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Onfray « en voie de zemmourisation »

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Un pas de danse latéral sur la petite valse médiatique à trois temps autour d’une interview de Michel Onfray dans Le Figaro

Michel Onfray
Michel Onfray

Car on n’échappe pas à son rythme obsédant. Aujourd’hui, le responsable des pages Champs Libres du quotidien, Vincent Trémolet de Villers, répond à la réponse circonstanciée de Laurent Joffrin dans les colonnes de Libération d’avant-hier, ou les pages Débats comme matière première du débat.

Il n’y aurait pas lieu de s’en offusquer et plutôt de s’en féliciter, si ce n’était la matière elle-même de la controverse, qui charrie ses relents de vaine polémique, à coup d’intellectuels médiatiques et d’éditorialistes s’employant à faire le buzz.

De quoi s’agit-il ? Sous le titre alarmant « On criminalise la moindre interrogation sur les migrants », Michel Onfray entonne dans Le Figaro du 11 septembre la ritournelle du martyr de la liberté d’expression alors qu’il passe une bonne partie de son temps devant les micros. Invité à s’exprimer dans le quotidien sur l’émotion déclenchée par la photo du petit Aylan, échoué sans vie sur une plage turque, il prononce de vagues doutes, évoquant l’intention ou la manipulation.

À la question posée sur la réticence d’une partie de l’opinion publique à l’idée d’accueillir des réfugiés, le philosophe répond sans ambages par une tirade sur l’air connu du « mépris du peuple », oublié au profit de « micropeuples de substitution » - je cite « les marges célébrées par la Pensée d’après 68 – les Palestiniens et les schizophrènes de Deleuze, les homosexuels et les hermaphrodites, les fous et les prisonniers de Foucault », j’en passe, et des meilleures. On n’en demandait pas tant, mais l’horizon se dévoile bientôt : « C’est à ce peuple que parle Marine Le Pen. Je lui en veux moins qu’à ceux qui la rendent possible. »

« Michel Onfray file un mauvais coton » s’inquiètait dans Libération Laurent Joffrin, qui analysait point par point ses propos en s’attristant de son évolution vers la zemmourisation ou la ménardisation, « un inquiétant signe d’époque ». Aujourd’hui c’est donc au Figaro de reprendre dans les pages Champs libres d’où est partie la polémique ses reliefs encore tièdes. « Comment peut-il y avoir une vie intellectuelle si la seule question qui la traverse se résume ainsi : faire ou non le jeu du Front national ? » s’insurge Vincent Trémolet. La question se pose néanmoins, elle n’est pas à l’honneur du débat intellectuel dans notre pays, j’en conviens, et elle est sans doute le reflet de la désertification de l’espace public. Mais doit-on en imputer la seule responsabilité aux lanceurs d’alerte qui suivent les méandres du moins-disant de la pensée vers la réduction au plus petit dénominateur commun – la peur de l’autre et le repli sur soi – comme on accuserait celui-là seul par qui le scandale arrive, et non le scandale lui-même ? Où est le camp de la « paresse intellectuelle » ? La question apparaît hélas difficile à trancher aujourd’hui, face à l’affligeante vacuité, trop souvent, de ce qui se donne pour le débat d’idées dans la sphère publique et médiatique.

Revenons au fond, c’est l’occasion paradoxale d’évoquer le dernier livre de Michel Onfray, Cosmos, où chantent – dit-on – le temps virgilien, la terre et le paganisme antique…

De la célébration virgilienne, et dans un autre registre, l’écrivain Frédéric Boyer a voulu retenir dans un beau texte publié dans La Croix le manque à être de la terre natale dans la légende de la fondation de Rome par un rescapé de la destruction de Troie, et la figure universelle qu’elle exalte. « Chaque migrant emporte avec lui comme Énée ses Pénates, petite patrie errante. C’est aussi Ulysse, héros paradoxal, « aux mille tours », d’une épopée de la perte, et dont le voyage est la matrice narrative de l’expérience même du monde. » Que sommes-nous en cette vie, se demandait saint Augustin, sinon « des voyageurs désireux de mettre fin aux misères de l’exil » ? Et en 1943, rappelle-t-il, Simone Weil affirmait que les réfugiés sont « l’avant-garde de la condition humaine ».

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