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Orgueil, préjugés, et désir de reconnaissance...

3 min
À retrouver dans l'émission

Toute la semaine, c'est Emilie Chaudet qui anime la Revue des idées à la place de Jacques Munier. Aujourd'hui: entre conte de Noël et symbolique.
Aujourd’hui dans le journal des idées Emilie, on va parler croyances et préjugés.

Et oui, 24 décembre oblige, on va commencer par un conte. Un conte russe, de Noël si on veut. En tous cas c'est la maîtresse de conférence en littérature Frédérique Leichter-Flack qui nous le raconte dans les colonnes de Libération . L'histoire de plusieurs animaux qui voudraient se réfugier dans une moufle pendant l’hiver. La moufle grossit au fur et à mesure que les animaux y trouvent refuge et puis un jour, une fourmi s’y faufile sans prévenir et là la moufle craque. Dans la seconde version du conte, la moufle devient une maison en bois qui accueille des animaux de plus en plus lourd. Maison qui s’écroule quand un ours y pénétre. Ce dernier promet de la reconstruire et tous les animaux s’y mettent pour qui leur appartiendra à tous un abri qui leur appartiendra à tous. Tout cela nous amène à une question: comment déconstruire l’imaginaire de la pénurie, dont le discours de l’extrême droite se sert allègrement. « Nous d’abord » , une assertion comme un mirage de la préférence nationale comme l’écrit Frédérique Leichter-Flack. Une vision du monde, à l’heure où certains Etats ont pu évoquer, évoquent même encore la fermeture de leurs frontières. Face à ce « nous d’abord », "ceux qui dénoncent un égoïsme, un immoralisme, ont peut de chances d’être efficace" . Le sage discours d’expert est vain, selon l’universitaire. Il faut directement démonter cet imaginaire de la pénurie car "cette crainte du manque, selon elle, entérine la nécessité du conflit" . Mais comment démonter cet imaginaire de crise, autrement que par un discours rationnel ? La professeure de littérature n’y répond d’ailleurs pas autrement, par des arguments selon lesquels l’immigration est une richesse plutôt qu’un handicap, pour un pays. Là encore des paroles justes mais peut-être un peu trop inaudibles aujourd’hui pour détruire la croyance que la professeure de littérature dénonce dans sa tribune.

On quitte définitivement le conte, et l’imaginaire mais on reste dans le « symbole », que l’on garde entre guillemets. Dans les journaux on s’interroge et l’on s’indigne contre la déchéance de nationalité.

"Suis-je moins française que les autres" , s’interroge la journaliste Faïza Zerouala dans le Club Mediapart , espace de libre expression de la rédaction. La journaliste s’indigne non seulement de voir que la déchéance de nationalité pour les binationaux fait bien partie du projet de loi constitutionnel de protection de la nation, mais aussi d’entendre par la voix du premier ministre manuel Valls qu’il s’agit d’une mesure symbolique. « ce que nous lisons, derrière ces proclamations symboliques, c’est qu’il existe une francité soumise à condition" , relève-t-elle avant de conclure qu’"aussi symbolique qu’elle soit, cette mesure ne va que creuser l’abysse entre ceux qui sont considérés comme de bons français et les autres ". Comme une nouvelle forme en fait de « nous d’abord ».Alors que ce nous d'abord, pourrait dans un autre contexte, via une autre voix, être porteur d'un désir plus positif. La formulation d'un désir de reconnaissance. Dans le dernier numéro de la revue Sciences humaines , le philosophe Jean-Claude Monod, se demande si la convergences des luttes reste possible cependant, lui qui voit le phénomène des revendications identitaires comme "une concurrence des victimes ", reprenant ici les termes du sociologue Jean-Michel Chaumont. "Les luttes pour la reconnaissance mettent en jeu une certaine image de soi souvent négative au départ et qu’il s’agit de transformer " écrit-il. Alors aujourd'hui pour éviter justement d'exacerber les tensions, Jean-Claude Monod propose de dépasser le concept d'identité, pour échapper à ce qu'il appelle "le piège de la reconnaissance" . A l'heure où donc les revendications identitaires se font de plus en plus entendre Il faudrait donc, selon Jean-Claude Monod apprendre à se libérer du désir de reconnaissance pour éviter de se simplifier soi-même.

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