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Le nouveau siège de l'OTAN à Bruxelles, le 25 mai 2017

OTAN, G7: les grands défis

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L’un des sujets de la réunion de l’OTAN à Bruxelles le 25 mai était d’intégrer l’Alliance à la coalition anti-EI en Irak et Syrie.

Le nouveau siège de l'OTAN à Bruxelles, le 25 mai 2017
Le nouveau siège de l'OTAN à Bruxelles, le 25 mai 2017 Crédits : Christophe Licoppe - AFP

Une demande des Etats-Unis et du Royaume Uni, à laquelle la France s’est opposée. Dans Les Echos, Dominique Moïsi se demande si l’organisation est adaptée au défi de la lutte contre le terrorisme. « En quoi l’Alliance aurait-elle contribué à la prévention des attentats de Manchester, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles ? Son ADN n’est-il pas beaucoup mieux adapté à la protection de l’Ukraine et des Républiques baltes par exemple ? » Le géopoliticien relève par ailleurs qu’au-delà du terrorisme et de la Russie, d’autres défis, tout aussi redoutables, viennent aujourd’hui, non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur même de l’OTAN. À commencer par le comportement imprévisible du président américain, même si l’on peut se réjouir qu’il redécouvre ses mérites « de manière certes ambiguë – il n’a pas clairement fait référence à Bruxelles à l’article 5 de la charte », qui engage solidairement tous les membres de l’Alliance en cas d’agression contre un seul d’entre eux. Mais surtout, Dominique Moïsi pointe les dérives antidémocratiques du chef de l’exécutif américain. « Comment peut-on, à la tête d’une alliance démocratique, prétendre représenter des valeurs que l’on n’incarne et ne pratique plus ? » La même réserve vaut pour la Turquie d’Erdogan, outre la guerre menée contre les Kurdes sur son flanc sud, alors même que ceux-ci sont en première ligne dans la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. Conclusion : ces dérives « constituent des menaces graves pour une institution fondée plus encore sur la géographie des valeurs que sur la valeur de la géographie ». Pour Tarik Ali, « Les guerres déclenchées par l'Occident ont créé partout dans le monde des courants djihadistes. » L’écrivain britannique d’origine pakistanaise déplore dans Le Monde l’attentat de Manchester mais s’il estime légitime l’émotion des citoyens européens face à des tueries perpétrées sur leur sol, il rappelle que c’est « le même genre d'individus ou de groupes qui ravagent l'Irak, la Syrie, le Yémen, Bahreïn, l'Afghanistan ou le Pakistan ». Et selon lui, « Les attaques terroristes continueront tant que la politique étrangère européenne et américaine restera la même. »

L’autre grande question débattue lors de la réunion de l’OTAN concerne les migrants

Et la question figurait également à l’ordre du jour du G7. Avec un symbole malheureux : du fait de la tenue du sommet à Taormina, les débarquements de réfugiés en Sicile ont été interrompus pendant une semaine, alors que le nombre d’opérations de sauvetage explose depuis le début de l’année. Les navires des ONG opérant dans le canal de Sicile doivent débarquer dans des ports italiens plus lointains, et dans des conditions de sécurité parfois très problématiques. Sur le site nonfiction.fr – le quotidien des livres et des idées – Amélie Férey rend compte de Politique de l’hospitalité, publié par Benjamin Boudou à CNRS Editions. Le chercheur à l’institut Max Planck a adopté une démarche généalogique qui le conduit notamment à explorer la culture chrétienne de l’hospitalité, laquelle « voit en la vulnérabilité de l’étranger démuni la figure du Christ lui-même ». Au XVIIIème siècle, « le temps du droit des gens : l’hospitalité devient un devoir moral et politique s’imposant à toutes les nations ». À ses débuts, la Révolution française accorde aux étrangers la ¬citoyenneté automatique, notamment à tous « les militaires étrangers qui ont abandonné les cohortes des tyrans, pour ¬vivre sous l’empire de la liberté ». C’est ainsi que l’hospitalité sort du champ de l’éthique pour prendre une signification politique. Benjamin Boudou fait dialoguer les pensées de Jacques Derrida et Paul Ricoeur pour éclairer les contradictions de la notion : entre ami et ennemi d’abord, que signale la double étymologie d’hostis, qui a donné à la fois hostilité et hospitalité. Entre pratique privée relevant de l’intime et engagement politique, avec notamment l’histoire du « délit d’hospitalité ». Entre droit des personnes et principe de souveraineté nationale : dans certains pays accueillant de nombreux réfugiés comme le Liban, le statut pérennise la situation de réfugié sur plusieurs générations, sans permettre aux personnes nées dans les camps d’acquérir la nationalité et les droits qui lui sont associés.

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Au terme d’un éprouvant périple semblable à celui de milliers de réfugiés, avec le passage par la mer vers l’île de Lesbos. On peut lire le récit de Mark Mackinnon dans la dernière livraison de la revue Feuilleton. Mais à travers l’histoire de Naief Abazid, c’est le sort des 750 000 enfants éparpillés entre la Jordanie, la Syrie et le Liban, et qui ne sont pas prêts de retrouver les bancs de l’école, qui pose problème. Une « génération perdue » que les humanitaires tentent de préserver du travail infantile, de la prostitution ou des mariages forcés, et à terme, du risque de radicalisation.

Par Jacques Munier

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