni hongrois dans la personne de Victor Orban, lequel assène, non sans cynisme, que ce « n’est pas un problème européen mais un problème allemand ». Le quotidien relaie d’ailleurs l’édito du Washington Post qui s’étonne de l’attitude des pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, beaucoup plus riches que la Jordanie ou le Liban et qui n’ont pas levé le petit doigt pour accueillir les réfugiés.

Un mot encore sur un émouvant reportage de L’express

C’est la poignante enquête en creux sur les traces de l’odyssée ordinaire de Sadiq, 28 ans, père de deux enfants restés au pays avec leur mère, depuis les zones tribales du Pakistan contrôlées par les talibans jusqu’au tunnel sous la Manche où il a trouvé la mort, après que son statut de réfugié lui a été refusé en France. En arabe, sadiq signifie « ami ».

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