LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Évacuation du métro de Bruxelles

Obama et le terrorisme en Europe

4 min
À retrouver dans l'émission

Les attentats de Bruxelles revendiqués par Daech… Difficile de ne pas déplorer l’absence de soutien américain dans la lutte contre l’entité terroriste

Évacuation du métro de Bruxelles
Évacuation du métro de Bruxelles Crédits : Handout - Reuters

« Le jour où Obama a lâché Hollande », sous ce titre Pierre Haski analyse dans L’Obs le long entretien accordé par le président américain au magazine The Atlantic. Droit dans ses rangers, Obama déclare « qu’il n’a aucun regret d’avoir décommandé à la dernière minute une opération de représailles contre le régime de Bachar al-Assad, à l’été 2013, après que celui-ci avait employé des armes chimiques contre son peuple ». « Je suis très fier de cet instant » va-t-il jusqu’à affirmer alors qu’il avait lui-même annoncé que le gazage des populations civiles constitueraient la « ligne rouge » qu’Assad ne devait pas franchir. « En appuyant sur la touche pause, je savais que ça me coûterait cher politiquement. Le fait est que j’ai pu m’extraire de ces pressions immédiates et réfléchir tout seul sur ce qui était dans l’intérêt de l’Amérique ». À l’heure où il parade en famille sous le soleil cubain ou argentin, Bruxelles et l’Europe se rappellent brutalement à son souvenir. La tragédie humanitaire des réfugiés n’atteint pas les rivages de sa retraite insouciante mais jusque dans son camp nombreux sont ceux qui considèrent sa faute comme symétriquement aussi lourde que celle de son prédécesseur en s’engageant en Irak. Le vide stratégique concédé alors a permis à Poutine d’intervenir en faveur du boucher de Damas, d’augmenter le nombre des victimes et de laisser prospérer la menace terroriste qui endeuille aujourd’hui Bruxelles après Paris. A l’époque, il aurait suffi d’établir une zone d’exclusion aérienne. « Sur le site de The Atlantic – rapporte Pierre Haski – l’historien conservateur Niall Ferguson, qui avait soutenu Bush en Irak, ironise sur cette « doctrine » d’un président qui se croit plus intelligent que tout le monde, mais qui laissera un Moyen-Orient plus instable que jamais. » Et les historiens décideront si le 44ème président des Etats-Unis avait raison d’être aussi fier de cette décision par défaut.

Pour le Washington Post la reculade aurait même eu des conséquences géopolitiques planétaires

Dans les pages Débats des Échos Jacques Hubert-Rodier relaie les analyses du quotidien qui font état de l’opinion « des ministres japonais, sud-coréen, singapourien et même indien lors de visites aux Etats-Unis », selon lesquels « la Chine n’aurait pas été aussi agressive en mer de Chine orientale si Obama avait utilisé la force contre Bachar Al Assad. Pour les Polonais, les Lituaniens et les Français – ajoute Jackson Diehl – il existe un lien direct aussi avec l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine ».

La revue Commentaire publie un texte du sociologue italien Alessandro Orsini, que Raymond Boudon avait introduit en France. Son titre : Idéologie et terrorisme

Le texte porte sur les Brigades rouges mais, on l’a assez souligné, à commencer par Olivier Roy, au-delà des différences les traits communs son nombreux. Le sociologue aborde la question en s’inspirant de l’esprit et la méthode de Max Weber, selon le principe que les actions des individus dépendent de leur état d’esprit ou de leur représentation du monde environnant, ce que Raymond Boudon a appelé la « rationalité située » : influencés par leur contexte social de référence, les terroristes interprètent le monde à la lumière d’une idéologie spécifique ayant le pouvoir de guider choix et actions. Et d’abord, « il n’est pas vrai que les gens deviennent terroristes parce qu’ils n’ont rien à perdre. Au contraire, il y a consensus pour dire que les organisations terroristes sont en majorité composées de gens ayant des ressources économiques et intellectuelles relativement plus importantes que le segment correspondant de la population. » Alessandro Orsini cite Martha Crenshaw, spécialiste américaine des terrorism studies : « Tous ceux qui sont victimes de discriminations ne se tournent pas vers le terrorisme et le terrorisme ne reflète pas toujours une privation sociale ou économique objective. En Allemagne de l’Ouest, au Japon et en Italie, par exemple, le terrorisme a été la méthode choisie par les privilégiés et non par les opprimés. » Et sur l’idéologie, envisagée comme un « processus relationnel » et même comme une forme de lien social, ou un « instrument d’action collective » le sociologue souligne « une caractéristique typique du membre des Brigades rouges : la ténacité avec laquelle il essaie à toute force de faire entrer toute la complexité de la réalité dans quelques catégories analytiques. Un terroriste de gauche n’est pas un homme qui passe sa vie à lire : c’est un homme qui se bat avec opiniâtreté pour soutenir un système d’idées qu’il juge infaillible. »

Par Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......