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HEMICYCLE DU PARLEMENT EUROPEEN A STRASBOURG

Notre Europe

5 min
À retrouver dans l'émission

L’Europe est étonnamment absente des discours de nos politiques en campagne, raison de plus pour en parler.

HEMICYCLE DU PARLEMENT EUROPEEN A STRASBOURG
HEMICYCLE DU PARLEMENT EUROPEEN A STRASBOURG Crédits : PHOTOPQR/OUEST FRANCE - Maxppp

D’autant qu’elle s’invite constamment dans les dernières consultations électorales depuis le Brexit, en Autriche puis en Italie. Laquelle « fait frissonner l’Europe », selon Dominique Dunglas dans Le Point. Le désaveu infligé à Matteo Renzi n’a évidemment pas le pouvoir de Bruxelles pour seule cause. C’est aussi son bilan : une faible croissance, moins de 1% alors que la moyenne de la zone euro dépasse 1,6%, un chômage qui reste élevé (35%) chez les moins de 25 ans et bien davantage dans le Sud de la péninsule et comme le rappelle le correspondant de l’hebdomadaire « en 2004 les Italiens gagnaient en moyenne 1000 dollars par an de moins que les Allemands. En 2015 on gagnait à Rome 10 000 dollars de moins qu’à Berlin ». Pour l’éditorialiste du Corriere della Sera Antonio Polito c’est « l’ignorance » de ses concitoyens qui expliquerait pour une bonne part les difficultés du pays. « L’Italie est dernière pour le nombre de diplômés en Europe. Et 58% de la population n’ouvre jamais un livre ». Un handicap, selon lui, pour « affronter les défis de l’innovation technologique » et qui fait qu’en vingt ans la productivité des entreprises ne s’est accrue que de 5%, alors qu’elle progressé de 30% en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne. De là à conclure aux raisons du succès du Mouvement 5 étoiles, le pas est franchi par Gerald Bronner dans les pages idées de l’hebdomadaire. « De même que Donald Trump, le parti populiste de Beppe Grillo fait figure de symptôme purulent de la démocratie des crédules. Lui aussi est anti-vaccin, lui aussi tient des propos conspirationnistes. » Le sociologue explique cette vogue de la « démagogie cognitive » par une très ancienne disposition de notre cerveau à préférer le vraisemblable au vrai, « plus coûteux en termes de vérification des données ».

Reste que l’Europe n’a pas bonne presse et que lorsqu’elle n’est pas tout bonnement ignorée dans les débats, elle sert d’épouvantail pour de nombreux politiques

La faute à Angela Merkel qui confond trop souvent les intérêts de l’Allemagne et ceux de l’Europe, selon Wolfgang Streeck. « De même que les Etats-Unis voient le monde comme un terrain de jeu élargi pour leur économie politique intérieure, l’Allemagne en est arrivée à tenir l’Union européenne pour une extension d’elle-même », affirme le directeur de l’institut Max Planck dans la dernière livraison de la revue Le débat. Il en veut pour preuve les dommages causés par les solutions imposées lors de la crise grecque, inspirées par ce que l’économiste du Financial Times appelle dans un livre « l’idolâtrie de la dette », qui porte atteinte à la souveraineté nationale en contraignant des pays à endurer des souffrances économiques « pour que les banques ainsi que leurs actionnaires et leurs créanciers puissent être renflouées ». Martin Sandbu estime par ailleurs que « l’euro laisse assez de place à la diversité, à l’autonomie et à la démocratie nationales » pour permettre à la Grande-Bretagne, non seulement de rester dans l’Union européenne mais même d’adopter à terme la monnaie unique. Mais un autre facteur de division a précipité le Brexit, selon Wolfgang Streeck : la gestion erratique de « la crise des réfugiés », un mélange d’intérêts égoïstes et de sentimentalité, typique du Merkelspeak. Peut-être pour faire oublier à l’Europe la brutalité des mesures infligées à la Grèce, la chancelière a décidé d’ouvrir ses frontières à la déferlante provoquée par le conflit syrien en tentant d’imposer à ses voisins « une proportion définie d’un nombre indéfini de migrants », sans se préoccuper de la diversité des situations de pays à fort taux de natalité comme la Pologne ou l’Irlande, à politique familiale ambitieuse comme la Hongrie, ou à faible marché du travail comme l’Espagne ou l’Italie. Conclusion : « La perspective de devoir se soumettre à la façon dont l’Allemagne, avec sa situation politique et démographique et son marché du travail particuliers, avait choisi d’interpréter le droit international, a été sans doute un facteur majeur du coup historique porté par le Brexit à l’intégration européenne ».

L’élection présidentielle autrichienne a lancé un signal inverse, avec un vainqueur résolument pro-européen

Le géographe Jacques Lévy avait dressé la carte « anamorphosique » des résultats dans les pages idées de Libération jeudi dernier et elle ressemble beaucoup à celles qu’on a vues se dessiner en Suisse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Finlande ou en Italie. C’est aussi la carte du Brexit, celle de Trump ou des scores du Front national en France, avec le clivage entre ville et campagne « éclipsant ou relativisant toutes les oppositions socio-économiques habituelles ». Dans le supplément weekend des Echos, le portrait de la « résistante écossaise » Nicola Sturgeon vient aussi redonner de l’air et de l’espace au projet politique de l’Europe. La Première ministre d’Écosse bataille contre Theresa May pour ne pas quitter l’Union malgré le Brexit.

Par Jacques Munier

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