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Une barkhane, dans le désert, c’est une dune qui se déplace.

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La réunion annuelle du G5 Sahel qui s’est ouverte hier à N’Djamena devrait décider d’un ajustement du dispositif militaire français Barkhane et des nouvelles priorités de la force conjointe.

Une barkhane, dans le désert, c’est une dune qui se déplace.
Une barkhane, dans le désert, c’est une dune qui se déplace. Crédits : D. Benoit - AFP

Comme l’indique Célian Macé dans Libération.fr, il s’agit d’un « changement d’objectif » : l’Etat islamique est « fortement entravé » et les groupes affiliés à Al-Qaeda « affaiblis » - notamment depuis que son émir a été abattu dans un raid français le 3 juin - assure la ministre des Armées, Florence Parly. Des centaines d’insurgés islamistes ont été tués par Barkhane, même si leur nombre exact est tenu secret il n’a jamais été aussi élevé qu’en 2020. Mais d’autres groupes surgissent ou métastasent. Pour Jean-Yves Le Drian, le sommet de N’Djamena sera aussi l’occasion d’un « sursaut diplomatique, politique, et de développement ». La stabilisation de la région en dépend alors qu’au Mali seuls 9 % des administrateurs civils se sont déployés dans le nord et le centre du pays. Le débat est ouvert. 

Alors que l’opération Barkhane coûte 900 millions d’euros chaque année, la France dépense dix fois moins en aide publique au développement au Sahel.

Rémi Carayol détaille dans Mediapart les éléments de ce débat. À commencer par la durée : « il ne faut pas qu’une opération extérieure dure plus de trois ans » estime Michel Goya, ex-colonel des troupes de marine, alors que l’intervention au Mali - Serval, puis Barkhane - a été déclenchée il y a huit ans. Cette année le seuil des 50 soldats tués en opération a été franchi. Plutôt discrets jusque-là, les parlementaires se sont emparés de la question et « nombreux sont ceux qui, de droite comme de gauche, ont émis des doutes quant à l’intérêt de poursuivre l’opération ». Même les militaires français en conviennent. « La menace terroriste n’a pas été contenue », elle s’est déplacée, reconnaît le général Lecointre, chef d’état-major des armées.

Contrairement à nos hypothèses de planification, notre optimisme a été déçu et Barkhane n’a pas été accompagnée d’un retour de l’appareil d’État ni de la refonte efficace des forces armées, notamment maliennes.

« Nous avons besoin de la France »

« Si on n’était pas là, Bamako serait sous le joug des djihadistes », affirment les militaires qui sont passés par le Mali et plusieurs officiers sahéliens contactés par Mediapart le confirment. « Malgré les coups subis, l'empreinte terroriste globale se maintient » observe Moussa Mara dans Le Point. « Elle paraît même se renforcer avec une inclination de plus en plus forte de certaines autorités sahéliennes à négocier avec les terroristes. » Évoquant le sommet de N’Djamena, l’ex-premier ministre du Mali estime qu’il faut envisager pour l'opération Barkhane « une piste de sortie » avec, à terme, « la réduction de l'opération en une présence de forces spéciales et un appui opérationnel aux troupes du Sahel (renseignements, observations, soutiens aériens) ». Dans le Journal du Mali, relayé par Courrier international, Germain Kenouvi souligne qu’« un nombre croissant de Maliens demandent le départ des forces étrangères ». Il rappelle la désastreuse frappe de Barkhane à Bounti le 3 janvier, où une vingtaine de personnes ont été tuées alors qu’elles assistaient à un mariage. Et il cite Niagalé Bagayoko, présidente de l’African Security Network, qui relève la complexité de la situation sur le terrain, notamment les « affrontements intracommunautaires ou plus largement entre groupes djihadistes et milices d’autodéfense ». En soutenant certaines d’entre elles, qui se sont rendues coupables de plusieurs massacres de civils peuls, l’armée française a joué un rôle néfaste.

Disponibilité

« S’engager », c’est le thème de la dernière livraison d’ Inflexions, la revue du dialogue entre civils et militaires. Pierre-Olivier Monteil y signe un article sur la promesse et l’engagement chez Paul Ricœur.

La promesse permet à l’engagement de traverser la durée.

Elle est constitutive d’une éthique de la responsabilité. Dans Soi-même comme un autre, le philosophe analyse l’injonction intérieure qui nous porte à nous engager comme l’effet d’un sentiment de dette, reconnaissance de l’héritage reçu. Cette « notion d’héritage renvoie à la conscience d’un sujet affecté par l’histoire, qui reçoit d’elle et qui donne à son tour ». Elle commande l’initiative qui « fait arriver quelque chose de neuf ». Tout engagement est une réponse. « C’est d’abord l’autre, par la confiance qu’il me porte, qui me donne la force de tenir ma promesse. » Cette dimension « arme la critique que Ricœur adresse à l’individualisme ». À la fidélité à la promesse, Gabriel Marcel avait donné le beau nom de « disponibilité ». Elle forge une identité, car « c’est dans la fidélité à une direction choisie que nous trouvons le fil de notre continuité ».

Par Jacques Munier

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