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Mythologies économiques

4 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on faire confiance aux économistes ? La question se pose bien pour les politiques, alors même qu’ils s’inspirent souvent de leurs analyses et projections

Mais les politiciens exploitent «les résultats de recherche à la façon dont un ivrogne utilise un lampadaire : pour s’appuyer dessus, pas pour s’éclairer», écrivait l’économiste Jared Bernstein. Il reste que l’économie réelle et mondialisée semble laisser aujourd’hui une marge de manœuvre de plus en plus réduite à la politique. Du moins à celle qui s’en laisse conter par ce que Vittorio de Filippis désigne comme la « doxa libérale ». Le journaliste économique de Libération s’entretient aujourd’hui dans les pages idées du quotidien avec Éloi Laurent, l’économiste, enseignant à Sciences-Po et Stanford, qui vient de publier un livre dans lequel il s’emploie à déconstruire quinze mythes économiques contemporains. « L’économie est devenue la grammaire de la politique – s’insurge-t-il. Elle a conquis l’espace que devrait occuper une parole politique qui s’est dévitalisée. A chaque fois que la politique démissionne, elle s’abrite derrière la nécessité économique. Résultat : les mythologies économiques sont au pouvoir. » Et de démonter dans son élan le premier grand mythe : celui de l’impuissance de l’État. « Comment croire à la fable de l’impuissance publique face aux marchés alors que nul autre que l’Etat ne peut créer ou détruire des marchés ? » Selon lui « le politique met en scène l’impuissance de l’Etat pour servir les intérêts du marché que, par ailleurs, il contrôle. C’est cela le propre du néolibéralisme. » Même constat à propos de la réforme du droit du travail : « rien de convaincant qui laisse entendre que déréguler le marché du travail permettra de réduire massivement le chômage. La France, avec le même droit du travail qu’aujourd’hui, connaissait un taux de chômage de 7% avant la crise financière et l’austérité. » Et à propos du SMIC, « les études les plus convaincantes montrent que l’existence d’un salaire minimum permet de réduire les inégalités sans aggraver le chômage. » Autre mythologie, quasiment fondatrice du libéralisme, l’idée selon laquelle « il faudrait produire des richesses avant de les distribuer » et « que les inégalités soient un mal nécessaire pour atteindre l’efficacité économique. La croissance suffirait à faire reculer les inégalités. Parce que nous avons cru à cette mystification politique, nous sommes passés à côté de la gravité de la crise des inégalités. » Or, selon Éloi Laurent, les inégalités constituent une entrave au développement car elles réduisent l’accès aux ressources de la formation et du savoir. « Il faut donc retourner complètement la mythologie: on ne sortira de la crise actuelle que si nous nous attaquons d’abord aux inégalités. Nous sommes enfermés dans ce discours, qui martèle que l’Etat doit être géré comme un ménage, comme une entreprise… » dans le court terme et l’urgence budgétaire. En l’occurrence « les mythologies économiques ont une fonction de contrôle social » et tout en se présentant comme « une injonction permanente au changement et à la réforme » elle enferment « les individus dans le monde tel qu’il est en disqualifiant les dissidences et en étouffant les pensées nouvelles ».

Et pourtant, ce n’est pas le moindre des paradoxes de la situation, l’endettement se fait aujourd’hui à des taux négatifs

C’est ce que souligne Jean-Marc Vittori dans Les Échos. « Des grandes entreprises comme le suisse Nestlé ont levé des capitaux en promettant de moins rembourser qu’elles n’empruntent. A l’échelle mondiale, plus de 7.000 milliards de dollars d’obligations publiques offrent des rendements inférieurs à zéro. » Le chroniqueur des pages débats du quotidien remonte dans le temps pour établir que jamais jusqu’à présent le loyer de l’argent n’a été négatif. Et il conjugue les explications : à la faiblesse de l’investissement s’ajoute l’augmentation de l’épargne « notamment à cause du vieillissement de la population et de l’accroissement des inégalités, qui gonfle le revenu des plus favorisés, ceux qui épargnent le plus ». D’autres économistes pointent « le rôle des banques centrales. Si les grands argentiers cessaient leurs interventions massives, les taux d’intérêt s’envoleraient aussitôt, provoquant l’effondrement d’une finance mondiale encore bien trop fragile et la faillite d’Etats beaucoup trop endettés. » Bref, « le marché marche mal »…

Et dans L’Humanité Jean Rouaud ferme le ban en revenant à la politique

L’écrivain s’en prend aux « résidents de la République », fustigeant certaine génération post soixante-huitarde qui s’installe dans les contradictions de classe tout en soliloquant son mantra sur « l’imagination au pouvoir » ; et il en appelle à Montaigne, maire de Bordeaux pendant quatre ans. Il faut voir la leçon terriblement moderne que celui-ci en tire sur le louvoiement comme ligne politique.

Par Jacques Munier

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