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Musulman.es et citoyen.es

4 min
À retrouver dans l'émission

Derrière les discours sur l’identité, il y a souvent du ressentiment contre l’islam.

Une page d’histoire, pour commencer, celle de l’inauguration de la Grande Mosquée de Paris, le 15 juillet 1926. Sont présents notamment le Sultan du Maroc Moulay Youssef et le président de la République Gaston Doumergue. Dans son discours, celui-ci en vient à citer le Prophète auquel on demandait quel était l'Islam le meilleur : « C'est celui du croyant dont les musulmans n'ont à redouter ni la main ni la langue. » De ce point de vue, ajouta Gaston Doumergue, cet Islam-là est aussi le nôtre. On peut rappeler que le projet de construction d'une mosquée à Paris est né dans l’intention de rendre hommage aux musulmans morts pour la France au cours de la Grande Guerre, notamment à Verdun, ou 70 000 d’entre eux tombèrent les armes à la main sur un total de 300 000 victimes côté français. « L'opinion estime alors que la nation vient de contracter une dette vis-à-vis de ces populations musulmanes très sévèrement éprouvées », commente Dalil Boubakeur, l'actuel recteur, dans son ouvrage sur la Mosquée de Paris. Quatre-vingt dix ans plus tard Magyd Cherfi s’en prend au « roman national » dans L’Humanité. Il souligne l’absence des Arabes et des Noirs dans le récit : « Il est temps de réhabiliter les soldats africains de 14-18, les Rebeus de 39-40, les Beurs des années quatre-vingt et la marche qui va avec », entonne le chanteur du groupe Zebda, qui vient de publier un livre intitulé Ma part de Gaulois (Actes Sud)… Si la République s’était mieux comportée à l’égard de leurs parents, en leur accordant le droit de vote, par exemple, ceux-ci auraient transmis aux enfants de la génération suivante « l’idée de la bienveillance républicaine et non une rancœur que nous portons comme un maléfice ». Face au repli identitaire, quel engagement citoyen et social ? titrent ces pages Débats & Controverses. Augustin Grosdoy, du Mrap, affirme que pour contrer « le retour du discours racial et l’exacerbation des replis identitaires et communautaristes, terreau du Front national », il faut « relier le combat antiraciste aux problématiques économiques et sociales », mais aussi réactiver les principes d’égalité et de fraternité, et promouvoir les « commémorations » et les « manifestations interculturelles », ainsi que « l’éducation populaire dans les quartiers ». Car l’opinion des Français a évolué en matière de préjugés : selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme, 71% d’entre eux « se déclarent favorables à une lutte active contre le racisme en France, contre 55% en 2007. Les Français semblent vouloir dépasser les préjugés, valoriser l’acceptation de l’autre, exprimant certes un besoin de plus de sécurité, mais aussi de plus de fraternité. »

C’est tout l’intérêt de l’enquête publiée dans Le Monde : faire découvrir « une famille française » de religion musulmane

Lucie Soullier s’est invitée chez Wassila et ses filles, à Carros, dans les Alpes-Maritimes. « Elles ne veulent pas incarner " la " famille musulmane ». Ni « délivrer un message. " On n'est déjà pas d'accord entre nous ! ", s'amuse la mère de 57 ans ». Wassila et son mari, qui profite de sa retraite pour prolonger ses vacances en Tunisie, ont donné à leurs enfants « une éducation sans prière ni langue arabe ». Mais en grandissant, les filles ont ramené quelques règles religieuses à la maison. De son aînée, mère au foyer de 33 ans, à sa benjamine, collégienne de 14 ans, « autant de nuances sous le voile maternel – adopté sur le tard. " La diversité dans la diversité " présente fièrement Wassila. " Pourquoi tata porte le voile et toi non ? " Lorsque les enfants des unes posent des questions sur le choix des autres, toutes répondent que " c'est personnel ", qu'aucune n'est meilleure que l'autre. » Dès qu’un attentat est annoncé, elles espèrent que le responsable ne portera pas un nom arabe. « Quand celui du terroriste du 14 Juillet est tombé, une même grimace les a rassemblées : " On est mal. " Wassila ajoute : « le pilote allemand qui a précipité 149 personnes dans le vide en mars 2015 était un " dépressif " ; s'il avait eu un nom arabe, il serait devenu un " terroriste ". »

La revue Z est à Marseille pour sa 10ème livraison. Elle a notamment ouvert ses pages à des militantes de la campagne pour l’abrogation des lois islamophobes

C’est d’abord la loi contre le port du voile à l’école qui est visée. « Dans la communauté musulmane, on entend souvent : " C’est la loi, il faut la respecter. " Il faut lutter contre la résignation – affirme Rahma, ingénieure de projets dans les raffineries à Martigues – parce qu’on assiste à une extension permanente de cette législation depuis plus de dix ans. L’argument pour justifier la loi de 2004, c’était : " Elles sont mineures, donc influençables. " Mais Valls parle maintenant d’étendre cette interdiction à l’université, à des femmes majeures… Ce qui prouve bien que ces arguments étaient fallacieux. » Toutes parlent du poids des regards portés sur leur voile dans la rue ou au restaurant. Et considèrent que si elles luttent contre les injustices par rapport à leurs valeurs musulmanes, « où est le problème ? »

Par Jacques Munier

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